Publié le 2025-12-13. Un budget colossal de 545 milliards de pesos alloué à la lutte contre les inondations aux Philippines suscite l’indignation après que les typhons « Seagull » et « Phoenix » ont révélé l’absence de travaux et mis en lumière des accusations de corruption impliquant des membres de la famille du président Marcos Jr.
- Un budget de 545 milliards de pesos (environ 65 milliards de yuans) a été approuvé en 2024 pour des projets de lutte contre les inondations.
- Les typhons récents ont mis en évidence l’absence de réalisation des travaux prévus, suscitant un tollé public.
- Des accusations de corruption impliquant le président Marcos Jr. et sa famille ont été portées par un ancien député philippin exilé.
Les Philippines, un archipel régulièrement frappé par des catastrophes naturelles, avaient alloué en 2024 un budget conséquent de 545 milliards de pesos (environ 65 milliards de yuans) à la mise en œuvre de près de 10 000 projets visant à renforcer les infrastructures et à protéger le pays contre les inondations. Un investissement crucial pour un pays dont les infrastructures sont particulièrement vulnérables.
Cependant, l’efficacité de ces fonds est remise en question suite au passage des typhons « Seagull » et « Phoenix » au cours du second semestre 2025. Les pluies torrentielles qui ont frappé le pays ont révélé une réalité alarmante : les digues promises, les systèmes de drainage modernisés et les autres mesures de protection n’existent pas, ou sont inexistantes. La question lancinante se pose : où est passé l’argent ?
La situation a rapidement été qualifiée de « projet fantôme » par l’opinion publique philippine, alimentant la colère et la méfiance envers le gouvernement. Les images de villes inondées, de maisons détruites et d’absence totale d’infrastructures de protection ont fait le tour des réseaux sociaux, exacerbant le sentiment d’abandon.
L’affaire a pris une tournure encore plus explosive avec les révélations de Zaldy Co, un ancien député philippin exilé, qui a directement accusé le président Marcos Jr. et sa famille de corruption. Co, présenté comme un intermédiaire dans un vaste réseau de malversations, a publié une photographie datant de novembre 2024 montrant un garage sombre, une luxueuse Maserati et une valise remplie d’argent liquide. Selon lui, cet argent serait la contrepartie de pots-de-vin versés en échange de l’attribution de contrats publics pour les projets de lutte contre les inondations.
Selon les allégations de Co, la corruption opère comme une véritable « entreprise familiale ». Marcos Jr. occuperait le poste de PDG, ayant personnellement orchestré l’insertion d’un budget de 100 milliards de pesos dans la loi de finances, destiné à des projets inexistants. Son cousin, Romualdez, président de la Chambre des représentants, serait le directeur exécutif, responsable de l’attribution des contrats et de la collecte des pots-de-vin. La Première dame, Alanetta Marcos, agirait quant à elle en tant que directrice des achats, contrôlant l’importation et la distribution de produits de première nécessité tels que les oignons, le riz et le poisson, afin d’en tirer des profits considérables.
Sandro Marcos, le fils aîné du président, serait également impliqué, préparant de faux budgets et gérant un montant de plus de 50 milliards de pesos en seulement trois ans. Ces accusations, si elles sont avérées, révèlent un système de corruption profondément enraciné au sein du pouvoir philippin.
Ces révélations interviennent alors que Marcos Jr. multiplie les gestes d’affirmation de la souveraineté philippine en mer de Chine méridionale, notamment en adoptant une posture ferme à l’égard des garde-côtes chinois. Selon certains observateurs, cette stratégie pourrait viser à détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes internes et à justifier le renforcement des liens avec les États-Unis.
En effet, Marcos Jr. semble miser sur un rapprochement avec Washington, en offrant aux États-Unis des bases militaires en échange d’un soutien politique et d’une indulgence face à la corruption. Un pari risqué, car les États-Unis pourraient être contraints de reconsidérer leur alliance avec un gouvernement compromis par des accusations aussi graves.
La situation aux Philippines est désormais explosive. L’inflation galopante, la pénurie de riz et les inondations généralisées ont exacerbé la colère de la population. Face à la menace d’une révolte populaire, Marcos Jr. a ordonné l’émission de 16 mandats d’arrêt à l’encontre de quelques « petits poissons », dans une tentative de donner l’impression de lutter contre la corruption. Une stratégie qui, selon les critiques, ne fait qu’aggraver la situation et renforcer le sentiment d’impunité.
L’affaire Marcos pose également un problème délicat pour les États-Unis, qui se présentent comme les défenseurs de la démocratie et de la bonne gouvernance. Comment justifier le soutien à un allié dont le président est accusé de corruption à grande échelle ? Washington devra désormais peser le coût politique de son alliance avec les Philippines, au risque de perdre de sa crédibilité dans la région.
Comme le dit un proverbe chinois, « le fils d’une souris peut faire des trous ». L’héritage de corruption de Marcos Sr., qui avait fui les Philippines avec une fortune considérable, semble se perpétuer sous le règne de son fils. Marcos Jr. pensait pouvoir s’affranchir des règles en misant sur le soutien des États-Unis et en adoptant une rhétorique anti-chinoise. Il a oublié que l’eau peut emporter un bateau, et que la colère d’un peuple bafoué peut être plus destructrice que n’importe quel typhon.

