Publié le 29 octobre 2025. L’armée israélienne est secouée par une crise institutionnelle après la fuite d’une vidéo montrant des soldats torturant un prisonnier palestinien, et l’arrestation d’anciens procureurs militaires impliqués dans la tentative de dissimulation de ces abus.
- Jufat Tomer-Jerushalmi, ancienne procureure militaire, a été arrêtée dans le cadre d’une enquête sur la fuite de la vidéo et des allégations de torture.
- L’affaire a révélé des tensions profondes entre les dirigeants militaires et le gouvernement israélien, accusé de vouloir étouffer les preuves d’abus contre les Palestiniens.
- Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a dénoncé des « traitements pouvant être considérés comme de la torture » dans le centre de détention de Sde Teiman.
L’ancienne procureure générale, Jufat Tomer-Jerushalmi, a été interpellée lundi après une tentative de suicide, selon les autorités israéliennes. Son arrestation intervient après la diffusion d’une vidéo choquante révélant des soldats israéliens torturant un prisonnier palestinien dans la base militaire de Sde Teiman, située dans le désert du Néguev. La procureure avait démissionné vendredi dernier, assumant la responsabilité de la diffusion de la vidéo à la presse.
Selon le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, Tomer-Jerushalmi est accusée de « fuites et autres crimes graves ». Il a demandé au service pénitentiaire de « faire preuve d’une extrême vigilance » pour assurer sa sécurité en détention. L’affaire a provoqué une crise majeure au sein des Forces de défense israéliennes (FDI) et mis en lumière les tensions entre l’état-major et le gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Dans une lettre rendue publique, Tomer-Jerushalmi a justifié sa décision de divulguer la vidéo en expliquant qu’elle visait à « contrer la fausse propagande dirigée contre les autorités militaires chargées de l’application des lois ». Elle a affirmé avoir agi sous la « pression des ministres, des journalistes et des personnalités politiques qui ont tenté d’empêcher le parquet militaire d’enquêter sur les abus commis à Sde Teiman ».
La base militaire de Sde Teiman, transformée en centre de détention palestinien depuis octobre 2023, est au cœur des controverses. En février dernier, l’armée israélienne avait reconnu que cinq réservistes étaient accusés d’avoir torturé un prisonnier de Gaza l’été précédent. L’acte d’accusation décrivait des actes de violence extrême, incluant des fractures de côtes, une perforation pulmonaire et de graves blessures anales.
Le parquet militaire a ouvert une enquête formelle, mais celle-ci a rapidement été confrontée à des pressions politiques. Des images de caméras de surveillance et des documents médicaux ont été recueillis comme preuves. Dix militaires avaient été arrêtés après la fuite de la vidéo, mais la moitié a été relâchée peu de temps après.
Les images diffusées par la chaîne israélienne Canal 12 montrent des soldats encerclant le détenu avec des boucliers anti-émeute pendant l’agression. L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme, Médecins pour les droits de l’homme, avait alors dénoncé l’état critique de la victime, souffrant de « blessures potentiellement mortelles » et d’une « grave blessure au rectum ».
Parallèlement, les médias israéliens ont révélé l’arrestation d’un autre ancien procureur militaire, le colonel Matan Solomosh, accusé d’entrave à l’enquête et d’abus de confiance. Il doit comparaître devant le tribunal de Tel Aviv.
Le gouvernement israélien tente également de retirer le procureur général de l’affaire, Gali Baharav-Miara, qui s’oppose à toute ingérence politique dans les enquêtes sur les crimes de guerre. Dans une lettre publiée dimanche, elle a affirmé que le ministre de la Justice, Yariv Levine, « n’a pas le pouvoir » d’interdire le déroulement de l’enquête.
Le parquet militaire a confirmé lundi que le Palestinien torturé avait été expulsé vers Gaza le 13 octobre, sans avoir pu témoigner devant un tribunal. L’organisation de colons Honenu, qui représente deux des militaires accusés, a exigé l’abandon immédiat des poursuites.
L’affaire de Sde Teiman a été documentée par plusieurs organisations humanitaires, qui la considèrent comme l’un des cas les plus graves de la guerre actuelle. Dans un rapport publié en juillet 2024, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé que « de nombreux Palestiniens étaient secrètement emprisonnés et soumis à des traitements pouvant être considérés comme de la torture » dans le Néguev central. Amnesty International a également mis en garde contre une « politique systématique de mauvais traitements et de disparitions forcées » à l’encontre des détenus de Gaza.
