Publié le 6 décembre 2025 à 18h00. Les montres intelligentes, devenues omniprésentes à nos poignets, ne se contentent plus de donner l’heure. Elles mesurent désormais une multitude de données physiologiques, soulevant des questions sur leur fiabilité et leur impact sur notre bien-être.
- Le marché des montres intelligentes est en pleine expansion, générant des milliards de reais.
- Ces appareils suivent non seulement l’activité physique, mais aussi le sommeil, la fréquence cardiaque, et même les niveaux de stress.
- Si elles peuvent être utiles pour suivre les progrès personnels, leur précision et l’interprétation des données qu’elles fournissent restent des sujets de débat.
Au départ d’une course de 5 km un samedi matin, l’attention se porte autant sur la préparation physique que sur la configuration des montres connectées. Un coureur décrit la scène : « Je sens le souffle froid de mes concurrents, ils sont sur le point de s’élancer. » Mais avant de démarrer, il faut s’assurer que l’appareil est correctement réglé, comme le confirme un autre participant : « Je ne pars pas d’ici avant que le GPS soit prêt ! »
Ces dispositifs, proposés par des marques comme Apple Watch, Samsung Galaxy, Garmin, Huawei Watch et Fitbit, dominent un marché en croissance constante. Le prix varie considérablement en fonction de la technologie embarquée, allant de quelques centaines à plusieurs milliers de reais.
L’engouement pour ces montres est palpable. Certains utilisateurs affirment :
« Ça me rend fou, je ne peux pas l’éteindre. »
Utilisateur de montre intelligente
, tandis que d’autres les considèrent comme un véritable soutien :
« Il me réconforte… C’est comme un ami qui me soutient. »
Utilisateur de montre intelligente
. Mais l’omniprésence de ces données peut aussi être source d’irritation :
« Arrête de dire que j’ai mal dormi. »
Utilisateur de montre intelligente
L’évolution de ces technologies est spectaculaire. L’époque où elles se limitaient à compter les pas est révolue. Aujourd’hui, elles mesurent les habitudes de sommeil, la tension artérielle, la fréquence cardiaque, la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), l’oxygénation, la glycémie, et même la VO2 max. Il est difficile de trouver une fonction corporelle qu’elles ne soient pas capables de suivre.
Cependant, la fiabilité de ces mesures est remise en question. Rachael Fairclough témoigne :
« Je suis un peu obsédée par la mienne. »
Rachael Fairclough
Elle apprécie le suivi de ses courses, mais certaines fonctionnalités lui semblent excessives, notamment pendant sa grossesse, où la montre lui reprochait son manque de productivité. Après la naissance de son enfant, elle reçoit constamment des notifications l’informant de ses mauvaises nuits de sommeil :
« J’ai un bébé de six mois, je n’ai pas besoin qu’on me dise que je n’ai pas dormi. »
Rachael Fairclough
Le fonctionnement de ces montres repose sur des capteurs situés au dos du boîtier. Des lumières LED vertes analysent le flux sanguin pour mesurer la fréquence cardiaque, tandis que des appareils plus sophistiqués détectent les variations du courant électrique pour évaluer les niveaux de stress.
Niels Peek, professeur de science des données à l’Université de Manchester au Royaume-Uni, souligne la nécessité d’un équilibre délicat. Si la technologie peut sauver des vies en détectant des maladies à un stade précoce, elle peut aussi transformer les porteurs en individus excessivement préoccupés par leur santé. Certains modèles récents sont capables de réaliser des électrocardiogrammes (ECG) et de détecter des anomalies cardiaques comme la fibrillation auriculaire (FA), qui peuvent augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral ou de problèmes cardiaques.
L’interprétation de ces données est complexe, et le professeur Peek craint que l’ajout constant de nouvelles fonctionnalités ne rende leur compréhension difficile pour les utilisateurs. Lindsey Rosman, psychologue clinicienne et professeur de cardiologie, confirme cette tendance. Ses recherches auprès de patients atteints de maladies cardiovasculaires montrent que 20 % d’entre eux souffrent d’anxiété et ont recours plus fréquemment aux soins de santé en raison de la surveillance constante de leur cœur.
Elle observe un cercle vicieux : un chiffre inquiétant affiché sur la montre provoque de l’anxiété, ce qui augmente la fréquence cardiaque, et ainsi de suite. Elle explique :
« Si nous voyons des statistiques sur nous-mêmes que nous ne comprenons pas entièrement, nous voudrons bien sûr en savoir plus. Nous vérifions et vérifions et vérifions encore. Et cela devient une prophétie auto-réalisatrice. »
Lindsey Rosman
Certains parviennent à entretenir une relation plus saine avec ces technologies. Mark Morton, vétérinaire, utilise un tracker d’activité physique Whoop qui lui fournit un rapport quotidien sur la qualité de son sommeil. Il témoigne :
« Cela ne fera pas de moi un athlète olympique ou quoi que ce soit du genre, mais cela m’a vraiment fait réfléchir à ma santé. »
Mark Morton
Il a notamment modifié ses habitudes en évitant de boire de l’alcool avant de se coucher, ce qui a amélioré la qualité de son sommeil.
De retour sur la course, le coureur a franchi la ligne d’arrivée en 22 minutes et 28 secondes. Ce n’est pas son meilleur temps, mais il est satisfait de son sprint final. Il se tourne vers sa montre pour analyser les données. Kelly Bowden-Davies, maître de conférences au Département des sciences du sport et de l’exercice de la Manchester Metropolitan University, tempère cet enthousiasme :
« Ils ne vous donneront pas des résultats de qualité laboratoire. Ils ne vous donneront pas une lecture précise de votre vitesse ou de votre rythme à un moment donné. »
Kelly Bowden-Davies
Elle souligne que le GPS n’est pas toujours fiable et que le mouvement de la montre sur le poignet peut affecter la précision des mesures.
En conclusion, les montres intelligentes ne sont pas des outils médicaux infaillibles, mais elles peuvent fournir une base de travail utile pour suivre ses progrès personnels et améliorer son bien-être. L’important est de les utiliser avec discernement et de ne pas se laisser submerger par le flux constant de données.

