Publié le 14 décembre 2025 à 03h04. La Maison Blanche est le théâtre de transformations spectaculaires : un somptueux salon de bal financé par des donateurs privés coexiste avec la mise en place d’un dispositif controversé visant à dénoncer les médias jugés peu fiables par l’administration américaine.
- La Maison Blanche se dote d’un salon de bal de plus de 8 361 mètres carrés (1 000 invités) pour un coût dépassant les 300 millions de dollars américains (environ 275 millions d’euros).
- Parallèlement, l’administration américaine a lancé une plateforme numérique, surnommée « salle de la honte », pour pointer du doigt les médias diffusant, selon elle, de fausses informations.
- La construction du nouveau salon de bal a nécessité la démolition complète de l’aile Est de la Maison Blanche, après un désaccord avec l’agence d’architecture initiale.
Washington est en pleine mutation. La construction d’un salon de bal fastueux, financé intégralement par des dons privés, avance à grands pas. Ce projet, voulu par l’ancien président Donald Trump, suscite autant d’admiration que de critiques, notamment en raison de son coût exorbitant et de son opacité. L’administration actuelle poursuit cette initiative, qui vise, selon ses défenseurs, à moderniser les espaces de réception de la Maison Blanche.
La démolition complète de l’aile Est a été nécessaire pour mener à bien ce chantier d’envergure. Ce changement de cap s’est produit après un désaccord entre la Maison Blanche et le cabinet d’architectes McCrery, concernant l’ampleur du projet et notamment sa taille. Un nouvel architecte a été nommé pour superviser les travaux.
Le projet de salon de bal, d’une capacité estimée à 1 000 invités, a déjà fait l’objet de plusieurs réévaluations budgétaires. Initialement annoncé à 200 millions de dollars, puis à 250 millions de dollars, le coût final a été admis par Donald Trump à 300 millions de dollars américains.
Parmi les donateurs privés figurent de grandes entreprises technologiques telles qu’Amazon, Apple et Meta, ainsi que de puissantes familles d’entrepreneurs, comme les Fanjul, magnats du sucre d’origine cubano-américaine. Le nom de Donald Trump lui-même figure également parmi les contributeurs.
En parallèle de ces travaux, la Maison Blanche a mis en ligne une plateforme numérique baptisée « salle de la honte ». Cette initiative controversée vise à dénoncer les médias qui, selon l’administration, diffusent des informations « fausses ou trompeuses ». Les organisations de défense de la liberté de la presse s’inquiètent de cette stratégie, qu’elles jugent susceptible d’intimider les journalistes et de limiter la liberté d’expression. Le gouvernement, lui, justifie cette démarche par la nécessité de lutter contre la désinformation.
Selon l’analyste international Francisco Belaunde Matossian,
« Le projet de salon de bal est une extension directe du culte de la personnalité de Donald Trump. »
Francisco Belaunde Matossian, analyste international
Il souligne que ce nouvel espace ne répond pas à un besoin fonctionnel, mais à une volonté de laisser une trace et d’affirmer sa puissance à travers l’architecture. Il établit un parallèle avec d’autres dirigeants autoritaires qui ont utilisé l’architecture monumentale comme instrument de pouvoir.
L’ambassadeur Juan Álvarez Vita partage cet avis, estimant que cette construction est
« une expression supplémentaire du culte de la personnalité qui entoure Trump. »
Juan Álvarez Vita, ambassadeur
Il souligne que le projet reflète une déconnexion croissante entre le président et une partie de la société américaine.
Concernant la « salle de la honte », l’administration américaine a déclaré dans un communiqué que
« le portail, qui peut être classé et mis à jour périodiquement, garantit qu’aucun canular, aucune “source anonyme” fictive et aucune calomnie partisane ne retomberont dans l’oubli. »
Maison Blanche
Le journal « The Washington Post » a été l’une des premières cibles, désigné comme « criminel de la semaine » pour avoir publié un article basé sur des sources anonymes. D’autres médias, tels que « The New York Times », CNN, CBS News et « The Independent », ont également été inclus dans cette liste.
Belaunde Matossian met en garde contre les risques que représente ce climat pour la liberté de la presse. Il souligne que Trump a l’habitude de poursuivre les médias en justice et que cette stratégie pourrait conduire à une autocensure de la part des journalistes. Il dénonce également la volonté de la Maison Blanche de réduire l’espace alloué aux journalistes traditionnels au profit d’influenceurs et de créateurs de contenus favorables au gouvernement.
Selon lui, les États-Unis risquent de voir leur réputation en matière de liberté d’expression ternie.
« Je ne serais pas surpris si le prochain rapport de The Economist ne classe plus les États-Unis comme une démocratie à part entière, mais comme un régime hybride. C’est vers cela que nous allons. »
Francisco Belaunde Matossian, analyste international

Le président américain Donald Trump arrive à la 48e cérémonie des Kennedy Center Honors, le 7 décembre 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI / AFP).
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