Un jeune homme de 23 ans a perdu l’usage de sa main gauche suite à un accident du travail survenu en juin dernier dans une entreprise de la région milanaise. L’incident met en lumière les pressions exercées sur les employés et le non-respect des normes de sécurité, un problème récurrent selon les experts.
Giorgio (nom fictif) travaillait en contrat à durée déterminée (CDD) comme aide-ouvrier lorsqu’il a été contraint d’effectuer une tâche pour laquelle il n’avait pas les compétences nécessaires. Selon des témoignages, son supérieur lui aurait lancé : « Faites ce foutu travail, sinon je ne le renouvellerai pas ». Il s’est alors exercé à manipuler une scie circulaire et à découper un panneau, jusqu’à ce que l’outil lui glisse et lui sectionne la main gauche.
Après une hospitalisation d’urgence à l’hôpital de Sesto San Giovanni, la main de Giorgio a été recousue. Il devra désormais suivre une longue et difficile rééducation, mais restera confronté à des séquelles permanentes.
L’avocat Luigi Vitali, spécialisé dans les accidents du travail et qui assiste Giorgio, souligne que ce cas n’est pas isolé. « Les accidents sont de plus en plus fréquents en raison de la pression exercée par les employeurs pour que les salariés effectuent des tâches qui ne relèvent pas de leurs compétences, sans respecter les lois et les contrats », explique-t-il. « Ils exploitent la peur de perdre leur emploi et la pression psychologique. Les victimes se demandent souvent : “Pourquoi ai-je accepté ce travail pour 800 euros ?” »
Une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités, menée par l’ATS (Agence de Santé et de Services Sociaux) de l’entreprise métallurgique, et pour établir les modalités d’indemnisation.
L’avocat Vitali s’interroge sur le fonctionnement des dispositifs de sécurité : « Nous demandons à savoir pourquoi la scie circulaire ne s’est pas bloquée, et si le système de sécurité était peut-être désactivé ou défectueux. » Il rappelle que des altérations des dispositifs de sécurité ont déjà entraîné des accidents, parfois mortels.
L’affaire rappelle tragiquement le décès de Luana D’Orazio, une jeune ouvrière textile de 22 ans, mère d’un enfant de dix ans, tuée le 3 mai 2021 après être restée coincée dans une ourdisseuse dans une entreprise textile de la province de Prato. Récemment, le tribunal de Prato a acquitté Mario Cusimano, le technicien de maintenance accusé, « pour ne pas avoir commis l’infraction ». Les deux propriétaires de l’entreprise, Daniele Faggi et Luana Coppini, avaient été condamnés à des peines de 1 an et 6 mois, et 2 ans respectivement, pour homicide involontaire et suppression malveillante des mesures de prévention des accidents.
L’avocat Vitali déplore le manque de changements concrets : « La réalité dans les entreprises et sur les chantiers de construction ne change pas, et les travailleurs continuent de mourir ou de subir des blessures très graves. » Il dénonce également les tentatives de dissimulation des accidents par certaines entreprises pour éviter les inspections, les sanctions et les problèmes juridiques.
Un exemple récent est celui d’un maçon égyptien tombé d’un échafaudage sur un chantier de construction à Milan. Avant de l’emmener à l’hôpital, ses collègues l’ont forcé à changer de veste et à enfiler les chaussures d’un autre ouvrier. « S’ils posent des questions, dites que vous êtes tombé quelque part, pas sur le chantier », lui ont-ils ordonné, sur un ton menaçant. Le maçon a finalement trouvé le courage de dénoncer son employeur.



