Publié le 2023-01-30 14:35:00. Des milliers de personnes ont manifesté dimanche aux États-Unis pour dénoncer la répression violente des manifestations en Iran, alors que le bilan s’alourdit et que les appels à une intervention internationale se multiplient.
- Des rassemblements importants ont eu lieu à Los Angeles, qui abrite la plus grande communauté iranienne de la planète, et à New York.
- Les manifestants expriment leur colère face à la mort de nombreux protestataires et dénoncent ce qu’ils qualifient de « massacre » par les forces de sécurité iraniennes.
- Des divergences apparaissent au sein de la diaspora iranienne quant à la meilleure voie à suivre pour soutenir le mouvement de contestation.
La colère gronde aux États-Unis face à la répression des manifestations qui secouent l’Iran depuis fin décembre. Des milliers de personnes ont défilé dimanche dans plusieurs villes américaines pour exprimer leur solidarité avec les protestataires iraniens et dénoncer la violence des forces de l’ordre. Les manifestations, initialement déclenchées par des difficultés économiques, ont rapidement pris une dimension politique, remettant en question le pouvoir des dirigeants iraniens.
Los Angeles, qui compte la plus importante diaspora iranienne au monde, a été le théâtre de la plus grande manifestation. Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) présents sur place ont rapporté que plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues, brandissant des pancartes accusant le gouvernement iranien de commettre un « nouveau Holocauste » ou un « génocide en devenir ». La « terreur » exercée par les autorités iraniennes était également dénoncée.
Les témoignages de personnes ayant fui l’Iran sont poignants. Perry Faraz, une responsable administrative de 62 ans exilée depuis 2006, a appris cette semaine la mort de son jeune cousin lors des affrontements.
« Mon cœur est lourd et mon âme est brisée, je n’ai pas de mots pour décrire à quel point je suis en colère. »
Perry Faraz, manifestante à Los Angeles
Elle a confié que sa famille était dévastée par la perte de ce jeune homme, âgé de moins de 10 ans.
Selon l’organisation Iran Human Rights, basée en Norvège, au moins 3 428 manifestants ont été tués par les forces de sécurité depuis le début des protestations. L’ONG précise avoir vérifié ces décès grâce à des sources au sein du système médical iranien, des témoins et des sources indépendantes. Elle avertit que le bilan réel pourrait être considérablement plus élevé. Les médias ne sont pas en mesure de vérifier ces chiffres de manière indépendante, et les autorités iraniennes n’ont pas communiqué de bilan officiel.
Les manifestants américains appellent à une réaction internationale, et plus particulièrement à une intervention américaine. Ali Parvaneh, un avocat de 65 ans participant à la manifestation de Los Angeles, a déclaré :
« Ce massacre de population est terriblement bouleversant. »
Ali Parvaneh, manifestant à Los Angeles
Il, comme beaucoup d’autres, portait une pancarte « Rendre sa grandeur à l’Iran » et souhaiterait que le président Donald Trump cible le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). Certains manifestants ont même appelé à l’assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei.
Donald Trump a adopté une attitude ambivalente ces derniers jours. Après avoir menacé d’intervenir si des manifestants étaient tués, il s’est ensuite dit satisfait des assurances iraniennes selon lesquelles aucune exécution ne serait prononcée. De nombreux manifestants espèrent toutefois que le président américain ira au-delà de simples déclarations de soutien.
« J’espère vraiment que Trump fera un pas au-delà de la simple expression de son soutien. »
Ali Parvaneh, manifestant à Los Angeles
Au sein de la diaspora iranienne, des opinions divergentes émergent quant à la meilleure façon de soutenir le mouvement de contestation. Certains, comme Ali Parvaneh, évoquent la possibilité d’un retour à la monarchie, en référence à Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Shah d’Iran.
« Si la monarchie était restée en place, la situation serait bien différente et l’Iran se trouverait dans une bien meilleure situation. »
Ali Parvaneh, manifestant à Los Angeles
Cependant, l’influence politique de Reza Pahlavi reste limitée en Iran, et les souvenirs de la répression exercée par son père sont encore vifs dans l’esprit de nombreux Iraniens.
D’autres, comme Roozbeh Farahanipour, restaurateur à Los Angeles, estiment que la diaspora doit soutenir les Iraniens sans chercher à imposer une solution de l’extérieur.
« Ils n’ont pas besoin d’une marionnette implantée par l’Occident. »
Roozbeh Farahanipour, restaurateur à Los Angeles
Karim Farsis, un poète et universitaire de la baie de San Francisco, critique quant à lui la politique américaine, soulignant que les sanctions imposées par Washington, y compris sous l’administration Trump, et le retrait de l’accord nucléaire ont contribué aux difficultés économiques de l’Iran. Elle dénonce également les restrictions imposées aux Iraniens souhaitant se rendre aux États-Unis.
« Trump se joue du peuple iranien. »
Karim Farsis, poète et universitaire
La situation en Iran reste extrêmement tendue, et l’avenir du mouvement de contestation est incertain. Les manifestations aux États-Unis témoignent de la forte mobilisation de la diaspora iranienne, mais les divergences internes et les enjeux géopolitiques complexes rendent toute solution facile improbable.
