Publié le 24 septembre 2025 18:30:00. De Machiavel à Trump, la stratégie de la folie simulée a traversé les siècles pour déstabiliser les adversaires, mais son utilisation par l’ancien président américain prend une tournure particulièrement inquiétante, brouillant les frontières entre politique et désinformation.
- La stratégie de la folie simulée, popularisée par Machiavel, a été employée par des figures politiques comme Richard Nixon.
- Donald Trump semble avoir poussé cette stratégie à un niveau inédit, suscitant des inquiétudes quant à la diffusion de fausses informations et à la déstabilisation du débat public.
- Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a adopté une approche satirique pour dénoncer les méthodes de Trump.
Niccolò Machiavel, figure emblématique de la pensée politique, est souvent associé à la manipulation et à la ruse. Son œuvre, notamment Le Prince, explore les stratégies permettant aux dirigeants de conserver le pouvoir, parfois en recourant à des méthodes peu orthodoxes. Il est célèbre pour avoir affirmé qu’il pouvait être « une chose très sage de simuler la folie ». Cette idée, qui remonte à plusieurs siècles, a trouvé des échos inattendus dans l’histoire politique, et semble réapparaître aujourd’hui sous une forme nouvelle.
On pourrait imaginer qu’un jeune dramaturge, travaillant à Stratford-upon-Avon au début du XVIIe siècle, ait été inspiré par ces écrits. Hamlet, l’un de ses personnages les plus célèbres, feint la folie pour déjouer les plans de son oncle, le roi Claudius. Plus tard, dans les années 1960, le président Richard Nixon développa une stratégie similaire, baptisée « la théorie du fou ». Selon cette approche, l’imprévisibilité et l’irrationalité pouvaient dissuader les adversaires de provoquer les États-Unis, en les faisant douter de la réaction du président, notamment en matière nucléaire.
Nixon s’inspirait de l’attitude adoptée par Dwight D. Eisenhower durant la guerre de Corée. Il pensait qu’en apparaissant imprévisible, il pourrait déstabiliser ses ennemis, notamment les Soviétiques, qui hésiteraient à le défier par crainte d’une escalade incontrôlable. L’idée était que la rationalité même dissuaderait un adversaire de provoquer quelqu’un qui semblait indifférent à la perspective d’une catastrophe mondiale.
Mais c’est avec Donald Trump que cette stratégie de la folie simulée a atteint une nouvelle dimension. Contrairement à Machiavel, Hamlet ou Nixon, Trump ne cherche pas tant à déjouer un adversaire spécifique qu’à déstabiliser l’ensemble du système. Son comportement erratique, ses déclarations provocatrices et ses attaques personnelles constantes créent un climat de confusion et de méfiance, où il devient difficile de distinguer le vrai du faux.
Chaque jour apporte son lot de déclarations surprenantes et de comportements inattendus. L’attention se focalise sur la dernière sortie du président, sur le dernier tweet incohérent, dans une tentative désespérée de donner un sens à l’absurde. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a tenté de contrer cette stratégie en adoptant une approche satirique, imitant le style de Trump sur Twitter. Ses publications, souvent acerbes et provocatrices, visent à dénoncer l’absurdité des propos de l’ancien président.
Lors d’un récent événement en hommage à Charlie Kirk, Trump a franchi une nouvelle limite en faisant des déclarations controversées sur l’autisme. Il a affirmé avoir découvert un remède à cette maladie, suscitant l’indignation de la communauté scientifique et des associations de patients. Il a ensuite eu des difficultés à prononcer le nom de l’acétaminophène, l’ingrédient actif du Tylenol, et a suggéré que les mères étaient responsables de l’autisme de leurs enfants. Kenvue, le fabricant de Tylenol, pourrait envisager des poursuites judiciaires.
Ces déclarations, infondées et dangereuses, ont été vivement critiquées par les experts, qui rappellent que l’autisme est un trouble neurodéveloppemental et non une maladie acquise. La prévalence de l’autisme a augmenté en raison d’une meilleure sensibilisation, de critères de diagnostic plus larges et d’outils de dépistage plus performants. Suggérer que les mères sont responsables de l’autisme de leurs enfants est non seulement faux, mais aussi profondément misogyne.
Cette situation soulève des questions fondamentales sur la responsabilité des dirigeants politiques et sur les dangers de la désinformation. Il est essentiel de rester vigilant et de ne pas céder à la confusion et à la manipulation. La stratégie de la folie simulée, aussi ancienne soit-elle, reste une menace pour la démocratie et pour la santé publique.




