Publié le 9 décembre 2025 à 17h30. Des « cicatrices » détectées dans les nuages de gaz entourant notre système solaire révèlent qu’il y a 4,4 millions d’années, le Soleil a traversé le voisinage de deux étoiles massives, un événement qui pourrait expliquer certaines particularités de notre environnement spatial.
- Il y a 4,4 millions d’années, deux étoiles massives sont passées à proximité du Soleil.
- Les astronomes ont identifié des « cicatrices » dans les nuages de gaz interstellaires comme preuve de cet événement.
- Cette rencontre pourrait avoir contribué à rendre la Terre habitable en la protégeant des rayonnements nocifs.
Une analyse approfondie des nuages interstellaires locaux, s’étendant sur jusqu’à 30 années-lumière, a permis aux astronomes de reconstituer ce passé cosmique. L’étude révèle que le Soleil a croisé la route de deux étoiles particulièrement imposantes, aujourd’hui situées à environ 400 années-lumière de la Terre, de part et d’autre de la constellation du Grand Chien.
« C’est un peu comme assembler un puzzle dont les pièces sont en mouvement constant », explique Michael Shull, de l’Université du Colorado à Boulder, à la tête de l’équipe de recherche. « Le Soleil se déplace, les étoiles s’éloignent, et les nuages dérivent avec eux. »
Notre système solaire se trouve actuellement dans la bulle chaude locale, une région de l’espace relativement vide, remplie de gaz chaud et peu dense. L’interaction entre cette bulle et les nuages interstellaires est cruciale pour comprendre les conditions qui permettent à la vie de se développer sur Terre.
« Le fait que le Soleil se trouve dans des nuages qui peuvent nous protéger des rayonnements ionisants pourrait être un élément important expliquant pourquoi la Terre est habitable aujourd’hui », souligne M. Shull.
Les deux étoiles impliquées dans cette rencontre cosmique sont Epsilon Canis Majoris (Adhara) et Beta Canis Majoris (Mirzam). Les modélisations suggèrent qu’elles se sont approchées à moins de 30 années-lumière du Soleil, une distance très faible à l’échelle cosmique. À cette époque, elles apparaissaient probablement quatre à six fois plus brillantes que Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel nocturne.
Ces étoiles, dont la masse est environ 13 fois supérieure à celle du Soleil et la température peut atteindre 25 000 degrés Celsius, ont émis un puissant rayonnement ultraviolet lors de leur passage. Ce rayonnement a ionisé les atomes d’hydrogène et d’hélium présents dans les nuages interstellaires, laissant des « cicatrices » détectables par les astronomes. Ces traces permettent d’expliquer des niveaux d’ionisation de l’hydrogène et de l’hélium qui étaient auparavant considérés comme anormaux dans cette région de l’espace.
L’équipe a également pris en compte l’influence de trois naines blanches et du rayonnement émis par la bulle chaude locale dans le processus d’ionisation.
Cette ionisation est un phénomène temporaire qui disparaîtra dans quelques millions d’années. D’ici là, Epsilon et Beta Canis Majoris devraient exploser en supernovae, un événement spectaculaire qui illuminera le ciel, bien que sans danger pour la Terre.
« Une supernova explosant aussi près éclairerait le ciel. Ce sera très, très lumineux, mais suffisamment loin pour ne pas être mortel. »
Michael Shull, Université du Colorado à Boulder
(Espace/Z-2)
