Publié le 13 novembre 2025 08h30. Un traitement anti-inflammatoire peu coûteux, déjà utilisé pour traiter la goutte, pourrait réduire significativement le risque de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires, selon une vaste analyse publiée par Cochrane.
- La colchicine, administrée à faible dose pendant au moins six mois, est associée à une diminution du nombre de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.
- L’étude, basée sur l’analyse de 12 essais cliniques impliquant près de 23 000 patients, ne révèle pas d’augmentation significative des effets secondaires graves.
- Les maladies cardiovasculaires, première cause de décès dans le monde, pourraient bénéficier d’une nouvelle approche thérapeutique abordable et accessible.
La colchicine, un médicament bien connu pour son efficacité dans le traitement de la goutte, pourrait avoir un rôle important à jouer dans la prévention secondaire des maladies cardiovasculaires. Une récente revue exhaustive, menée par des chercheurs de l’École de médecine de Greifswald (Allemagne) et de l’Université de Berne (Suisse), confirme son potentiel bénéfique.
Les maladies cardiovasculaires sont souvent liées à une inflammation chronique de bas grade, qui favorise la survenue d’événements tels que l’infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux. La colchicine, grâce à ses propriétés anti-inflammatoires, représente une option thérapeutique prometteuse pour les personnes souffrant de pathologies cardiaques.
L’analyse a porté sur les données de 12 essais contrôlés randomisés, impliquant un total de 22 984 patients ayant des antécédents de maladies cardiaques, d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral. Les participants ont reçu de la colchicine à une dose de 0,5 mg une ou deux fois par jour pendant au moins six mois, comparée à un placebo ou à un traitement standard.
Les résultats indiquent que les patients traités par colchicine à faible dose présentaient un risque réduit de survenir à une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. Plus précisément, pour 1 000 personnes traitées, on a observé une diminution de 9 crises cardiaques et de 8 accidents vasculaires cérébraux. Bien que des effets secondaires gastriques ou digestifs aient été rapportés, ils étaient généralement légers et de courte durée.
« Pour 200 personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire, chez lesquelles on pourrait normalement s’attendre à environ 7 crises cardiaques et 4 accidents vasculaires cérébraux, avec de la colchicine à faible dose, nous pourrions éviter environ 2 crises cardiaques et 2 accidents vasculaires cérébraux. »
Ramin Ebrahimi, chercheur à l’Institut École de médecine de Greifswald (Allemagne)
Selon les chercheurs, ces réductions de risque pourraient avoir un impact significatif sur la vie des patients vivant avec un risque cardiovasculaire permanent.
Ana Viana Tejedor, coordinatrice de l’Unité de Soins Cardiaques Aigus de l’Hôpital Clinique San Carlos de Madrid, confirme que la colchicine réduit systématiquement le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral chez les patients atteints d’une maladie athéroscléreuse stable, avec une réduction du risque relatif comprise entre 25 % et 30 %.
« Ces résultats proviennent d’essais financés par des fonds publics qui donnent une toute nouvelle utilisation à un médicament très ancien et bon marché. Cela montre le pouvoir de la recherche universitaire pour révéler des opportunités thérapeutiques que le développement de médicaments traditionnels néglige souvent. »
Lars Hemkens, chercheur à l’Université de Berne (Suisse)
Les auteurs de l’étude soulignent que, bien que les preuves soient solides, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer l’impact de la colchicine sur la mortalité globale et la nécessité d’interventions telles que la revascularisation coronarienne. Ils souhaitent également évaluer l’effet du médicament sur la qualité de vie et la durée des hospitalisations.
Les prochaines étapes consisteront à identifier les patients qui pourraient bénéficier le plus de ce traitement, en se basant notamment sur des marqueurs d’inflammation, et à analyser la mise en œuvre pratique de la colchicine dans le cadre des soins de santé réels.
La colchicine, en raison de son faible coût et de sa bonne tolérance, pourrait ainsi devenir un complément précieux aux traitements existants pour la prévention secondaire des maladies cardiovasculaires, conformément aux recommandations européennes ESC 2024.
