Une cour d’appel fédérale a relancé mardi une bataille juridique majeure en Virginie-Occidentale, autorisant une zone particulièrement touchée par la crise des opioïdes à poursuivre les distributeurs de médicaments pour leur rôle dans l’inondation de la région en analgésiques.
La 4e Cour d’appel des États-Unis, basée à Richmond, en Virginie, a infirmé la décision d’un tribunal de première instance qui avait jugé que la loi sur les nuisances publiques de Virginie-Occidentale ne pouvait pas être appliquée à ce type de litige. Selon les juges, le tribunal inférieur a commis une erreur en interprétant la loi de l’État. La cour a estimé que la législation permettait de réclamer une compensation financière pour financer des actions visant à atténuer les dommages causés à la population.
« La loi de Virginie-Occidentale autorise la réduction d’une nuisance publique à inclure l’obligation pour un défendeur de verser des sommes d’argent pour financer les efforts visant à éliminer le préjudice subi par le public », a écrit la cour dans sa décision. « La Virginie-Occidentale considère depuis longtemps la réduction comme un recours équitable. »
L’affaire retourne désormais devant le tribunal de district américain de Charleston pour une nouvelle analyse. Le comté de Cabell et la ville de Huntington avaient initialement intenté la procédure contre AmerisourceBergen Drug Co., Cardinal Health Inc. et McKesson Corp., les accusant d’avoir distribué plus de 81 millions de comprimés d’opioïdes sur une période de huit ans, contribuant ainsi à une crise sanitaire publique.
En juillet 2022, le juge David Faber avait donné raison aux distributeurs, estimant que la loi sur les nuisances publiques de Virginie-Occidentale ne s’appliquait qu’aux atteintes à la propriété ou aux ressources publiques. Il avait jugé qu’étendre cette loi à la commercialisation et à la vente d’opioïdes serait une interprétation trop large.
La cour d’appel a cependant estimé que le juge Faber avait mal interprété les obligations des distributeurs en vertu de la loi sur les substances contrôlées. Elle a également souligné que le comité de litige de masse de Virginie-Occidentale avait déjà conclu que la distribution d’opioïdes pouvait constituer une nuisance publique au sens de la loi de l’État.
Les plaignants réclamaient plus de 2,5 milliards de dollars (environ 2,3 milliards d’euros) pour financer des programmes de prévention, de traitement et d’éducation liés à la consommation d’opioïdes sur une période de 15 ans. En 2021, le comté de Cabell, qui compte 93 000 habitants, a enregistré 1 059 interventions d’urgence liées à des surdoses suspectées, dont au moins 162 décès.
Cette décision intervient alors que des milliers d’États et de collectivités locales aux États-Unis ont intenté des poursuites contre les fabricants et distributeurs d’opioïdes. La plupart de ces litiges ont été réglés à l’amiable dans le cadre d’accords nationaux qui pourraient atteindre plus de 50 milliards de dollars (environ 46 milliards d’euros). Cependant, les résultats des procès qui ont été jugés sur le fond ont été variables.
Lors d’une audience devant la Cour suprême de Virginie-Occidentale, l’avocat des sociétés accusées, Steve Ruby, avait qualifié les arguments des plaignants d’« radicaux », avertissant qu’une telle extension de la loi sur les nuisances publiques pourrait « créer une avalanche de litiges ». La Cour suprême de l’État avait finalement refusé de se prononcer sur la question.
