Publié le 16 novembre 2024 à 14h04. De Barcelone à Venise, en passant par le Japon, plusieurs destinations touristiques populaires sont confrontées à une vague de mécontentement local, poussant les autorités à prendre des mesures pour limiter l’impact du tourisme de masse.
- L’Espagne a enregistré une augmentation de 11,5 % du nombre de touristes au cours des six premiers mois de 2024, par rapport à 2019, atteignant 42,5 millions de visiteurs.
- Amsterdam mène une campagne en ligne pour dissuader les touristes britanniques en quête de divertissements festifs, tandis que Venise a instauré une taxe de 5 € pour les visiteurs journaliers.
- Des tensions politiques et des préoccupations sécuritaires compliquent également l’expérience touristique dans des pays comme la Turquie, l’Iran et la Corée du Nord.
Le tourisme de masse, longtemps perçu comme un moteur économique essentiel, suscite désormais une opposition croissante de la part des habitants de nombreuses villes et régions. Des manifestations ont éclaté en Espagne, notamment à Barcelone, Cadix et Lanzarote, où les manifestants dénoncent les effets néfastes du tourisme sur la qualité de vie et l’environnement. En juillet 2024, des milliers de personnes ont défilé sur La Rambla de Barcelone, brandissant des pancartes appelant les touristes à rentrer chez eux et accusant le tourisme de « tuer la ville ». Des incidents isolés, comme l’arrosage de touristes dînant en terrasse, ont également été signalés.
Cette grogne n’est pas isolée. À Amsterdam, le gouvernement local a lancé une campagne en ligne audacieuse, ciblant spécifiquement les touristes britanniques en quête de « stag parties » ou de week-ends débauchés. Des vidéos montrant des comportements inappropriés et des amendes infligées aux touristes sont diffusées, dans le but de dissuader les voyageurs britanniques de venir perturber la tranquillité de la ville. Malgré des résultats mitigés, Amsterdam a renforcé ses efforts en mars 2024 avec une enquête en ligne intitulée « Amsterdam Rules ».
L’Asie n’est pas épargnée. Le Japon a connu une affluence touristique record en 2024, avec environ 36,87 millions de visiteurs, soit une augmentation de 47,1 % par rapport à l’année précédente. En octobre 2024, la Corée du Sud, la Chine, Taïwan et Hong Kong représentaient à eux seuls 60 % de tous les visiteurs, soit 3,3 millions de personnes. À Kyoto, la situation est particulièrement préoccupante : cette ville d’1,5 million d’habitants a accueilli plus de 32 millions de touristes l’année dernière. Le nouveau maire de Kyoto, Koji Muramasa, a fait campagne sur la promesse de lutter contre le surtourisme, et a récemment interdit l’accès aux ruelles privées de Gion après les plaintes des habitants, qui considéraient le quartier transformé en un « parc d’attractions ».
En Europe, Venise est devenue un symbole des problèmes liés au surtourisme. En avril 2024, la ville a introduit une taxe de 5 € pour les excursionnistes, une mesure qui a suscité des protestations et des manifestations. Les bateaux de croisière ont déjà été interdits d’accoster dans le centre-ville en 2021, suite à des années de contestation. Les habitants se plaignent de l’impact du tourisme sur leur vie quotidienne et de la perte d’authenticité de leur ville.
Au-delà de ces exemples emblématiques, d’autres destinations sont confrontées à des défis similaires. En Croatie, la ville côtière de Split a renforcé les amendes pour les comportements antisociaux des touristes, avec des panneaux avertissant d’une amende de 300 € pour uriner en public, grimper sur des monuments ou dormir dans l’espace public. La Russie, malgré son riche patrimoine culturel, est confrontée à des obstacles bureaucratiques et à des tensions géopolitiques qui rendent l’expérience touristique plus complexe. Enfin, la Corée du Nord, avec son régime autoritaire et ses réglementations strictes, reste une destination difficile d’accès, où les visiteurs sont soumis à une surveillance constante.
L’Iran, bien que riche en culture et en paysages magnifiques, est également affecté par les tensions politiques et la méfiance des visiteurs occidentaux. Les politiques gouvernementales et le risque de troubles soudains peuvent dissuader les touristes. Le paysage touristique mondial est en pleine mutation, et l’équilibre entre les bénéfices économiques du tourisme et la préservation de la qualité de vie des habitants devient de plus en plus difficile à trouver.
