Publié le 31 octobre 2025 à 00h15. De nouveaux bombardements israéliens ont visé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban, faisant suite à la mort d’un employé municipal libanais lors d’une incursion israélienne près de la frontière, exacerbant ainsi les tensions entre les deux pays.
- L’armée israélienne a mené une série d’attaques contre des infrastructures du Hezbollah, notamment des navettes et l’entrée d’un tunnel.
- Un employé municipal, Ibrahim Salamé, a été tué lors d’une opération terrestre israélienne dans la ville frontalière de Blida.
- Le président libanais Joseph Aoun a ordonné aux forces armées de contrer toute incursion israélienne et a dénoncé les « pratiques agressives » d’Israël.
L’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah s’est intensifiée ce jeudi, avec de nouveaux bombardements israéliens ciblant des zones du sud du Liban. Les quartiers de Mahmoudiya et d’Al Jarmaq, situés au nord du fleuve Litani, ont été particulièrement touchés par au moins deux séries d’attaques en moins de vingt minutes, selon l’Agence Nationale de Presse Libanaise (ANNE).
Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont justifié ces frappes en affirmant qu’elles visaient des infrastructures du Hezbollah, considérées comme une violation de l’accord entre Israël et le Liban. Dans un communiqué, les FDI ont déclaré : « La présence d’infrastructures dans la zone constitue une violation de l’accord entre Israël et le Liban. Les Forces de défense israéliennes continueront d’opérer pour éliminer toute menace contre l’État d’Israël. »
Ces opérations militaires font suite à une incursion terrestre des forces israéliennes dans la ville de Blida, tôt dans la matinée. Les soldats israéliens ont fait irruption dans le bâtiment municipal, où ils ont abattu Ibrahim Salamé, un employé qui dormait sur place dans l’exercice de ses fonctions. Le ministère libanais de la Santé a confirmé le décès, rapporté initialement par l’ANNE. Selon des témoignages de sa famille et du maire local, Salamé a été touché alors qu’il s’approchait d’une fenêtre après avoir entendu du bruit provenant de l’incursion.
La mort de Salamé porte à quinze le nombre de personnes tuées au Liban par les troupes israéliennes au cours de la semaine écoulée, dans un contexte de multiplication des opérations militaires, des bombardements et de survols de drones dans des zones sensibles, dont la capitale Beyrouth. L’ANNE a également fait état d’une autre attaque israélienne dans le village frontalier d’Adaisseh, où une salle de cérémonie religieuse a été détruite à l’aube. Par ailleurs, des médias officiels ont signalé la présence de drones israéliens survolant Beyrouth à basse altitude au cours de la journée.
Le président libanais Joseph Aoun a réagi en ordonnant au commandant des forces armées, Rodolphe Haykal, de « faire face à toute incursion israélienne dans le sud pour défendre le territoire libanais et assurer la sécurité de ses citoyens ». Il a dénoncé ces événements comme faisant partie des « pratiques agressives d’Israël » et a critiqué l’inaction du mécanisme international de cessation des hostilités. Aoun a réitéré que la communauté internationale doit exercer des pressions pour contraindre Israël à respecter l’accord de cessez-le-feu signé en novembre 2024.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a condamné l’incursion, la qualifiant d’« attaque flagrante contre les institutions et la souveraineté » du Liban. Il a présenté ses condoléances à la famille du responsable décédé et a accusé Israël de mettre en danger la population civile du sud. Sur son compte X, il a déclaré : « Nous payons quotidiennement le prix de notre attachement à notre terre et du droit à la sécurité sous la souveraineté de l’État libanais. »
La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a exprimé sa « profonde préoccupation » et a qualifié l’incursion israélienne de violation flagrante de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui réglemente le cessez-le-feu depuis 2006. La FINUL a déployé des patrouilles pour observer la situation, tandis que les habitants de Blida ont reproché aux Casques bleus et à l’armée libanaise de ne pas avoir suffisamment protégé les citoyens lors de l’incident.
Le Hezbollah a dénoncé « l’exécution » de Salamé et a affirmé que ces événements se déroulaient avec le soutien des États-Unis, selon le réseau libanais Al-Manar. Le groupe chiite a exigé une réponse unifiée des autorités nationales et a appelé à des mesures internationales pour dissuader Israël, appelant à la protection de la population locale.
Le porte-parole arabe de l’armée israélienne, Avichai Adrai, a affirmé que l’opération visait à « détruire les infrastructures terroristes » du Hezbollah. Il a déclaré que ses troupes avaient repéré un « suspect » dans le bâtiment et avaient ouvert le feu sur ce qu’elles considéraient comme une menace, précisant que l’incident faisait l’objet d’une enquête. Adrai a insisté sur le fait que le Hezbollah utilise des installations civiles à des fins militaires, tenant le groupe pour responsable de la mise en danger de la population libanaise.
L’armée libanaise a publiquement rejeté la version israélienne, qualifiant cette action d’« acte criminel » et de « violation flagrante de la souveraineté », niant toute justification présentée par Israël et demandant à la FINUL et au mécanisme international de mettre fin à ces transgressions. Les forces armées libanaises affirment qu’elles surveillent et documentent toutes les violations en coordination avec la mission de l’ONU.
Depuis l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités en novembre 2024, instaurée après les combats déclenchés par l’offensive du Hamas contre Israël un an plus tôt, l’armée israélienne maintient au moins cinq positions sur le territoire libanais, une situation contestée par les autorités de Beyrouth et le Hezbollah. Selon les déclarations de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies ce mardi, au moins 111 civils libanais ont été tués dans les attaques israéliennes post-cessez-le-feu, alors que les combats se poursuivent, sous la pression internationale pour que l’État libanais reprenne le contrôle du sud et le désarmement du Hezbollah avant la fin de l’année.
(Avec informations AFP, AP, EFE et EP)
