Home SantéLes chercheurs découvrent le même ensemble de neurones responsables de la fièvre et de la somnolence

Les chercheurs découvrent le même ensemble de neurones responsables de la fièvre et de la somnolence

by Sophie Martin

Publié le 5 décembre 2025. Des chercheurs ont identifié un ensemble de neurones impliqués à la fois dans la régulation de la fièvre et dans l’induction d’un état de torpeur, ouvrant la voie à de nouvelles thérapies potentielles pour les accidents vasculaires cérébraux et les voyages spatiaux de longue durée.

  • Une équipe internationale a découvert que l’activation ou l’inhibition de ces neurones, situés dans l’hypothalamus, peut respectivement provoquer de la fièvre ou un état de torpeur caractérisé par une forte baisse de la température corporelle et du métabolisme.
  • Cette découverte pourrait permettre de développer des traitements pour protéger les tissus cérébraux en cas d’accident vasculaire cérébral en réduisant leur consommation d’oxygène.
  • La capacité à induire un état de torpeur pourrait également s’avérer cruciale pour les futurs voyages spatiaux de longue durée, en réduisant les besoins énergétiques des astronautes.

Une étude menée par un chercheur brésilien de l’Université Harvard aux États-Unis a mis en évidence un groupe de neurones capable de contrôler à la fois la fièvre et la torpeur, un état physiologique extrême où les fonctions métaboliques sont considérablement ralenties. Les résultats de cette recherche, publiés dans la revue Nature, sont prometteurs pour le développement de nouvelles approches thérapeutiques, notamment dans le traitement des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et pour faciliter les voyages spatiaux de longue durée.

Selon Natalia Machado, professeure adjointe à la Harvard Medical School et chercheuse au Beth Israel Deaconess Medical Center, et Clifford Saper, cette population de neurones se trouve dans le noyau préoptique médian de l’hypothalamus et s’identifie par l’expression du récepteur E2 de la prostaglandine de type EP3.

« Lorsque ces neurones sont inhibés, ils produisent de la fièvre ; lorsqu’ils sont activés, ils induisent ce que nous appelons la torpeur, un état caractérisé par une baisse profonde et prolongée de la température corporelle et du métabolisme. »

Natalia Machado, professeure adjointe à la Harvard Medical School

Les chercheurs espèrent maintenant identifier une molécule capable de déclencher ces réponses neuronales et de la transformer en un médicament. Cette avancée pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements médicaux pour l’homme.

L’étude a bénéficié de la participation de Luís Henrique Angenendt da Costa, qui a effectué un postdoctorat à la Faculté de Dentisterie de Ribeirão Preto de l’Université de São Paulo (FORP-USP) et un stage dans le laboratoire de Machado grâce à une bourse de la FAPESP.

Certaines espèces animales, comme les souris, entrent naturellement en état de torpeur lorsqu’elles sont confrontées à la faim et au froid. Bien que les humains ne présentent pas ce phénomène spontanément, les chercheurs pensent que le groupe de neurones identifié est également présent chez nous et pourrait être activé ou inhibé par un stimulus approprié, induisant ainsi de la fièvre ou de la torpeur. Lors de la torpeur, le métabolisme des souris peut diminuer jusqu’à 80 %.

Induction de la torpeur : un espoir pour le traitement des AVC

L’induction d’une réduction de la température corporelle et du métabolisme pourrait s’avérer particulièrement bénéfique dans le traitement des accidents vasculaires cérébraux. En ralentissant le métabolisme des tissus affectés, il serait possible d’augmenter le temps disponible pour une intervention médicale et de limiter les dommages causés par le manque d’oxygène.

Des techniques d’hypothermie thérapeutique existent déjà, mais elles ne permettent qu’une légère diminution de la température et peuvent entraîner des effets secondaires indésirables tels que des troubles cardiaques et des tremblements. L’activation de la population de neurones identifiée par l’équipe de recherche permettrait de réduire la température corporelle sans provoquer de réaction compensatoire de l’organisme, évitant ainsi ces effets secondaires.

« C’est comme si nous avions réglé le thermostat des animaux sur une plage inférieure, environ 10 °C en dessous de leur température corporelle avant de provoquer la torpeur. »

Natalia Machado, professeure adjointe à la Harvard Medical School

Voyages spatiaux de longue durée : une réduction des besoins énergétiques

Dans un scénario plus ambitieux, la réduction du métabolisme induite par la torpeur pourrait également faciliter les voyages spatiaux de longue durée, tels que ceux envisagés par la NASA et l’ESA vers Mars. En diminuant les besoins énergétiques et alimentaires des astronautes, il serait possible de réduire considérablement la quantité de provisions nécessaires pour un voyage d’environ mille jours.

Selon les chercheurs, il ne s’agirait pas d’une réduction du métabolisme aussi drastique que chez la souris, mais d’un état proche de l’hibernation observée chez les ours.

La fièvre : une réponse immunitaire à optimiser

En ce qui concerne l’induction de la fièvre, l’augmentation de la température corporelle est une stratégie naturelle de l’organisme pour lutter contre les infections virales et bactériennes. Le développement de nouvelles thérapies capables de stimuler cette réponse pourrait être bénéfique pour les personnes âgées, dont le système immunitaire est souvent moins réactif.

Pour confirmer que cette famille spécifique de neurones pouvait effectivement induire à la fois de la fièvre et de la torpeur, les chercheurs ont utilisé diverses techniques sur des souris génétiquement modifiées, leur permettant de manipuler spécifiquement les neurones exprimant les récepteurs E2 des prostaglandines de type EP3 dans l’hypothalamus. Ils ont notamment utilisé la chimiogénétique et l’optogénétique pour activer ou inhiber ces neurones, et ont observé que le calcium est le principal signal intracellulaire impliqué dans les réponses de fièvre et de torpeur.

Enfin, la suppression de ces neurones a empêché les animaux de développer de la fièvre ou d’entrer en état de torpeur, confirmant ainsi leur rôle essentiel dans la régulation de la température corporelle.


Natalia Machado dans son laboratoire de la Harvard Medical School (photo : Anna Olivella/Harvard Brain Science Initiative)

Les chercheurs se concentrent désormais sur la recherche d’un moyen non invasif d’induire les effets de la torpeur, car les techniques utilisées dans les expériences ne peuvent pas être directement transposées à l’homme. L’identification d’une hormone ou d’un peptide capable de déclencher ces réponses neuronales pourrait constituer une voie prometteuse pour le développement de nouveaux traitements.

De retour au Brésil grâce au programme Connaissance Brésil du CNPq, Luís Henrique Angenendt da Costa poursuit ses recherches postdoctorales à l’École de sciences infirmières de Ribeirão Preto (EERP) de l’USP. Il étudiera en profondeur les mécanismes impliqués dans l’hypothermie provoquée par des infections graves, telles que la septicémie, afin de développer de nouvelles approches thérapeutiques.

L’article Les neurones préoptiques EP3R constituent un interrupteur à double sens entre fièvre et torpeur est disponible à l’adresse suivante : www.nature.com/articles/s41586-025-09056-1.

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