Publié le 8 décembre 2025 à 21h46. Une bataille juridique éclate au sein de la NASCAR, la plus importante série de courses automobiles aux États-Unis, avec des accusations de gestion dictatoriale et de pratiques financières opaques portées par Michael Jordan et d’autres propriétaires d’écuries.
- Richard Childress, propriétaire d’une écurie NASCAR renommée, devrait témoigner dès lundi dans le cadre de ce procès antitrust.
- Des messages textuels révélés au cours de l’affaire montrent le commissaire de la NASCAR, Steve Phelps, proférant des insultes à l’encontre de Childress.
- Michael Jordan accuse la famille France, fondatrice et propriétaire de la NASCAR, de favoriser ses intérêts financiers au détriment des équipes et des pilotes.
Charlotte, Caroline du Nord – Le procès antitrust intenté à la NASCAR prend une tournure de plus en plus personnelle avec l’imminence du témoignage de Richard Childress, propriétaire de l’écurie Richard Childress Racing et membre du Temple de la renommée de la NASCAR. Ce témoignage, attendu dès lundi, devrait apporter un éclairage supplémentaire sur les tensions vives qui ont opposé les équipes et la direction de la série lors des négociations, particulièrement ardues, concernant un nouvel accord de répartition des revenus.
L’affaire a pris une dimension inattendue avec la publication de messages textuels compromettants dans lesquels Steve Phelps, le commissaire de la NASCAR, tenait des propos désobligeants à l’égard de Childress. Dans ces échanges, Phelps qualifiait le propriétaire six fois champion de « redneck » qui « devrait être retiré et fouetté ». Ces remarques, révélées lors de la phase de découverte de l’affaire, ont suscité l’indignation et ont alimenté les accusations de mauvaise foi.
Au cœur de ce litige se trouve le refus de Michael Jordan, légende du basketball et propriétaire de l’écurie 23XI Racing, d’accepter les nouvelles conditions de location des franchises proposées par la NASCAR. Jordan a choisi de poursuivre en justice la famille France, qui a fondé la NASCAR en 1948 et en détient la propriété. Il estime que ces conditions sont injustes et désavantageuses pour les équipes.
Le témoignage de Jordan vendredi dernier a attiré l’attention nationale sur l’affaire, non pas pour les performances sur la piste, mais pour les allégations de gestion autoritaire et de pratiques financières douteuses. Jordan cherche à démontrer que la NASCAR est dirigée par une famille qui privilégie ses propres intérêts financiers au détriment des équipes et des pilotes. Il a rejoint Denny Hamlin, triple vainqueur de la Daytona 500, et Front Row Racing, les deux seules autres équipes sur quinze à avoir rejeté les nouveaux accords d’affrètement proposés en septembre 2024, avec un délai de seulement six heures pour signer le document de 112 pages.
Un système de charte, similaire au modèle de franchise utilisé dans d’autres sports, garantit à la NASCAR un nombre fixe de 36 équipes sur un peloton de 40 voitures, ainsi que des revenus spécifiques. La NASCAR a publiquement exprimé son souhait de parvenir à un règlement amiable, comme l’a déclaré Steve Phelps avant la finale de la saison en novembre. Cependant, la première semaine de témoignages a révélé que Jordan et Bob Jenkins, le propriétaire de Front Row Racing, réclament un total de 340 millions de dollars de dommages et intérêts.
Le juge Kenneth Bell a demandé aux deux parties d’accélérer le rythme du procès, qui s’annonce long et coûteux. Alors que la NASCAR se prépare à présenter sa défense, chaque rebondissement judiciaire constitue un revers pour l’organisation, qui affirme avoir proposé aux équipes un modèle de revenus amélioré par rapport à l’accord initial de 2016 et que toutes ses actions visent à favoriser le développement du sport.
Bob Jenkins a témoigné que son écurie n’avait jamais réalisé de bénéfices en plus de deux décennies de compétition, accumulant des pertes estimées entre 70 et 100 millions de dollars. Jordan et Hamlin ont reconnu que 23XI Racing était rentable, mais ont souligné que cela était dû en grande partie à la capacité de Jordan à attirer des sponsors importants.
Jordan, qui se décrit comme un fan de NASCAR de longue date, a déclaré qu’il se sentait investi d’une mission pour remettre en question les pratiques établies.
« Quelqu’un devait s’avancer et défier l’entité. »
Michael Jordan
Il a expliqué avoir participé à des réunions avec des propriétaires d’écuries plus anciens qui se sentaient intimidés et hésitaient à proposer des changements.
« J’étais une nouvelle personne, je n’avais pas peur. Je sentais que je pouvais défier NASCAR dans son ensemble. Je sentais qu’en ce qui concerne le sport, il fallait le regarder sous un angle différent. »
Michael Jordan
Richard Childress, bien qu’ayant signé le contrat de location, souhaitait que les chartes deviennent permanentes. Il se présente au tribunal avec un sentiment d’amertume suite à la révélation des propos de Phelps. Il aurait menacé de poursuites judiciaires, bien que Phelps se soit apparemment excusé avant la publication des messages.
La NASCAR prévoit de faire témoigner des figures influentes du sport automobile, telles que Rick Hendrick et Roger Penske, propriétaires d’écuries réputées. Penske avait initialement tenté de fixer sa date d’audience, ne se déclarant disponible que lundi, mais les plaignants se sont opposés à ce témoignage en milieu de présentation. Le juge Bell a demandé à la NASCAR de trouver un arrangement avec Penske, qui, en tant que propriétaire de l’Indianapolis Motor Speedway et d’IndyCar, peut apporter un éclairage sur les accords de sanction des courses, les modèles de revenus et la santé financière des équipes.
Rick Hendrick, ami de longue date de la famille France, pourrait utiliser ses compétences en communication pour défendre l’idée que tous les acteurs des courses comprennent les enjeux financiers et acceptent volontairement le modèle économique de la NASCAR.

