Publié le 7 janvier 2026 à 16h37. La Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) accélère la transition vers des carburants durables en ouvrant la voie à l’hydrogène liquide dans le sport automobile, une innovation qui pourrait bien révolutionner l’industrie et au-delà.
- La FIA a ratifié en juin les premières réglementations techniques et de sécurité pour les véhicules propulsés à l’hydrogène liquide.
- Plusieurs constructeurs automobiles majeurs, dont Toyota, BMW, Hyundai, Alpine et Ferrari, manifestent un intérêt croissant pour cette technologie.
- Un consortium d’experts, incluant des spécialistes de la science des fusées et de l’industrie spatiale, a été mobilisé pour relever les défis techniques liés à l’utilisation de l’hydrogène liquide.
Le sport automobile a toujours été un terrain d’expérimentation privilégié pour les nouvelles technologies. Des freins à disque introduits dans les années 1950 aux groupes motopropulseurs hybrides de pointe de la Formule 1, la quête de la performance a constamment stimulé l’innovation. Aujourd’hui, face à l’urgence climatique et à la demande croissante de solutions durables, la FIA mise sur l’hydrogène liquide pour décarboner le sport automobile et inspirer des avancées dans d’autres secteurs.
« La FIA cherche constamment à améliorer sa durabilité et à réduire l’empreinte carbone du sport automobile, et l’hydrogène représente peut-être l’aboutissement de cette démarche », explique Nicolas Aubourg, responsable R&D de la FIA. « En utilisant de l’hydrogène (H₂) et de l’oxygène de l’air, le seul sous-produit de la combustion, si elle est correctement contrôlée, est de l’eau. »
L’intérêt des constructeurs pour cette technologie est palpable. Toyota, avec sa voiture de route à hydrogène Mirai, et BMW, qui s’apprête à lancer un modèle similaire, sont déjà en première ligne. Hyundai propose également des véhicules à hydrogène, Alpine a présenté des démonstrateurs, et même Ferrari explore le potentiel de l’hydrogène en combinaison avec des moteurs à combustion interne plutôt qu’avec des piles à combustible.
Le projet, initié en 2021, s’est d’abord concentré sur l’hydrogène gazeux comprimé, mais les contraintes liées au stockage et au ravitaillement ont rapidement orienté les recherches vers l’hydrogène liquide, qui offre une densité énergétique plus élevée et des besoins de stockage plus légers, des atouts cruciaux pour la compétition automobile. Ce changement de cap a nécessité une expertise pointue, conduisant la FIA à solliciter l’aide de spécialistes de la science des fusées, notamment Arianespace et le groupe Ariane, qui disposent d’une vaste expérience dans la manipulation de l’hydrogène liquide.
« Ce que nous avons découvert avec H₂, c’est un environnement fascinant, vraiment fait pour le développement et avec des parties prenantes très intéressantes. »
Nicolas Aubourg, responsable R&D de la FIA
La collaboration s’est étendue à des entreprises industrielles telles qu’Air Products pour la fourniture d’hydrogène et FORVIA pour les réservoirs, créant ainsi un écosystème complet dédié à l’innovation en matière d’hydrogène.
Un des principaux défis réside dans la gestion de la température de l’hydrogène liquide, qui doit être maintenu à des niveaux extrêmement bas pour rester à l’état liquide. La chaleur générée par une voiture de course représente un obstacle majeur, car elle provoque l’ébullition de l’hydrogène. La solution consiste à isoler le réservoir avec une enveloppe à vide, une technologie éprouvée qui permet de minimiser les pertes de chaleur.
La FIA a déjà entamé des tests rigoureux pour valider la sécurité des systèmes de stockage d’hydrogène liquide, notamment des tests de surpression, de résistance aux chocs et de gestion des fuites. Ces tests, qui ont débuté en octobre, consistent à simuler des conditions extrêmes pour s’assurer que les systèmes sont capables de résister à des incidents potentiels.
La réduction du poids est également une priorité. Les réservoirs d’hydrogène liquide sont plus volumineux que les réservoirs de carburant traditionnels, mais les recherches en cours visent à développer des matériaux composites plus légers et à optimiser la conception des réservoirs. De même, les pompes à hydrogène liquide actuelles sont relativement lourdes (environ 30 kilogrammes contre 500 grammes pour une pompe à carburant fossile), et des prototypes plus légers sont en cours de développement.
Le ravitaillement en hydrogène liquide représente un autre défi majeur. Les stations de ravitaillement actuelles pour poids lourds mettent environ dix minutes pour remplir un réservoir, mais pour la course automobile, l’objectif est de réduire ce temps à 40 secondes, soit un débit d’un kilogramme par seconde. La FIA travaille en collaboration avec TotalEnergies pour développer des solutions de ravitaillement rapides et efficaces.
Pour Nicolas Aubourg, l’engagement de la FIA dans l’hydrogène liquide est une opportunité unique de faire du sport automobile un véritable laboratoire d’innovation. « Cela fait longtemps que je n’avais pas vu le sport automobile pouvoir être un tel laboratoire », affirme-t-il. « Et honnêtement, ce genre de travail est de plus en plus important. Les gens, en particulier les jeunes, sont extrêmement préoccupés par les questions de durabilité dans le sport automobile et au-delà. Nous devons anticiper cela. Si nous voulons courir demain, nous devons le faire. C’est notre devoir, mais c’est un devoir. »
