Publié le 26 mai 2024 14:15:00. Malgré des tensions persistantes en mer de Chine méridionale, Washington et Pékin ont annoncé leur intention de rétablir les canaux de communication militaire, signalant une volonté de désescalade tout en maintenant une posture ferme.
- Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé l’établissement de canaux de communication directs avec l’armée chinoise.
- M. Hegseth a également souligné l’importance pour les pays d’Asie du Sud-Est de renforcer leurs capacités maritimes face aux actions chinoises jugées déstabilisatrices.
- Cette annonce intervient après une rencontre entre M. Hegseth et son homologue chinois, l’amiral Dong Jun, et une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping.
Les États-Unis et la Chine s’efforcent de trouver un équilibre délicat entre dissuasion et diplomatie dans un contexte de tensions croissantes en Asie. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a révélé samedi avoir eu une conversation avec l’amiral Dong Jun, son homologue chinois, en marge d’une réunion régionale sur la sécurité. Les deux hommes se sont accordés sur le fait que « la paix, la stabilité et de bonnes relations sont le meilleur chemin pour nos deux grands et puissants pays », selon les propos de M. Hegseth publiés sur le réseau social X.
Cette annonce intervient quelques heures après que M. Hegseth a exhorté les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) à rester fermes et à renforcer leurs forces navales pour contrer les actions de plus en plus « déstabilisatrices » de la Chine en mer de Chine méridionale. Il a mis en garde contre les vastes revendications territoriales et maritimes de Pékin, les jugeant incompatibles avec son engagement à résoudre les différends de manière pacifique.
« Nous recherchons la paix. Nous ne recherchons pas le conflit. Mais nous devons garantir que la Chine ne cherche pas à vous dominer ou à dominer qui que ce soit. »
Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense
La mer de Chine méridionale est un point chaud majeur en Asie, où Pékin revendique la quasi-totalité de la région, une prétention contestée par plusieurs pays de l’ASEAN, dont les Philippines, le Vietnam, la Malaisie et le Brunei. Les Philippines, un allié clé des États-Unis, ont été confrontées à de nombreux incidents avec la flotte maritime chinoise.
Manille a régulièrement appelé à une réponse régionale plus forte, mais l’ASEAN a traditionnellement privilégié une approche prudente, compte tenu de ses liens économiques importants avec Pékin, son principal partenaire commercial.
M. Hegseth a également indiqué sur X avoir eu une conversation avec l’ancien président Donald Trump, les deux hommes s’accordant à dire que « la relation entre les États-Unis et la Chine n’a jamais été aussi bonne ». Il a estimé que la rencontre entre M. Trump et le président chinois Xi Jinping en Corée du Sud plus tôt cette semaine avait « donné le ton d’une paix et d’un succès éternels pour les États-Unis et la Chine ». M. Hegseth a quitté dimanche la Malaisie pour le Vietnam.
Cette communication contrastée – un avertissement ferme lors de la réunion de l’ASEAN suivi d’un langage plus conciliant sur les réseaux sociaux – illustre les efforts de Washington pour combiner dissuasion et diplomatie. L’analyste politique spécialisée dans l’Asie du Sud-Est, Bridget Welsh, a souligné qu’il s’agissait de « limiter les dégâts » et que cela reflétait « deux courants différents dans les relations américaines avec la Chine : l’un qui voit la Chine comme une menace et l’autre comme un partenaire possible ».
Lors de la réunion de samedi, M. Hegseth a critiqué la récente déclaration de Pékin concernant le récif de Scarborough – saisi aux Philippines en 2012 – comme étant une « réserve naturelle », la qualifiant de « nouvelle tentative d’imposer de nouvelles revendications territoriales et maritimes à vos dépens ». Il a exhorté l’ASEAN à accélérer la conclusion d’un code de conduite, en cours de négociation avec la Chine, pour régir le comportement en mer. Il a également proposé de développer des systèmes partagés de surveillance maritime et de réponse rapide pour dissuader toute provocation, créant un réseau de « connaissance partagée du domaine maritime » afin de garantir qu’aucun membre ne soit confronté seul à « l’agression et à la provocation ».
M. Hegseth a également salué le projet d’exercice maritime ASEAN-États-Unis prévu en décembre, visant à renforcer la coordination régionale et à défendre la liberté de navigation.
La Chine rejette les critiques américaines concernant sa conduite maritime, accusant Washington d’ingérence dans les affaires régionales et de provocation par sa présence militaire. Les responsables chinois affirment que leurs patrouilles et leurs activités de construction sont légales et visent à maintenir la sécurité dans ce qu’ils considèrent comme leur territoire.
Samedi, les autorités chinoises ont critiqué les Philippines, les qualifiant de « fauteurs de troubles » après que Manille a organisé des exercices navals et aériens avec les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande en mer de Chine méridionale. Cet exercice de deux jours, achevé vendredi, est le douzième que les Philippines affirment avoir mené avec des pays partenaires depuis l’année dernière pour protéger leurs droits dans les eaux contestées.
« Cela prouve une fois de plus que les Philippines sont un fauteur de troubles dans la question de la mer de Chine méridionale et un saboteur de la stabilité régionale. »
Tian Junli, porte-parole du commandement du théâtre sud de l’Armée populaire de libération de la Chine
Huizhong Wu à Bangkok et Jim Gomez à Manille ont contribué à ce reportage.
