Publié le 8 novembre 2025 à 07h00. À l’approche de la COP30 à Belém, une nouvelle étude révèle une amplification inquiétante de la désinformation climatique en ligne, alimentée par des acteurs économiques et politiques cherchant à semer le doute sur l’urgence climatique.
- Malgré un large consensus mondial en faveur des politiques climatiques, la désinformation continue de prospérer, notamment sur les réseaux sociaux.
- Le rapport de l’observatoire Climate Action Against Disinformation (CAAD) identifie les entreprises des énergies fossiles (« Big Carbon ») comme principaux diffuseurs de fausses informations.
- La COP30 mettra en place une initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique afin de lutter contre ce phénomène.
Alors que 87 % de la population mondiale se dit favorable à des politiques de lutte contre le changement climatique, selon une enquête de 2024, la désinformation climatique persiste et gagne du terrain, en particulier en ligne. Une nouvelle étude de l’observatoire Climate Action Against Disinformation (CAAD) analyse en profondeur cette désinformation dans la période précédant la COP30 et met en lumière les principaux acteurs qui la propagent.
Les chercheurs ont constaté une augmentation massive de contenus trompeurs liés à la conférence des Nations Unies sur le climat. Entre juillet et septembre, la CAAD et l’Observatoire pour l’intégrité de l’information (OII) ont relevé une hausse de 267 % de la désinformation liée à la COP, totalisant environ 14 000 exemples en ligne. Un exemple frappant est une publication créée à l’aide de l’intelligence artificielle générative, montrant un journaliste fictif dans une ville inondée censée être Belém, lieu de la COP30. Le titre, « LA VÉRITÉ SUR LA COP30 À BELÉM EN 2025 », visait à attirer l’attention, mais l’ensemble de la scène était entièrement inventé.
L’analyse de l’OII révèle également que la COP30 est un sujet récurrent dans les groupes Telegram brésiliens dédiés aux théories du complot, avec plus de 285 mentions attaquant la conférence elle-même, la ville de Belém et les solutions climatiques en général. Sur la scène internationale, le président américain Donald Trump a contribué à la désinformation en qualifiant le changement climatique de « plus grande arnaque » en septembre dernier.
La distinction entre désinformation et mésinformation est cruciale. La désinformation consiste à diffuser des informations fausses ou décontextualisées en les présentant comme des faits. La mésinformation, quant à elle, est délibérément fausse et vise à induire le public en erreur.
Le nouveau rapport de la CAAD met en évidence les principaux acteurs qui alimentent cet « écosystème de désinformation » et sapent l’action climatique en semant le doute. Les entreprises des énergies fossiles, surnommées « Big Carbon », sont pointées du doigt comme étant parmi les plus importantes responsables. Selon le rapport, leur stratégie vise à amener le grand public à minimiser le consensus scientifique sur le changement climatique et à sous-estimer la force de la solidarité nécessaire pour exiger des mesures concrètes.
Les entreprises technologiques sont également mises en cause pour leur rôle dans la propagation incontrôlée de ces messages. Ce problème n’est pas nouveau et a déjà aggravé les conséquences d’événements climatiques précédents. Un rapport précédent de la CAAD avait révélé que, à l’approche de la COP28, les entreprises de combustibles fossiles avaient dépensé jusqu’à 5 millions de dollars (4,3 millions d’euros) en publicités de désinformation climatique sur Facebook, Shell, ExxonMobil, BP et TotalEnergies étant les principaux financeurs, représentant 98 % des annonces.
Le nouveau rapport souligne que cette désinformation, diffusée rapidement et à faible coût via les réseaux sociaux et les moteurs de recherche (« Big Tech »), compromet les politiques publiques et entrave l’action climatique.
Face à cette situation, la COP30 mettra en place pour la première fois l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique, un effort conjoint du gouvernement brésilien, des Nations Unies et de l’UNESCO, visant à renforcer la recherche et les mesures de lutte contre les campagnes de désinformation.
Lors du Sommet des dirigeants du 6 novembre, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le président français Emmanuel Macron ont mis en garde contre les dangers de la désinformation climatique.
« Les forces extrémistes fabriquent de fausses nouvelles pour obtenir des gains électoraux et emprisonner les générations futures dans un modèle obsolète qui perpétue les inégalités sociales et économiques et la dégradation de l’environnement. »
Luiz Inacio Lula da Silva, président du Brésil
« La désinformation climatique menace aujourd’hui nos démocraties, l’agenda de Paris et donc notre sécurité collective. »
Emmanuel Macron, président de la France
Un rapport récent a également révélé que les médias français diffusaient de la désinformation sur le climat, amplifiant les récits qui discréditent la science et les solutions climatiques. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également condamné les entreprises qui tirent profit de cette désinformation, affirmant que « trop de sociétés obtiennent des bénéfices record de la dévastation climatique et trop de dirigeants restent captifs de ces intérêts bien établis. »
En Espagne, Pedro Sánchez a souligné l’impact réel du réchauffement climatique et du changement climatique, indiquant que plus de 20 000 personnes sont décédées au cours des cinq dernières années en raison de ses effets.
