L’omniprésence croissante de l’intelligence artificielle dans le monde de l’écriture soulève des questions troublantes sur l’authenticité et la valeur de la voix humaine. Une professeure de journalisme se confie sur la manière dont son propre style, imprégné de tirets et de points-virgules, pourrait désormais être perçu avec suspicion à l’ère des chatbots.
À retenir
- L’écriture de nombreux auteurs a involontairement servi de matériau d’apprentissage aux intelligences artificielles, influençant leur style.
- L’utilisation de ponctuation spécifique, comme les tirets et les points-virgules, est désormais remise en question et peut susciter des doutes sur l’origine d’un texte.
- La valorisation de la voix humaine et la méfiance envers les textes générés par l’IA sont essentielles pour préserver la qualité de l’écriture.
Contexte
Karen Stabiner, professeure à la Columbia Journalism School, relate une anecdote révélatrice : un étudiant lui a confié qu’un autre professeur avait interdit l’utilisation du point-virgule, le jugeant signe d’un esprit indécis. Cette interdiction a suscité une vive réaction chez elle, qui considère ces signes de ponctuation comme des outils précieux pour nuancer la pensée et créer un rythme dans l’écriture. Elle se souvient avoir toujours écrit « à l’oreille », influencée par un assistant qui voyait l’écriture comme une forme de musique.
La professeure se rend compte que son style, caractérisé par une utilisation abondante de tirets et de points-virgules, pourrait désormais être interprété comme une imitation artificielle. Elle évoque l’inquiétude de devoir modifier son écriture pour éviter d’être associée à l’IA, voire d’ajouter une clause de non-responsabilité sur la page de titre de son prochain livre.
Cette réflexion s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations concernant l’impact de l’IA sur le monde de l’écriture. L’IA, en analysant et en reproduisant les styles d’écriture existants, risque de standardiser la langue et de diluer la singularité de chaque voix.
Ce qui change
L’essor des outils d’IA générative, comme Copilot intégré à Word, modifie la manière dont les textes sont produits et perçus. Ces outils, qui proposent des suggestions de reformulation et de correction, peuvent influencer le style d’écriture et masquer l’empreinte de l’auteur. La fonctionnalité Copilot, par exemple, a récemment suggéré de remplacer l’expression « en un coup d’œil » par « brièvement » ou « immédiatement », illustrant ainsi la tendance à uniformiser le langage.
Cette situation pose un défi aux écrivains, qui doivent désormais naviguer dans un paysage où l’authenticité est remise en question. La nécessité de prouver l’origine humaine d’un texte pourrait conduire à l’émergence de systèmes de certification ou de labels garantissant l’absence d’intervention de l’IA.
Prochaines étapes
La professeure Stabiner suggère la création d’un organisme de certification qui apposerait un logo sur les livres, attestant qu’ils ont été écrits par un être humain. Elle souligne toutefois la complexité de garantir l’intégrité de ce processus, en s’interrogeant sur qui certifierait les certificateurs.
À l’avenir, il sera crucial de développer des outils et des stratégies pour distinguer les textes écrits par des humains de ceux générés par l’IA. La valorisation de la créativité, de l’originalité et de la singularité de chaque voix sera essentielle pour préserver la richesse et la diversité de la littérature.
« La dame proteste trop », ironise-t-elle, consciente que toute insistance sur l’authenticité de son écriture pourrait susciter des soupçons. Elle conclut en affirmant que l’écriture ennuyeuse, dépourvue de toute affectation ou de style personnel, est le signe révélateur de l’intervention d’un chatbot incapable de ressentir ou de comprendre le monde.
Karen Stabiner est l’auteure, notamment, de « Generation Chef : Risking It All for a New American Dream ».
