Publié le 23 octobre 2025 à 19h14. Des manœuvres aériennes sino-égyptiennes, menées en secret au cœur de la zone d’influence américaine en mer Rouge, interrogent sur les ambitions militaires croissantes de Pékin et sa capacité à projeter sa puissance au-delà de ses frontières traditionnelles.
- Des exercices aériens conjoints entre la Chine et l’Égypte ont été discrètement organisés dans le cadre des manœuvres « Eagles of Civilization 2025 ».
- Plus de douze appareils chinois, dont des chasseurs de pointe et des avions de transport stratégique, ont participé à ces opérations.
- L’absence de détection par les systèmes de surveillance américains et israéliens soulève des questions sur l’efficacité des défenses occidentales dans la région.
Des manœuvres aériennes sino-égyptiennes, révélées par la plateforme israélienne « Natsiv Net », ont été menées en toute discrétion. Ces exercices, intégrés aux manœuvres « Eagles of Civilization 2025 », marquent, selon des cercles militaires, une étape significative dans la capacité de la Chine à déployer ses forces aériennes au-delà de ses zones d’opération habituelles.
L’événement est perçu non seulement comme une démonstration de force, mais aussi comme un signal politique soigneusement calibré, d’autant plus qu’il s’est déroulé au cœur de la biosphère américaine, s’étendant à travers la mer Rouge, l’une des voies maritimes les plus surveillées au monde par les radars et les bases occidentales.
Selon le chercheur en sciences politiques, le Dr Hamid Fares, interrogé par Sky News Arabia, il ne s’agit pas simplement d’un exercice commun, mais d’un « tournant qualitatif dans la politique chinoise des Affaires étrangères ». Il explique que Pékin ne se contente plus d’exercer son influence par le biais du « soft power » en Afrique et au Moyen-Orient, mais combine désormais économie, puissance militaire et diplomatie dans ses actions.
Plus de douze avions chinois ont participé à ces manœuvres, dont six chasseurs de pointe, cinq avions de transport stratégique et un hélicoptère. Le Dr Fares souligne que le passage de ces appareils à travers la mer Rouge – une zone où sont déployées des bases américaines et le porte-avions Romain – sans être détectés par les radars américains constitue « un message stratégique clair : les actions de la Chine ne sont plus uniquement économiques, mais aussi politiques et visent les zones d’influence américaine ».
L’analyse militaire de ces manœuvres suggère que Pékin a cherché à tester l’efficacité des systèmes de surveillance américains couvrant l’espace aérien de la mer Rouge. Le fait que ses avions aient parcouru plus de 7 000 kilomètres sans être détectés par les radars américains ou israéliens soulève de sérieuses questions quant à l’efficacité des systèmes de surveillance occidentaux.
Le Dr Fares estime que la Chine s’approche, voire dépasse, la technologie militaire américaine dans certains domaines, notamment en matière d’industrie de défense et de vitesse de production. Selon ses estimations, la Chine est capable de fabriquer jusqu’à 200 fois plus de navires que les États-Unis sur la même période, ce qui lui confère un avantage dans ce qu’il appelle « l’économie de guerre totale ».
Cependant, malgré ces progrès, le Dr Fares reconnaît que Washington conserve un avantage dans certains domaines, notamment en matière d’expérience de combat et de technologie aérienne avancée, acquise grâce à ses multiples engagements militaires dans des environnements variés. Néanmoins, la supériorité chinoise en matière de matières premières et de métaux rares lui assure une base de production solide, capable d’accumuler des capacités militaires à un rythme soutenu.
Selon le Dr Fares, la Chine est aujourd’hui en mesure de « rivaliser » avec les États-Unis dans le domaine de la technologie militaire, et le survol de l’Égypte sans détection témoigne d’une avancée significative dans les technologies de furtivité et de communication.
L’événement a également suscité une autre hypothèse : Washington aurait-il autorisé ce mouvement dans le cadre d’un accord tacite ? Le Dr Fares exclut catégoriquement cette possibilité, affirmant que « les États-Unis ne peuvent pas risquer leur réputation militaire en permettant à des avions chinois de traverser leur zone de surveillance radar ». Il ajoute que les photos des avions chinois prises à la base égyptienne de Wadi al-Rish, au nord-ouest du golfe de Suez, confirment que l’opération est réelle et ne relève pas d’un accord préalable.
« Si un accord avait existé, pourquoi Washington montrerait-il au monde que la Chine la surpasse technologiquement ? » s’interroge le Dr Fares, concluant que « ce qui s’est passé est une véritable supériorité chinoise, et non une manœuvre politique ».
Quant au choix de l’Égypte comme théâtre de ces manœuvres, le Dr Fares estime que cette décision n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt « un choix judicieux de la part de Pékin ». Le Caire bénéficie d’une position géographique stratégique sur les routes maritimes mondiales, ainsi que d’une infrastructure militaire développée et d’un réseau équilibré de relations stratégiques avec l’Est et l’Ouest. La Chine, selon le Dr Fares, a souhaité affirmer sa présence dans une zone traditionnellement considérée comme relevant de la sphère d’influence américaine, mais en le faisant à travers un pays qui jouit de souveraineté et d’indépendance dans ses décisions de défense.
Le Dr Fares souligne que l’Égypte est un « allié stratégique de toutes les grandes puissances » et que sa coopération militaire avec la Chine ne vise pas les États-Unis ou tout autre pays. Le Caire a déjà collaboré avec la France pour l’acquisition d’avions Rafale, ainsi qu’avec l’Allemagne, l’Italie et l’Australie dans le cadre de programmes navals et de sous-marins, dans le cadre d’une politique de diversification des partenaires visant à protéger sa sécurité nationale.
