La violence à l’encontre du personnel soignant, en particulier les infirmières, est en forte augmentation dans les hôpitaux, contribuant à l’épuisement professionnel et à l’exode massif de professionnels de santé. Une nouvelle approche, basée sur l’analyse de la voix, pourrait permettre d’anticiper et de prévenir ces incidents avant qu’ils ne se produisent.
Selon une enquête menée en 2023 par le National Nurses United (NNU), près de 45,5 % des infirmières ont constaté une augmentation de la violence au travail au cours de l’année précédente. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de crise dans le secteur de la santé : plus de 138 000 infirmières ont quitté leurs postes depuis 2022, et plus de 41 % d’entre elles citent le stress et l’épuisement professionnel comme principales raisons de leur départ. Les services de psychiatrie et les urgences sont particulièrement touchés par ces actes d’agression.
Malgré la formation aux techniques de désescalade proposée à de nombreux soignants, la situation continue de se dégrader. En 2023, 43 % des infirmières interrogées ont déclaré avoir été victimes d’abus ou de violence sur leur lieu de travail au cours de l’année écoulée. Si les patients ne sont pas les seuls responsables de ces comportements, réduire leur nombre améliorerait considérablement les conditions de travail du personnel soignant.
Les méthodes de désescalade actuelles ont leurs limites. Elles peuvent être inefficaces si un incident se déroule hors de vue du personnel, par exemple dans une chambre partagée, ou si la situation évolue trop rapidement. De plus, les hôpitaux manquent souvent de ressources financières pour embaucher du personnel de sécurité supplémentaire ou investir dans des outils de surveillance.
Une nouvelle technologie pourrait apporter une solution : l’analyse des biomarqueurs vocaux. La voix humaine contient plus de 2 500 caractéristiques distinctes qui peuvent être analysées en temps réel grâce à l’intelligence artificielle. Cette technologie est déjà utilisée dans le domaine médical pour détecter des troubles cognitifs et comportementaux.
Le principe est simple : pendant sa tournée, une infirmière pourrait être alertée si un patient adopte un ton agressif, que ce soit en s’adressant à un autre patient, au téléphone ou à un membre du personnel. L’algorithme détecterait ces signaux d’agression et enverrait une alerte à l’équipe de sécurité ou au personnel d’assistance, permettant d’intervenir avant que la situation ne dégénère. Actuellement, une infirmière peut entrer dans une chambre sans savoir si un patient est sur le point de devenir agressif. Un système d’alerte précoce pourrait lui faire gagner un temps précieux.
La technologie nécessaire pour détecter les discours agressifs et traiter les données en temps réel existe déjà. Il ne reste plus qu’à l’appliquer dans les environnements à haut risque pour prévenir les incidents et protéger le personnel soignant.
