Publié le 14 janvier 2026 à 06h30. L’entreprise néerlandaise de puces Nexperia, basée à Nimègue, est au cœur d’une crise internationale qui pourrait avoir des répercussions sur l’industrie automobile mondiale. La Chambre des Entreprises examine aujourd’hui la situation et la possibilité d’ouvrir une enquête.
- La situation chez Nexperia a dégénéré au point que le ministre sortant de l’Économie a utilisé une loi de la guerre froide pour prendre le contrôle de l’entreprise.
- Des membres du conseil d’administration accusent le PDG chinois Zhang Xuezheng de favoriser ses propres intérêts au détriment de Nexperia.
- La Chine a réagi en interdisant à Nexperia d’exporter des puces, ce qui a provoqué des perturbations dans la production automobile à l’échelle mondiale.
La crise chez Nexperia a éclaté fin septembre dernier, lorsque le ministre sortant de l’Économie, Karremans, a invoqué une loi rarement utilisée pour prendre le contrôle de l’entreprise. Selon le ministère, des connaissances et des capacités de production essentielles risquaient de quitter l’Europe. Cette intervention sans précédent a été motivée par des inquiétudes concernant la gestion de l’entreprise par son PDG, Zhang Xuezheng, surnommé « M. Wing ».
Le jour suivant l’intervention du ministre, trois membres du conseil d’administration se sont présentés devant la Chambre des Entreprises pour exposer leurs griefs. Ils ont affirmé que M. Wing favorisait ses propres intérêts en commandant d’importantes quantités de pièces auprès d’une autre de ses sociétés, sans justification économique pour Nexperia. Ils ont également dénoncé ses tentatives de limoger rapidement les membres du conseil d’administration pour prendre le contrôle total de l’entreprise. Le ministère de l’Économie s’est joint à l’affaire en tant que partie intéressée, une situation inhabituelle.
Le juge a rapidement pris parti avec les membres du conseil d’administration, suspendant M. Wing et retirant les actions au propriétaire chinois. « Une telle mesure prise par la Chambre des Entreprises sans audience préalable est sans précédent », a déclaré Loes Lennarts, professeure de droit des sociétés à l’université de Groningue.
Cette affaire est particulièrement sensible en raison de son ampleur et des tensions géopolitiques qu’elle a engendrées. L’intervention du ministre Karremans et la décision de la Chambre des Entreprises ont provoqué un conflit majeur avec la Chine. Pékin a répliqué en interdisant à Nexperia d’exporter des puces depuis la Chine, ce qui a rapidement entraîné des problèmes de production pour de nombreux constructeurs automobiles dans le monde entier. La situation a même été abordée lors de discussions entre le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump en novembre.
Aujourd’hui, la Chambre des Entreprises doit déterminer s’il est nécessaire d’ouvrir une enquête plus approfondie sur la gestion de Nexperia. Une telle enquête serait lancée si des « raisons légitimes de douter de la bonne politique et du bon déroulement des affaires » de l’entreprise étaient établies. La Chambre des Entreprises peut également prendre des mesures temporaires pour prévenir d’autres dommages. Aucun verdict n’est attendu aujourd’hui.
Quelle que soit la décision du juge, l’audience d’aujourd’hui sera cruciale pour examiner les preuves présentées. Des irrégularités de gestion ont-elles réellement eu lieu, ou cette affaire révèle-t-elle d’autres enjeux ?
Si une mauvaise gestion est confirmée, les conséquences pourraient être importantes. L’entrepreneur Gerard Sanderink a récemment perdu le contrôle de ses entreprises Centric et Oranjewoud après que la mauvaise gestion ait été établie. En revanche, la direction de SNS Réal s’est sortie indemne il y a trois ans, une enquête n’ayant révélé aucune mauvaise gestion délibérée.
Le conflit autour de Nexperia est complexe et implique de nombreux acteurs. Il sera difficile pour la Chambre des Entreprises de faire toute la lumière sur cette affaire. Les pénuries de puces qui ont affecté l’industrie automobile se sont atténuées, et Nexperia a repris progressivement ses livraisons. Cependant, l’avenir de l’entreprise reste incertain.
Dans de nombreux cas portés devant la Chambre des Entreprises, les parties parviennent à trouver un accord. Mais il est peu probable que cela se produise dans le cas de Nexperia, compte tenu des relations tendues entre la Chine et les Pays-Bas, ainsi que des divisions internes au sein de l’entreprise. Il faudra du temps avant que les conséquences réelles de cette crise pour Nexperia ne soient pleinement connues.
