Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’exploitation aurifère en Amérique latine, marquée par des décennies de labeur extrême, est confrontée à un dilemme : la revitalisation de mines abandonnées, comme la légendaire Serra Pelada au Brésil, se heurte à des défis économiques, sociaux et environnementaux majeurs.
- La mine d’or de Serra Pelada, autrefois la plus grande fouille artisanale à ciel ouvert d’Amérique latine, pourrait connaître une renaissance malgré des obstacles considérables.
- Des conflits internes, des dettes importantes et des exigences environnementales strictes compliquent les tentatives de relance de l’exploitation minière dans la région.
- De nombreux anciens mineurs tentent de survivre et de réactiver l’activité aurifère, parfois de manière illégale, dans l’espoir de retrouver une source de revenus.
Pendant des décennies, les plus grandes mines d’or d’Amérique latine ont attiré des milliers de travailleurs, souvent dans des conditions inhumaines. La recherche, l’extraction et la transformation de ce métal précieux ont profondément modifié des villes entières et ont été le théâtre de luttes acharnées pour le contrôle des richesses et la sécurité des mineurs.
Aujourd’hui, de nombreux sites miniers sont à l’abandon, en raison des risques liés à l’activité ou du manque d’investissements nécessaires à la reprise de l’exploitation. Pourtant, la fièvre de l’or persiste, et de nombreux acteurs aspirent à redynamiser ces gisements à ciel ouvert.
C’est le cas de la mine d’or de Serra Pelada, située dans l’État brésilien du Pará, un symbole de la ruée vers l’or des années 1980. Sa découverte avait entraîné un afflux massif de mineurs et transformé la région en un centre névralgique de l’extraction aurifère. À son apogée, près de 100 000 personnes travaillaient sur le site, qui est devenu l’une des plus grandes mines d’or à ciel ouvert d’Amérique latine. Aujourd’hui, l’immense trou de plus de 150 mètres de profondeur est rempli d’eau, ressemblant à un lac artificiel.

Le travail était entièrement manuel, les mineurs transportant des sacs de roche pesant entre 30 et 60 kilogrammes et gravissant des escaliers en bois surnommés « Adieu maman ». Chaque jour était synonyme de risques constants, tels que des glissements de terrain et des chutes, alors que les travailleurs cherchaient l’or dans l’espoir d’améliorer leur situation économique.

Le gouvernement a fermé la mine en 1992 pour des raisons de sécurité, alors que l’extraction était déjà en déclin. Parmi les anciens mineurs, Chico Osorio est un exemple frappant d’exploitation artisanale. Après des décennies d’expérience, il continue d’inspecter les puits et les machines endommagées de la région.
Osorio a eu la chance d’extraire près de 700 kilogrammes d’or. Il en a déposé une partie dans une banque, une autre somme pour l’achat de deux petits avions et a investi le reste dans du matériel. Malheureusement, sa banque a fait faillite et il ne lui reste plus aujourd’hui que ce puits et quelques machines de ses premiers investissements.
« Le plus difficile, c’est d’atteindre l’or ; après, ce ne sont pas l’argent qui manque, mais le bon matériel. »
Chico Osorio, ancien mineur
Actuellement, de nombreux anciens mineurs vivent à Curionópolis et participent à des coopératives locales. Ces organisations tentent de réactiver la mine, mais se heurtent à des conflits internes, à des dettes s’élevant à plusieurs millions de dollars et à des problèmes juridiques qui compliquent l’obtention des permis nécessaires et la planification de nouvelles opérations.
Certains mineurs ont opté pour une activité clandestine, malgré les nombreuses opérations policières menées pour mettre fin à cette pratique illégale. Cependant, l’extraction illégale témoigne de la présence persistante de l’or dans le sol et de la possibilité d’une exploitation future.
Si elle aboutit, la réouverture devra trouver un équilibre entre les opportunités économiques et la protection des écosystèmes, un défi récurrent dans de nombreuses mines d’or d’Amérique latine. Cet équilibre entre développement économique et durabilité est la clé de l’avenir de l’exploitation minière dans la région.

