Washington a renforcé sa pression sur le Venezuela en saisissant un pétrolier russe dans l’Atlantique Nord, une action qui met en lumière les stratégies du Kremlin pour contourner les sanctions internationales et intensifie les tensions avec Moscou. Cette opération intervient dans un contexte de blocus naval américain visant à freiner les ventes de pétrole vénézuéliennes.
- La saisie du pétrolier Marinera, récemment rebaptisé Bella 1, illustre la détermination des États-Unis à contrer les efforts de la Russie, de l’Iran et du Venezuela pour échapper aux sanctions.
- Une vingtaine de navires ont changé de pavillon pour adopter le drapeau russe depuis la saisie d’un premier pétrolier en décembre, signe d’une tentative de protection juridique.
- Les analystes prévoient une intensification des actions américaines contre la “flotte fantôme”, avec un possible modèle pour des opérations similaires dans d’autres zones maritimes.
Les États-Unis ont mis la main sur le pétrolier Marinera, qui naviguait dans l’Atlantique Nord, malgré son récent changement de pavillon vers la Russie. Cette action, menée par les garde-côtes américains avec le soutien de l’armée de l’air britannique, souligne la volonté de Washington de faire respecter les sanctions internationales imposées au Venezuela et à ses partenaires commerciaux.
Selon les données de Windward, une société de renseignement maritime, environ 21 navires sans pavillon ont adopté le drapeau russe depuis le 10 décembre, date de la saisie du pétrolier Skipper dans les Caraïbes. Cette manœuvre est interprétée comme une tentative de Moscou d’offrir une protection juridique à sa “flotte fantôme”, un ensemble d’environ 1 000 navires utilisés pour contourner les sanctions internationales.
Le Marinera avait adopté le pavillon russe le 30 décembre, après une première tentative d’arraisonnement par les États-Unis alors qu’il approchait des eaux vénézuéliennes. John Burgess, chercheur principal au Centre pour le droit international et la gouvernance de l’Université Tufts, explique que ce changement de pavillon, effectué en si peu de temps, rendait le statut du navire « ambigu ». Il a déclaré à RFE/RL le 7 janvier :
« Cette action individuelle menace de porter atteinte à la sécurité et au sanctuaire que l’enregistrement ou le réenregistrement en Russie pourrait autrement créer. »
John Burgess, chercheur principal au Centre pour le droit international et la gouvernance de l’Université Tufts
Washington rejette les protestations russes, qualifiant le Marinera de navire “apatride” ayant utilisé un “faux pavillon”. La secrétaire de presse de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que la saisie n’était pas une violation du droit maritime, ni une forme de “piraterie”.
Les navires de la “flotte fantôme” sont souvent anciens, en mauvais état et manquent d’assurance. Des centaines d’entre eux ont été mis sur liste noire par les États-Unis, l’Union européenne et d’autres pays, limitant leur capacité à opérer, sans toutefois les arrêter complètement.
Les analystes du secteur maritime estiment que les actions américaines, combinées aux récentes frappes de drones ukrainiens sur des navires sanctionnés en mer Noire, marquent une nouvelle phase plus agressive dans la lutte contre la “flotte fantôme”. Michelle Bockmann, analyste principale du renseignement maritime chez Windward, a souligné lors d’un webinaire le 7 janvier que la saisie du Marinera offre “un modèle” pour d’autres nations confrontées à la menace que représente cette flotte pour la sûreté maritime et l’environnement. Elle a ajouté :
« Les régulateurs américains surveillent. D’autres saisies sont probables. »
Michelle Bockmann, analyste principale du renseignement maritime chez Windward
Le Royaume-Uni a également joué un rôle dans l’opération, autorisant les forces américaines à utiliser ses bases et fournissant un soutien logistique. Le secrétaire à la Défense John Healey a justifié cette coopération en affirmant que le Marinera faisait partie d’un “axe russo-iranien de contournement des sanctions qui alimente le terrorisme, les conflits et la misère du Moyen-Orient jusqu’en Ukraine”.
Cette saisie intervient dans un contexte de négociations diplomatiques complexes entre Washington, Moscou et Kyiv, notamment concernant les garanties de sécurité pour l’Ukraine. Elle représente un nouveau revers pour le prestige de Moscou, après la chute du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, un allié clé du Kremlin.
Le ministère russe des Affaires étrangères a demandé aux États-Unis de garantir un “traitement humain et approprié” aux membres d’équipage russes à bord du Marinera, et de faciliter leur retour en Russie. Washington a cependant évoqué la possibilité de poursuivre les marins devant les tribunaux américains, ce qui pourrait entraîner de nouvelles tensions.
Le nombre exact de membres d’équipage russes à bord du Marinera reste inconnu à ce jour.
