Publié le 23 octobre 2024 à 05:01:00. Le départ de Jason Holland, entraîneur assistant des All Blacks, met en lumière une gestion jugée précipitée par de nombreux observateurs, soulevant des questions sur l’influence de l’opinion publique et le processus de nomination de Scott Robertson à la tête de l’équipe nationale.
- Le départ de Jason Holland s’ajoute à celui d’un autre entraîneur, fragilisant l’encadrement des All Blacks.
- Des doutes persistent sur la manière dont la direction de New Zealand Rugby (NZR) a géré la transition vers l’ère Scott Robertson.
- Des révélations sur les coulisses des négociations et des pressions exercées sur Ian Foster, l’ancien entraîneur, viennent alimenter les critiques.
Le départ de Jason Holland, annoncé récemment, ne passe pas inaperçu dans le monde du rugby néo-zélandais. Plus qu’un simple changement d’entraîneur, cet événement est perçu comme un symptôme d’une gestion déficiente et d’une précipitation dans la nomination de Scott Robertson, actuel sélectionneur des All Blacks. L’absence de mention d’une éventuelle prolongation de contrat pour Holland est particulièrement frappante, laissant un goût amer quant aux méthodes employées.
Selon de nombreux analystes, la situation actuelle est le résultat d’une décision prise en mars 2023 de confier les rênes de l’équipe à Scott Robertson, sans un véritable contrôle ou une critique constructive de ses choix concernant son équipe d’entraîneurs et la structure de l’encadrement. Les résultats mitigés obtenus jusqu’à présent, conjugués à ces départs successifs, laissent présager une analyse peu favorable de la part de l’histoire sur la gestion actuelle de NZR.
Les événements remontent à 2019, lorsque Scott Robertson avait déjà postulé au poste d’entraîneur en chef, mais s’était vu préférer Ian Foster, qui disposait d’une expérience internationale plus importante et d’un encadrement plus étoffé. En 2022, NZR avait discrètement sondé Robertson sur une éventuelle succession à Foster, lui demandant de présenter une équipe d’entraîneurs potentielle. Il aurait alors suggéré la même composition qu’en 2019, jugée par le conseil d’administration de NZR comme manquant d’expérience. On lui avait alors demandé de rencontrer l’ancien entraîneur irlandais Joe Schmidt pour envisager son intégration.
Cependant, Schmidt avait estimé qu’il n’y avait pas de synergie possible, et les joueurs seniors des All Blacks avaient exprimé leur soutien à Foster. Robertson avait donc de nouveau été écarté. C’est à ce moment-là, selon plusieurs sources, que NZR aurait mis en place un plan pour garantir la nomination de Robertson à terme. Plusieurs facteurs expliquent cette décision, notamment une relation difficile entre Foster et Mark Robinson, le directeur général de NZR, après août 2022. Foster avait révélé dans son autobiographie, Diriger sous pression, qu’il ne faisait pas confiance à ce dernier concernant les négociations secrètes avec Robertson.
De plus, Robertson, après avoir mené les Crusaders à six titres consécutifs en Super Rugby, avait clairement exprimé son ambition d’entraîner au niveau international et sa volonté de partir à l’étranger si nécessaire. NZR, sensible aux réactions négatives du public, craignait de voir l’entraîneur le plus titré de l’histoire du Super Rugby prendre la tête d’une nation rivale comme l’Angleterre ou l’Australie. Les parties prenantes du jeu s’accordent à dire que NZR était trop influencée par l’opinion publique et médiatique, ce qui a conduit à une refonte totale du conseil d’administration fin 2024.
Enfin, l’arrivée du fonds d’investissement américain Silver Lake comme partenaire financier a renforcé l’idée d’un besoin de renforcer l’image commerciale des All Blacks. Robertson était perçu comme une figure plus charismatique et plus engageante, capable d’attirer un nouveau public et de promouvoir la stratégie commerciale de NZR, notamment son centre de contenu NZR+.
Selon les révélations de Foster, Robinson et Chris Lendrum, le directeur général du rugby professionnel de NZR, lui avaient laissé entendre fin 2022 que son poste serait contestable début 2023, malgré les neuf mois de contrat restants. Cette information lui avait été confirmée en février, sous prétexte de donner aux clubs de Super Rugby Pacific une visibilité sur leur planification future et d’aligner la Nouvelle-Zélande sur les pratiques d’autres pays comme l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Australie.
Foster a également appris que Robertson recevait des informations sur le processus de nomination directement du conseil d’administration, avant même qu’elles ne lui soient communiquées. Il en a conclu que NZR avait donné à Robertson l’assurance, dès août 2022, qu’il ne serait probablement pas écarté une troisième fois.
En mars 2023, Scott Robertson a finalement été annoncé comme futur entraîneur des All Blacks, et le conseil d’administration, qui avait exprimé des réserves quant à son équipe d’entraîneurs en 2019 et 2022, a validé la même composition. L’annonce de la nomination de Sir Wayne Smith au poste d’entraîneur de performance, un rôle aux contours flous, n’a pas dissipé les interrogations.
Le départ de Jason Holland soulève donc des questions légitimes sur la transparence et la rigueur du processus de nomination de Scott Robertson, et sur la réelle prise en compte des compétences et de l’expérience de l’équipe d’entraîneurs.
Gregor Paul est l’un des plus respectés chroniqueurs sportifs de Nouvelle-Zélande, reconnu pour ses analyses perspicaces et ses nombreux prix journalistiques.

