Publié le 2025-11-09 03:01:00. Une analyse génétique innovante permet désormais d’anticiper le risque de maladies cardiovasculaires en identifiant un marqueur prédictif de l’apolipoprotéine B (ApoB), ouvrant la voie à une prévention plus personnalisée et précoce.
- L’identification d’un marqueur génétique prédictif des taux élevés d’Apolipoprotéine B (ApoB).
- L’ApoB, une protéine clé dans le transport du cholestérol, est désormais considérée comme un indicateur plus pertinent que le cholestérol LDL (“mauvais cholestérol”) seul.
- Un nouveau modèle, le Score CGJD ApoB v2025.1, combine des données génétiques pour évaluer le risque cardiovasculaire.
La médecine prédictive franchit une nouvelle étape dans la lutte contre les maladies cardiaques. Des chercheurs ont mis en évidence un marqueur génétique capable de prédire le risque de présenter des niveaux élevés d’Apolipoprotéine B (ApoB), la principale protéine responsable du transport du cholestérol dans le sang. Cette découverte pourrait révolutionner la prévention des maladies cardiovasculaires en permettant une identification précoce des personnes à risque.
Pendant des décennies, le cholestérol LDL a été l’indicateur de référence pour évaluer le risque cardiovasculaire. Cependant, de nouvelles études génétiques, cliniques et épidémiologiques démontrent que ce qui compte réellement, ce n’est pas la quantité totale de cholestérol, mais le nombre de particules qui le transportent. C’est là qu’intervient l’ApoB.
« Pendant des décennies, le cholestérol LDL – populairement connu sous le nom de « mauvais cholestérol » – a été le principal protagoniste de l’évaluation du risque cardiovasculaire. Mais une nouvelle génération d’études génétiques, cliniques et épidémiologiques montre que ce qui compte vraiment, ce n’est pas la quantité de cholestérol que vous avez dans votre sang, mais le nombre de particules qui le transportent. Et là, un nouveau protagoniste entre en jeu, la protéine ApoB. »
Jorge Dotto, généticien (MN 107.411)
La procédure consiste à analyser plusieurs variantes génétiques pour identifier les individus les plus susceptibles d’avoir un taux élevé d’ApoB. La présence de taux élevés d’ApoB indique une circulation importante de particules “collantes” capables de s’adhérer aux parois des artères.
Chaque particule transportant des graisses dans le sang – telles que les VLDL (lipoprotéines de très basse densité), les IDL (lipoprotéines de densité intermédiaire), les LDL (lipoprotéines de basse densité) et même la Lp(a) – contient une seule molécule d’ApoB. Cela fait de l’ApoB une sorte de “marqueur universel” : plus il y a d’ApoB, plus il y a de particules athérogènes en circulation. Ces particules peuvent pénétrer dans la paroi des artères, s’accumuler et former des plaques.
Le danger ne réside pas uniquement dans la quantité de cholestérol, mais également dans le nombre de particules qui le transportent. Pour illustrer ce concept, l’expert utilise une analogie :
« Imaginez que votre sang est comme une autoroute où circulent des camions qui transportent des graisses telles que le cholestérol et les triglycérides. Ces « camions » sont appelés lipoprotéines. ApoB est comme la plaque d’immatriculation de chaque camion. Chaque camion pouvant causer des problèmes dans les artères porte une plaque d’immatriculation unique appelée ApoB. Ces camions transportent du « mauvais » cholestérol (LDL), des triglycérides (VLDL) et des lipoprotéines(a). [Lp(a)] un camion particulièrement collant et risqué. Il est important de compter les camions et pas seulement de savoir combien ils transportent. Car ce qui endommage vos artères, ce n’est pas seulement la charge (cholestérol), mais le nombre de camions qui collent aux parois des artères. »
Jorge Dotto, généticien (MN 107.411)
C’est pourquoi la mesure de l’ApoB révèle un risque qui peut passer inaperçu même avec des valeurs de cholestérol considérées comme normales. Connaître les valeurs de Lp(a) et d’ApoB sont, selon le Dr. Dotto, les deux meilleurs marqueurs pour déterminer le risque cardiovasculaire, surpassant même le LDL ou le cholestérol total.
Cette nouvelle approche s’est concrétisée dans le modèle généré par l’expert, le Score CGJD ApoB v2025.1. Ce modèle combine différentes variantes génétiques et traduit les informations en une échelle de risque (faible, modéré, élevé et très élevé), validée par des consortiums internationaux tels que le Broad Institute et la UK Biobank.
Les personnes présentant une prédisposition génétique élevée sont invitées à surveiller leur taux sanguin et, si nécessaire, à consulter un spécialiste. Ceux qui sont génétiquement à risque d’avoir une augmentation de l’ApoB devraient mesurer l’ApoB et consulter un clinicien et un cardiologue, car l’ApoB et la lipoprotéine A sont aujourd’hui les deux marqueurs génétiques les plus importants pour déterminer le risque cardiovasculaire d’une personne.
Un autre élément central de l’analyse est la lipoprotéine (a) ou Lp(a), qui possède une forte composante héréditaire. L’analyse porte sur des variantes du gène LPA, qui fournissent les informations nécessaires à la production de la lipoprotéine (a). Cette protéine est élevée chez 20 à 25 % de la population et, en fonction de sa valeur dans le sang, des catégories de risque cardiovasculaire sont établies.
La recommandation est claire : les deux mesures se complètent et permettent une vision précise du risque personnel. ApoB indique le nombre de particules en circulation, tandis que Lp(a) révèle si l’individu présente une forme particulièrement nocive et héréditaire. Ensemble, ils offrent une image plus précise que toute autre analyse traditionnelle.
L’étude du profil génétique ne se limite pas aux lipides. Des analyses sont également effectuées pour identifier les personnes présentant un risque d’avoir un taux élevé d’homocystéine dans le sang, un acide aminé qui augmente le risque cardiovasculaire.
En conclusion, cette approche génétique permet de découvrir des risques cachés et d’anticiper des stratégies personnalisées pour prévenir les événements cardiaques, notamment chez les jeunes ou les personnes sans autres facteurs de risque évidents. Une étude publiée dans le Journal européen du cœur a démontré que le risque cardiovasculaire est presque exclusivement lié au nombre de particules ApoB, et non à leur taille ou à leur type.
