Publié le 26 octobre 2024. Une affaire de corruption impliquant l’acquisition d’une compagnie de ferry a mis en lumière les faiblesses de la Commission d’éradication de la corruption (KPK) en Indonésie, culminant avec un pardon présidentiel controversé qui soulève des questions sur l’indépendance de la justice.
- L’ancienne présidente-directrice générale d’ASDP Indonesia Ferry, Ira Puspadewi, et deux directeurs ont été reconnus coupables de corruption, mais ont ensuite été graciés par le président Prabowo Subianto.
- Le tribunal a admis qu’il n’y avait aucune preuve que les accusés s’étaient personnellement enrichis, mais a néanmoins condamné leur décision d’acquérir une entreprise privée.
- L’affaire a ravivé les critiques concernant la politisation de la KPK, affaiblie par des modifications législatives controversées.
Il y a un an, en septembre, la KPK semblait confiante dans sa capacité à prouver la culpabilité de trois anciens dirigeants de PT ASDP Indonesia Ferry. Ira Puspadewi, alors présidente-directrice générale de l’entreprise publique, ainsi que les directeurs Harry Muhammad Adhi Caksono et Muhammad Yusuf Hadi, avaient fait l’objet d’une enquête pour corruption. Les accusés avaient tenté de faire annuler la procédure judiciaire en invoquant un manque de procédure régulière, mais le tribunal du district sud de Jakarta a rejeté leur requête, estimant qu’il n’y avait pas de fondement à leurs allégations.
En juin dernier, après dix mois de procédures, les trois hommes ont été jugés devant le tribunal de corruption de Jakarta. Ils étaient accusés d’avoir causé des pertes financières à l’État en autorisant, en 2022, l’acquisition d’un opérateur de ferry privé. L’accusation n’a cependant pas pu démontrer qu’ils avaient reçu des fonds illicites ou agi avec une intention criminelle.
Malgré l’absence de preuves de gains personnels, le tribunal a reconnu Ira Puspadewi coupable et l’a condamnée à quatre ans et demi de prison. Harry Muhammad Adhi Caksono et Muhammad Yusuf Hadi ont écopé de quatre ans de prison chacun. Le tribunal a justifié sa décision en affirmant que la politique d’acquisition avait été adoptée uniquement dans le but d’étendre les activités d’ASDP.
Un juge s’est cependant opposé à cette décision, arguant que l’acquisition constituait une opération commerciale légitime, protégée par le principe de l’appréciation commerciale, et non un acte répréhensible.
Quelques jours plus tard, le président Prabowo Subianto a accordé une grâce présidentielle à Ira Puspadewi et à ses coaccusés, une décision qui a suscité une vive controverse. Les critiques ont dénoncé cette intervention de l’exécutif, estimant qu’elle aurait été superflue si le système judiciaire indonésien fonctionnait de manière impartiale.
Cette affaire met en évidence les difficultés de la KPK à faire la distinction entre une décision commerciale rationnelle et un acte de corruption. Elle alimente les accusations selon lesquelles l’agence serait devenue plus sensible aux considérations politiques qu’aux impératifs de la lutte contre la corruption. Ce déclin est souvent attribué à une modification controversée de la loi régissant la KPK, qui a affaibli les pouvoirs de ce qui était autrefois considéré comme l’organisme anti-corruption le plus efficace et le plus respecté du pays.
L’affaire ASDP soulève des questions fondamentales sur la crédibilité de la KPK et sur l’indépendance de la justice en Indonésie.
