Publié le 2023-12-29. Une nouvelle définition des collines d’Aravalli, validée par la Cour suprême indienne, suscite l’inquiétude quant à la protection de cet écosystème fragile face aux activités minières et au développement, réduisant potentiellement de 90 % les zones protégées.
- La Cour suprême a approuvé une nouvelle définition des Aravallis, basée sur une altitude de 100 mètres au-dessus du terrain environnant.
- Une évaluation interne du Forest Survey of India estime que cette définition exclut près de 90 % des protections existantes contre l’exploitation minière.
- Le gouvernement central a demandé aux États concernés de se conformer à cette nouvelle réglementation et de suspendre l’octroi de nouveaux permis miniers en attendant un plan de gestion durable.
Les collines d’Aravalli, l’une des plus anciennes chaînes de montagnes du monde avec plus d’un milliard d’années, s’étendent sur environ 700 km à travers quatre États indiens : le Gujarat, le Rajasthan, l’Haryana et Delhi. Ces reliefs, formés par la collision de plaques tectoniques à l’époque précambrienne, sont aujourd’hui fortement érodés, résultat de facteurs naturels et de l’activité humaine. Malgré cette dégradation, elles continuent de jouer un rôle écologique crucial pour le nord et le nord-ouest de l’Inde.
Considérées comme un bouclier écologique, les Aravallis protègent les plaines du nord contre l’avancée du désert du Thar et contribuent à la qualité de l’air. Toute augmentation de l’intrusion de sable serait particulièrement préjudiciable à la région de Delhi-NCR, déjà confrontée à de graves problèmes de pollution. De plus, ces collines favorisent les précipitations, essentielles à l’agriculture et à l’approvisionnement en eau potable des populations locales.
Des études ont déjà identifié douze brèches majeures dans la chaîne des Aravallis, dues à la déforestation, à l’exploitation des carrières et à l’érosion. Ces brèches s’étendent de la région de Magra dans le district d’Ajmer à celle de Khetri-Madhogarh dans le district de Jhunjhunu, en passant par les collines du nord du district de Mahendragarh dans l’Haryana.
Les formations rocheuses des Aravallis jouent un rôle essentiel dans la recharge des nappes phréatiques et l’alimentation des rivières saisonnières du Rajasthan et du Gujarat. Le plan d’action de restauration du paysage Aravalli du gouvernement central souligne l’importance de ces collines comme bassins versants, séparant les eaux se dirigeant vers le golfe du Bengale (via des rivières comme le Chambal et les affluents de la Yamuna) de celles se jetant dans la mer d’Oman (via le Mahi, le Sabarmati, le Luni et d’autres fleuves). La région abrite également des lacs et des zones humides importants, tels que Sambhar, Sultanpur, Pushkar, Fateh Sagar et Jaisamand.
« Les roches d’Aravallis sont très fracturées, altérées et poreuses, permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer profondément dans le sol au lieu de s’écouler à la surface. Cette réserve vaste mais invisible est cruciale pour la sécurité hydrique des villes à croissance rapide telles que Faridabad, Gurugram et Sohna. »
Vijay Dhasmana, écologiste et conservateur du parc de biodiversité d’Aravali, Gurgaon
Sur le plan de la biodiversité, les Aravallis offrent un habitat unique pour une faune et une flore variées, avec 22 réserves fauniques, dont 16 au Rajasthan, parmi lesquelles trois – Ranthambore, Sariska et Mukundra – sont des réserves de tigres. On y trouve notamment des tigres, des léopards, des ours paresseux, des sambars, des chitals, des renards du désert, des antilopes cervicapres, des hyènes, des loups, des chacals, des gavials et des crocodiles. Ces espèces contribuent à la préservation des forêts de broussailles semi-arides et des forêts de savane sèche.
Les Aravallis sont également riches en ressources minérales, notamment du plomb, du zinc, du cuivre, de l’or, du tungstène, de l’étain, du graphite, du molybdène, du niobium, du nickel, du lithium et des terres rares, considérés comme stratégiques pour la transition énergétique et la sécurité nationale. Bien que la Cour suprême ait imposé un moratoire sur les nouveaux permis miniers en attendant une étude approfondie, elle a accepté une exception pour les minéraux critiques.
Le gouvernement central affirme que la nouvelle définition vise uniquement à clarifier les objectifs miniers, mais l’impact sur le secteur immobilier reste à évaluer. Face à ces enjeux, une protection renforcée de la chaîne des Aravallis, déjà soumise à de fortes pressions, s’avère indispensable.
