Publié le 9 décembre 2025 à 02h52. Une installation architecturale innovante, baptisée Factory 5.0, explore une nouvelle forme de collaboration entre l’homme et le vivant, en utilisant des vers pour décomposer le plastique et repenser la conception des bâtiments.
- Factory 5.0 est une structure en bois intégrant des plaques de polystyrène que des milliers de vers royaux métabolisent en temps réel.
- Le projet, conçu par le Studio Aditya Mandlik, interroge la paternité architecturale à l’ère de la cinquième révolution industrielle.
- L’utilisation de la décomposition comme méthode de conception ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir des matériaux et de l’architecture régénératrice.
L’architecture s’invite dans un nouveau paradigme, où la nature n’est plus seulement une source d’inspiration, mais une véritable collaboratrice. C’est le pari audacieux du Studio Aditya Mandlik (SAM) avec Factory 5.0, une installation qui brouille les frontières entre le vivant et l’artéfact. Au cœur de ce projet se trouve une approche radicale : confier une partie du processus de construction à 10 000 vers royaux, chargés de décomposer le polystyrène intégré à la structure.
Pour Aditya Mandlik, fondateur du studio, cette démarche est une réponse à l’impératif de repenser notre relation à l’environnement bâti.
« Lorsque nous concevons des environnements bâtis, nous remodelons la peau la plus externe de la planète, celle qui a toujours soutenu une vie complexe et multi-espèces. Mon instinct est de concevoir en dialogue avec ce système de connaissances écologiques plus large. »
Aditya Mandlik, architecte
Il perçoit Factory 5.0 comme un prototype pour l’architecture de la cinquième révolution industrielle, une ère marquée par la convergence de l’intelligence humaine et non humaine.
Le plastique, symbole de la première révolution industrielle, est ici repositionné comme un point de départ pour une réflexion sur nos responsabilités environnementales.
« Le plastique est devenu une lentille permettant de comprendre à quel point nos intentions et nos conséquences peuvent diverger. Travailler avec des vers a révélé que la nature offre déjà des voies permettant de métaboliser ce que nous considérons comme des problèmes irréversibles. »
Aditya Mandlik, architecte
L’architecte souligne que la décomposition n’est pas une fin en soi, mais une méthode pour stimuler l’imagination architecturale et envisager un avenir où les matériaux sont conçus pour retourner à la nature.
La structure de Factory 5.0 est composée de 546 éléments en bois fabriqués numériquement, entrelacés avec 200 plaques de polystyrène logées dans des chambres en acrylique transparent. Ces espaces deviennent le terrain de jeu des vers, qui remodèlent activement la géométrie du pavillon.
« Leur comportement ressemblait à celui de micro-capteurs, toujours recalibrés en réponse à la température, à la lumière et à l’humidité. Ces boucles de rétroaction ont commencé à dicter l’évolution de la porosité du pavillon. »
Aditya Mandlik, architecte
Le résultat est une architecture en constante transformation, dont l’aspect évolue en fonction des déplacements des visiteurs et des conditions environnementales.
Les comportements inattendus des vers – regroupement par basses températures, migration vers l’obscurité, métamorphose même en isolement – sont intégrés au processus de conception, influençant le rythme spatial et la vitesse de décomposition des matériaux.
« Concevoir avec décomposition exigeait d’accepter que tout ce que nous créons puisse finalement retourner aux systèmes naturels. »
Aditya Mandlik, architecte basé à Mumbai
Cette philosophie se traduit par une conception modulaire et transportable : Factory 5.0 a déjà été démontée, transportée et reconfigurée après sa présentation initiale à Mumbai, et a récemment été exposée à Dutch Design Week (DDW).
L’adaptabilité de Factory 5.0 se poursuit même après son exposition. Les éléments en bois sont réutilisés, tandis que les plaques de polystyrène transformées par les vers, devenues sensibles à la lumière, au son et à la présence humaine, sont conservées comme des objets de mémoire et serviront de moules pour la création de luminaires en métal. Le projet se présente ainsi comme un modèle d’architecture régénératrice, où l’intelligence biologique et technologique co-écrivent l’espace. Plus d’informations sur le Studio Aditya Mandlik.

Une structure en bois qui positionne l’intelligence biologique comme une véritable collaboratrice.
