Publié le 26 décembre 2025 14h30. Alors que les tensions avec les États-Unis persistent, la Corée du Nord déploie une stratégie diplomatique discrète en Amérique latine, ciblant notamment le Mexique pour contrer son isolement international et trouver des soutiens face aux sanctions.
- La Corée du Nord cherche à diversifier ses alliances et à obtenir un soutien diplomatique en Amérique latine, en particulier au Mexique.
- Cette stratégie s’inscrit dans une “guerre hybride” combinant diplomatie, alliances stratégiques et propagande idéologique.
- Malgré des échanges commerciaux limités, le Mexique, grâce à sa position au sein d’organisations internationales, représente un interlocuteur clé pour Pyongyang.
Depuis des décennies, la Corée du Nord est confrontée à une opposition marquée des États-Unis en raison de son programme nucléaire. Face à cette pression, Pyongyang s’efforce d’étendre son influence diplomatique au-delà de l’Asie, en tissant des liens avec des pays d’Amérique latine. Des études de l’Université de Cambridge soulignent cette volonté de maintenir des contacts idéologiques et culturels dans cette région.
Cette démarche s’explique par la recherche d’un soutien diplomatique face aux sanctions économiques et aux pressions politiques exercées par Washington et ses alliés, suite aux essais nucléaires et aux tirs de missiles nord-coréens. Les tensions avec les États-Unis demeurent au cœur des préoccupations de Pyongyang, qui n’entretenant pas de relations diplomatiques formelles avec Washington.
Dans cette stratégie de diversification, le Mexique se distingue comme un pays particulièrement intéressant pour la Corée du Nord. Son poids démographique et diplomatique régional, ainsi que son rôle dans les organisations multilatérales, notamment l’ONU, en font un acteur clé. Chaque vote et chaque position sur les sanctions internationales revêt une importance cruciale pour Pyongyang, qui cherche à légitimer son régime sur la scène internationale.
Le Mexique se distingue par sa politique diplomatique équilibrée, entretenant des relations avec les deux Corées depuis 1980. Cette position unique lui confère une place particulière dans la géopolitique latino-américaine vis-à-vis de Pyongyang. Même si le commerce bilatéral reste limité, la capacité du Mexique à servir d’interlocuteur dans les forums mondiaux offre à la Corée du Nord des opportunités pour atténuer son isolement et contrer le discours dominant de Washington et de ses alliés.
La stratégie de la Corée du Nord ne se limite pas à des initiatives diplomatiques ponctuelles. Elle s’inscrit dans ce que certains experts qualifient de « guerre hybride », combinant diplomatie, alliances stratégiques, soutien militaire indirect et propagande idéologique. Un exemple significatif est le renforcement de ses liens avec la Russie, officialisé en juin 2024 par la signature d’un Traité de partenariat stratégique global, incluant une coopération en matière de défense et de logistique, dans un contexte de sanctions occidentales et d’implication de Pyongyang dans le conflit ukrainien.
Ces réalignements témoignent d’une dynamique géopolitique plus large, dans laquelle la Corée du Nord et la Russie cherchent à remettre en question l’ordre international dominé par les États-Unis et leurs alliés. Cette remise en question se traduit par une coopération militaire, des échanges technologiques et un soutien politique mutuel. Pyongyang fournit une technologie et des effectifs militaires, tandis que Moscou offre un soutien diplomatique et économique contribuant à atténuer l’impact des sanctions occidentales.
La Corée du Nord exploite également ses capacités en matière de vente de technologie militaire et de missiles, contribuant ainsi au financement de son appareil militaire et au renforcement de ses liens avec d’autres nations dissidentes ou moins alignées sur l’Occident. Cette tactique hybride permet à Pyongyang de gagner du terrain dans les forums internationaux et de saper les efforts d’isolement menés par Washington.
Cette confrontation idéologique et géopolitique a des répercussions au-delà du continent asiatique. Dans un monde multipolaire, des acteurs comme la Corée du Nord recherchent des alliés, des sympathies ou simplement des espaces de dialogue dans des régions où l’influence des États-Unis est traditionnellement forte, comme l’Amérique latine, complexifiant ainsi la dynamique du pouvoir mondial.
Malgré l’intérêt géopolitique, les échanges commerciaux entre le Mexique et la Corée du Nord restent marginaux. En octobre 2025, le Mexique n’a enregistré aucune exportation vers la Corée du Nord, tandis que les importations en provenance de ce pays se sont limitées à environ 5 710 dollars américains (5 000 €), entraînant un déficit commercial pour le Mexique.
Ces chiffres illustrent que, malgré l’existence de relations diplomatiques depuis plusieurs décennies, les liens économiques entre les deux pays sont quasiment inexistants en termes quantitatifs. Cependant, leur existence souligne la complexité des réseaux diplomatiques et économiques que la Corée du Nord exploite dans sa quête pour briser son isolement international. Même si le commerce entre le Mexique et la Corée du Nord en 2025 est symbolique, sa valeur politique et stratégique ne doit pas être sous-estimée dans un contexte mondial de plus en plus fragmenté et compétitif.
