Publié le 7 janvier 2024 à 16h29. Des manifestations secouent l’Iran, alimentées par le mécontentement économique et un rejet croissant du régime des ayatollahs, tandis que le nombre de victimes et d’arrestations continue d’augmenter.
- Au moins 35 personnes auraient perdu la vie et 1 200 auraient été arrêtées lors des protestations en Iran, selon l’organisation de défense des droits de l’homme HRANA.
- Les manifestants réclament un changement radical du régime, estimant qu’il est incapable d’assurer la sécurité, la prospérité économique et le bien-être de la population.
- L’analyste géopolitique Damon Golriz souligne l’importance de la jeunesse iranienne, dont les trois quarts ont moins de 30 ans, dans ce mouvement de contestation.
Les protestations actuelles en Iran, qui se propagent à travers le pays, sont enracinées dans un mécontentement généralisé envers la gestion du pays, bien que la dévaluation de la monnaie iranienne (le rial) ait initialement déclenché les premières manifestations, notamment parmi les commerçants. Selon Damon Golriz, analyste spécialisé dans l’Iran au sein de l’Institut de géopolitique de La Haye, le cœur du problème réside dans une « mauvaise gestion du régime ». Il évoque des difficultés d’accès à l’eau potable, des problèmes énergétiques et une pollution atmosphérique alarmante, responsable de la mort de sept personnes par heure en Iran.
Le mouvement de contestation vise désormais ouvertement à renverser le régime des ayatollahs, un système politique dans lequel des chefs religieux chiites détiennent le pouvoir. L’ayatollah Ali Khamenei est actuellement le chef suprême de l’Iran. Les manifestants aspirent à une prospérité économique et à un État de droit laïque, inspiré de modèles occidentaux et fondé sur des valeurs libérales, ainsi qu’à des relations pacifiques avec Israël. En somme, ils souhaitent un « meilleur avenir ».
Si la répression semble moins brutale que lors des manifestations de 2019 et de 2022, suite au décès de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs, le régime ne compte pas céder.
« Bien sûr, des personnes sont tuées, plus de 30 au cours des dix derniers jours. La répression s’intensifie, mais ce n’est pas encore aussi sévère que par le passé. »
Damon Golriz, analyste géopolitique
Selon M. Golriz, cette retenue pourrait être de courte durée. Une escalade de la violence pourrait survenir si le régime estime que les manifestants, soutenus par Israël et les États-Unis, gagnent trop de terrain, ou si les protestations s’étendent à la capitale, Téhéran.
La communauté internationale – « Israël, les États-Unis, l’Europe », précise M. Golriz – se montre favorable à un changement de régime. Il estime que le régime iranien est plus vulnérable qu’il ne l’était il y a quelques années, mais souligne que la situation reste fragile.
Un des principaux obstacles au succès des protestations est l’absence de leadership clair et d’une organisation structurée.
« Il manque une profondeur organisationnelle, une unité, un leadership. »
Damon Golriz, analyste géopolitique
Des signes encourageants émergent, avec l’émergence de diverses organisations et de potentiels leaders, comme le prince héritier d’Iran qui a appelé à la contestation. Cependant, il reste à déterminer si ces éléments suffiront à provoquer un bouleversement politique.
M. Golriz envisage quatre scénarios possibles. Il craint que le régime iranien ne soit préoccupé par le sort de Nicolás Maduro au Venezuela, dont le renversement a été menacé par l’administration Trump, et qu’il ne soit lui-même renversé. Un autre scénario envisage l’arrivée au pouvoir d’un loyaliste du régime qui initierait une transition vers un système différent, mais pas nécessairement démocratique, capable de servir les intérêts des États-Unis, d’Israël, de la Chine et de la Russie, mais pas ceux des Iraniens. Un troisième scénario, plus pessimiste, est celui d’un chaos généralisé, permettant aux forces armées et aux services de sécurité de reprendre le pouvoir sans la présence des ayatollahs, entraînant une instabilité accrue. Enfin, le quatrième scénario est le statu quo, avec le maintien du régime des ayatollahs.
Les prochains jours seront cruciaux. Des appels à la grève et à la manifestation ont été lancés par divers acteurs, et l’évolution de la situation sera déterminante pour l’avenir de l’Iran.
« Demain et après-demain sont des jours importants. Différentes parties et différents leaders ont appelé les gens à descendre dans la rue. Ils ont également appelé les commerçants à faire grève et à exercer davantage de pression sur le régime. Et maintenant, nous devons voir comment la situation évolue. »
Damon Golriz, analyste géopolitique

