Une frappe américaine, menée à la demande du gouvernement nigérian, a visé des positions de combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria, le jour de Noël. L’opération, qui a fait l’objet d’une communication conjointe entre Washington et Abuja, intervient dans un contexte de tensions croissantes et de lutte d’influence régionale.
Selon la Maison Blanche, plusieurs combattants de l’EI ont été tués lors de cette opération impliquant des missiles de croisière Tomahawk tirés depuis au moins un navire de la marine américaine dans le golfe de Guinée. Le Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a confirmé avoir mené des « frappes aériennes » contre des « terroristes de l’EI » dans des zones rurales de Sokoto.
Un responsable militaire américain, cité par le New York Times, a précisé que « plus d’une douzaine » de missiles Tomahawk ont été utilisés pour frapper deux bases de l’EI. Le Pentagone a diffusé une vidéo montrant le lancement d’au moins un missile depuis un navire de guerre.
L’administration Trump a présenté cette action comme une réponse à la menace que représente l’EI pour les chrétiens au Nigeria, une affirmation que le président américain a publiquement soulignée ces dernières semaines. « Ils ont attaqué et brutalement assassiné des chrétiens innocents à une échelle sans précédent », a-t-il déclaré sur son réseau social Truth Social.
Cependant, des organisations indépendantes comme l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) nuancent ce récit, soulignant que les attaques de groupes armés dans le nord du Nigeria visent à la fois des églises et des mosquées, et que les motivations sont davantage liées à des crises socio-économiques profondes qu’à des conflits religieux.
L’opération au Nigeria s’inscrit dans une stratégie américaine plus large visant à affirmer sa domination sur le continent africain, riche en ressources naturelles, notamment en minéraux critiques comme les terres rares. Le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique avec des réserves prouvées d’environ 37 milliards de barils, revêt une importance géopolitique particulière pour Washington, malgré une diminution des importations américaines de pétrole brut nigérian.
Par ailleurs, cette intervention militaire intervient après une action rapide du Nigeria début décembre pour contrecarrer une tentative de coup d’État au Bénin, agissant comme mandataire des intérêts américains et français. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ayant rompu leurs liens avec la France et les États-Unis et se rapprochant de la Russie, Washington et Paris s’appuient de plus en plus sur le Nigeria pour défendre leurs intérêts dans la région.
À l’intérieur du Nigeria, cette opération coïncide avec une période de tensions sociales croissantes, marquée par des grèves et des manifestations de masse contre les politiques d’austérité du gouvernement Tinubu, qui ont entraîné une hausse des prix des carburants et des denrées alimentaires. Une grève nationale des travailleurs du pétrole a menacé l’approvisionnement en carburant en septembre, tandis qu’une grève illimitée des agents de santé a paralysé les hôpitaux publics en novembre.
Les frappes américaines au Nigeria constituent, selon des observateurs, un avertissement quant à la volonté de l’administration américaine d’étendre ses opérations militaires à l’échelle mondiale, en utilisant un discours mêlant démagogie religieuse, allégations sur les « droits de l’homme » et lutte contre le « terrorisme » pour justifier la poursuite d’intérêts stratégiques et économiques.
