Publié le 2025-12-09 04:40:00. L’ancien gouverneur de l’État de Chihuahua, César Duarte, est de nouveau incarcéré au Mexique, cette fois pour blanchiment d’argent, après une autorisation des États-Unis qui avait bloqué une précédente tentative d’inculpation. Cette nouvelle arrestation intervient après un revirement de situation politique et une pression accrue sur les autorités américaines.
- César Duarte, ex-gouverneur de Chihuahua, a été arrêté pour blanchiment d’argent.
- L’autorisation des États-Unis était nécessaire pour ajouter cette accusation à celles déjà existantes.
- L’arrivée d’Ernestina Godoy à la tête du Bureau du Procureur général (FGR) a accéléré la procédure.
L’ancien gouverneur de Chihuahua, César Duarte, a été de nouveau placé en détention provisoire, cette fois pour blanchiment d’argent, après que les autorités américaines ont donné leur feu vert pour une nouvelle accusation fédérale. Duarte avait déjà été extradé des États-Unis en 2022, accusé de détournement de fonds publics et d’association de malfaiteurs. L’arrestation, ordonnée lundi par la nouvelle procureure générale, Ernestina Godoy, intervient après plus d’un an et demi d’enquête et marque un tournant dans cette affaire complexe.
L’arrivée d’Ernestina Godoy à la tête du Bureau du Procureur général (FGR) a été déterminante. Selon des sources fédérales, elle a relancé le dossier, initialement ouvert sous l’administration de son prédécesseur, Alejandro Gertz. Le gouvernement mexicain a également exercé une pression supplémentaire sur Washington pour obtenir l’accord nécessaire à l’ajout de l’accusation de blanchiment d’argent. Duarte sera transféré à la prison de sécurité maximale d’Altiplano, dans l’État de Mexico, où il perdra les privilèges dont il jouissait en liberté conditionnelle à Chihuahua.
Âgé de 62 ans, Duarte avait l’habitude de se mettre en scène sur les réseaux sociaux, affichant un comportement ostentatoire malgré les accusations pesant contre lui. Il est accusé par le parquet d’avoir détourné plus de 6 milliards de pesos (plus de 300 millions de dollars). L’ancien gouverneur a toujours clamé son innocence, dénonçant une persécution politique orchestrée par son successeur, Javier Corral (2016-2021), qui avait ouvert une enquête sur ses agissements. Cependant, l’élection de Maru Campos au poste de gouverneur a changé la donne, lui offrant une période de répit.
L’ancien président Andrés Manuel López Obrador avait déjà exprimé ses inquiétudes quant à un possible “laissez-passer d’impunité” accordé à Duarte par l’administration de Maru Campos. López Obrador avait accusé une “chasse” contre les fonctionnaires qui l’avaient enquêté. Duarte est considéré comme un symbole de la corruption du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) à l’époque d’Enrique Peña Nieto, et était impliqué dans l’Opération Saphir, un mécanisme de détournement de fonds destiné à financer les campagnes électorales.
Les accusations contre Duarte ne se limitent pas au blanchiment d’argent. Il est également soupçonné d’avoir détourné 96 millions de pesos vers des sociétés dans lesquelles il détenait des parts, d’avoir tenté de créer une banque avec 100 millions de pesos détournés, de retenir illégalement les salaires des fonctionnaires pour financer le PRI de Chihuahua, et d’avoir acquis des ranchs et des biens de luxe au Mexique et aux États-Unis pour 190 millions de pesos avec des fonds publics. Il aurait également fait construire un barrage illégal sur sa propriété pour voler de l’eau. Vingt mandats d’arrêt avaient été émis contre lui, mais aucun n’avait abouti à une condamnation.
Parallèlement à l’affaire Duarte, le gouvernement fédéral s’est également inquiété de la persécution des fonctionnaires qui avaient enquêté sur Duarte par l’administration de Maru Campos. L’incarcération du procureur anti-corruption de Chihuahua, qui avait révélé les détournements de fonds, avait particulièrement choqué. En 2022, López Obrador avait demandé au FGR de prendre en charge l’affaire afin de protéger ces fonctionnaires.
La demande d’extradition auprès des États-Unis, initiée en octobre 2024, sous la présidence de Claudia Sheinbaum, accusait Duarte d’être impliqué dans un projet de blanchiment d’argent visant à dissimuler des fonds publics détournés en utilisant le système financier mexicain. La réponse positive de Washington, obtenue après plus d’un an de négociations, s’inscrit dans un cadre plus large d’échange de criminels entre les deux pays, selon des sources diplomatiques. La ministre des Affaires étrangères, Juan Ramón de la Fuente, a joué un rôle clé dans ces négociations.
L’arrestation de Duarte représente un premier coup dur porté par Ernestina Godoy, procureure générale proche de Sheinbaum, et signale une nouvelle orientation et une accélération des enquêtes sur les affaires de corruption impliquant des représentants de l’opposition. L’avenir des enquêtes concernant les membres du parti au pouvoir reste à déterminer.
