Publié le 31 octobre 2025 à 13h25. Une opération policière d’une ampleur sans précédent dans les favelas de Rio de Janeiro, visant à arrêter le chef de la drogue Edgar Alves de Andrade, alias « Doca », a fait au moins 132 morts, mais le suspect est parvenu à s’échapper, laissant craindre des représailles.
- Une vaste opération policière a été menée dans les complexes de Penha et Alemão, mobilisant 2 500 agents.
- Le bilan officiel fait état d’au moins 132 décès, ainsi que de la saisie d’armes et de grenades.
- Edgar Alves de Andrade, recherché pour de multiples crimes dont des meurtres d’enfants, est toujours en fuite.
L’échec de l’opération « Contenção », lancée tôt mardi matin, a plongé les quartiers défavorisés de Rio dans une atmosphère de deuil et d’incertitude. Des scènes de chaos ont été rapportées, avec des corps jonchant les rues et des habitants cherchant désespérément leurs proches dans les zones boisées avoisinantes. L’objectif initial était de capturer Doca, figure emblématique du Comando Vermelho (CV), une puissante faction criminelle.
Edgar Alves de Andrade, né en 1970 dans l’État de Paraíba, a grandi dans la favela de Vila Cruzeiro, au sein du complexe de Penha. C’est là qu’il a appris les règles impitoyables de la vie dans les favelas : marginalisation, violence et contrôle territorial. Au fil des années, il est devenu un acteur majeur du CV, exerçant une influence considérable sur des communautés clés telles que La Penha, Complexo do Alemão, Gardênia Azul, César Maia et Juramento.
Son casier judiciaire est long de 176 enregistrements au 2023, incluant des accusations de trafic de drogue, d’association de malfaiteurs, de vol, d’homicides, de torture et de possession illégale d’armes. Mais ce qui le distingue, et suscite une terreur particulière, ce sont les meurtres d’innocents qu’il aurait ordonnés, notamment celui de trois enfants.
Selon le journal argentin Clarín, en décembre 2020, Lucas Matheus da Silva, Alexandre da Silva et Fernando Henrique Ribeiro, âgés de 8, 10 et 12 ans, auraient été torturés et assassinés sur ordre de Doca après avoir volé un oiseau à un trafiquant local. La police affirme que les tueurs à gages ont agi sous les instructions directes du chef de la drogue.
Doca est également soupçonné d’être à l’origine de l’attaque meurtrière survenue en octobre 2023 dans le quartier de Barra da Tijuca, qui a coûté la vie à trois médecins participant à une conférence, pris par erreur pour des membres de milices locales. Des informations suggèrent que les tueurs impliqués dans cet assassinat ont payé de leur vie leur « désobéissance » aux ordres d’Edgar Alves de Andrade.
En février 2025, il a également été lié à une violente tentative d’évasion dans un commissariat de Duque de Caxias, impliquant l’utilisation de grenades et de fusils d’assaut.
L’opération « Contenção », qui a mobilisé 2 500 agents équipés d’armes antichars, de drones et de grenades, visait à arrêter Doca et à démanteler son réseau. Le secrétaire d’État à la Sécurité publique a révélé que le trafiquant avait utilisé des « soldats » comme bouclier humain pour faciliter sa fuite. Une récompense de 100 000 reais (environ 17 millions de pesos chiliens) a été offerte pour sa capture.
L’évasion de Doca alimente les craintes de représailles. Les experts mettent en garde contre une possible recrudescence de la violence, comparable à celle déclenchée par le Primeiro Comando da Capital (PCC) en 2006, qui avait entraîné la mort de plus de 500 personnes à São Paulo.
Dans les favelas de Penha et Alemão, les habitants vivent dans la peur, scrutant l’horizon et se demandant quand le calme reviendra, si tant est qu’il revienne un jour. Pour beaucoup, Doca n’est pas seulement un chef de faction, mais un homme qui contrôle leur quotidien, qui décide de la vie et de la mort. Son silence, lorsqu’il donne un ordre, est une arme aussi redoutable que les balles.
Les autorités ont annoncé que l’inspection des zones concernées, le transfert des prisonniers et la lutte contre les routes d’approvisionnement en armes et en drogue seraient leurs priorités. Mais avec Doca toujours en liberté, le spectre de la vengeance plane sur Rio de Janeiro.
