Publié le 2025-12-01 16:46:00. La célèbre clinique universitaire Charité de Berlin, confrontée à des infrastructures vieillissantes et un système informatique obsolète, pourrait être contrainte de s’endetter massivement pour moderniser ses équipements, une décision qui suscite des inquiétudes quant à sa viabilité financière et à la sécurité des données de ses patients.
- La Charité, l’un des plus grands hôpitaux universitaires d’Europe, doit faire face à des besoins urgents de modernisation de ses infrastructures, notamment son système informatique.
- Le Sénat de Berlin envisage de permettre à la clinique de contracter un prêt de 400 millions d’euros (plus les intérêts) pour financer ces travaux, une solution controversée compte tenu de ses difficultés financières.
- Des questions se posent quant à la protection des données des patients, notamment si la Charité choisit une solution informatique proposée par une entreprise américaine soumise aux lois américaines sur l’accès aux données.
La situation financière de la Charité est préoccupante. L’hôpital souffre d’un manque chronique de financement, aggravé par des infrastructures datant des années 1970 et 1990. Son système informatique, mis en place au début des années 2000, est également obsolète et nécessite un remplacement urgent, la maintenance devenant de plus en plus coûteuse.
Selon Alexander Eichholtz, président du conseil du personnel de la Charité et infirmier en soins intensifs, il est légitime de se demander comment une clinique déjà endettée pourrait obtenir un tel prêt et comment elle pourrait le rembourser sans compromettre la qualité des soins et la recherche.
« Qui accorde des prêts aussi importants à une clinique déjà endettée – même si elle est aussi bonne techniquement que la Charité ? Et même si quelqu’un le fait, comment cette clinique est-elle censée rembourser avec intérêts, puisque les soins de santé et la recherche continuent d’être payés aussi peu qu’avant ? »
Alexander Eichholtz, président du conseil du personnel de la Charité
Heyo Kroemer, le président du conseil d’administration de la Charité, a exprimé des préoccupations similaires devant une commission scientifique du Parlement berlinois, soulignant la difficulté de rembourser un prêt de 400 millions d’euros (plus les intérêts) sans impacter les finances de l’hôpital. Il a précisé que des investissements tels que le nouveau système d’information hospitalier (KIS) n’augmentent pas directement les revenus de la clinique.
Une modification de la loi est envisagée pour permettre à la Charité de contracter ce prêt. Les membres de la commission parlementaire, de tous bords politiques, semblent s’accorder sur la nécessité de trouver une solution financière pour l’hôpital, même si cela implique de l’endetter davantage. Des experts financiers suggèrent que le Sénat pourrait obtenir un prêt à un taux d’environ 2,5 %, tandis que la Charité pourrait devoir payer jusqu’à 3,5 % auprès des banques.
Les données des patients sur des serveurs américains ?
L’acquisition d’un nouveau système d’information hospitalier (KIS) est une priorité pour la Charité, car le logiciel actuel est coûteux à maintenir et ne sera plus supporté techniquement à partir de 2027. L’appel d’offres est en cours et, selon des informations non confirmées, la société américaine Epic Systems serait en pole position. Cela soulève des inquiétudes quant à la sécurité des données des patients, car des millions de dossiers médicaux pourraient être stockés sur des serveurs américains.
Tobias Schulze, un expert scientifique, s’interroge sur la possibilité pour les autorités américaines d’accéder aux données médicales et aux résultats de recherche de la Charité en vertu du « US Cloud Act », une loi qui oblige les fournisseurs de services américains à transmettre des données à la justice américaine sur demande. Il s’inquiète également de la sécurité des données des personnalités importantes soignées à la Charité en cas de crise géopolitique. Comment la Charité est-elle devenue un hôpital politique ?
Selon les informations disponibles, Epic Systems ne dispose pas d’un module de facturation compatible avec les caisses d’assurance maladie allemandes, ce qui pourrait entraîner des coûts supplémentaires pour son adaptation.
