Publié le 5 janvier 2026 02:59:00. L’autodestruction et les comportements d’auto-sabotage, des plus anodins aux plus graves, ne seraient pas le fruit d’une détresse psychologique aléatoire, mais bien des mécanismes de survie profondément ancrés dans notre cerveau, selon un nouveau livre de psychologie.
- Les comportements d’auto-sabotage, comme la procrastination ou le perfectionnisme, sont interprétés comme des tentatives du cerveau de contrôler les menaces et d’éviter l’imprévisible.
- Le cerveau humain privilégie la certitude d’une menace connue à la possibilité d’un danger incontrôlable, ce qui explique pourquoi nous pouvons nous infliger des petits maux pour prévenir des problèmes plus importants.
- Comprendre la fonction protectrice de ces comportements est essentiel pour s’en défaire, en privilégiant l’auto-compassion plutôt que l’autocritique.
Selon le Dr Charlie Heriot-Maitland, psychologue clinicien, ces comportements, allant de la manie de se gratter la peau à l’évitement social, sont en réalité des stratégies évolutives mises en place par notre cerveau pour assurer notre survie. Son ouvrage, Explosions contrôlées en santé mentale, explore les fondements biologiques de ces mécanismes.
« Notre cerveau est une machine à survivre. Il est programmé non pas pour optimiser notre bonheur et notre bien-être, mais pour nous maintenir en vie. Il a besoin d’un monde prévisible. Il n’aime pas les surprises. Il ne veut pas que nous soyons pris au dépourvu », explique le Dr Heriot-Maitland.
Il précise que le cerveau préfère nous confronter à des menaces contrôlées, même si elles sont désagréables, plutôt que de nous exposer à des dangers imprévisibles. « Être exposé à des menaces et à des dangers est déjà assez grave, mais l’état le plus vulnérable pour nous, les humains, est d’être exposé à une menace imprévisible. Notre cerveau ne peut pas le permettre et interviendra pour nous donner des versions plus contrôlées et plus prévisibles de la menace. Notre cerveau préférerait que nous soyons l’arbitre de notre propre chute plutôt que de risquer d’être terrassé par quelque chose d’extérieur. Il préférerait que nous soyons bien entraînés à recevoir une hostilité créée en interne plutôt que de risquer de ne pas y être préparés par les autres », souligne-t-il.
Cette préférence pour la certitude s’explique par l’évolution du cerveau humain, initialement conçu pour la survie et la détection du danger. Cette vigilance constante, bien qu’utile pour l’espèce, peut aujourd’hui nous rendre hypersensibles à toute forme de menace, qu’elle soit physique ou émotionnelle.
Le Dr Heriot-Maitland illustre ce mécanisme par des exemples concrets : nous pouvons repousser une tâche importante pour éviter l’échec, ou éviter une personne qui pourrait nous rejeter, même si ce rejet n’est pas certain. « Notre cerveau a évolué pour favoriser la perception des menaces, même lorsqu’il n’y en a pas, afin de susciter en nous une réponse protectrice. Nous avons tous hérité d’un système de détection et de réponse aux menaces très sensible », affirme-t-il.
La procrastination, le perfectionnisme et le pessimisme sont autant de manifestations courantes de ce mécanisme d’auto-sabotage. Le perfectionnisme, par exemple, peut être vu comme une tentative d’éliminer tout risque d’erreur, mais il peut conduire au stress et à l’épuisement professionnel.
L’autocritique, même lorsqu’elle est motivée par le désir de s’améliorer, peut également être une forme d’auto-sabotage. Le cerveau utilise alors nos propres fonctions cognitives, comme l’imagination et le raisonnement, pour créer des scénarios de peur et renforcer la sensation de menace.
Le Dr Heriot-Maitland met en garde contre le risque de prophéties auto-réalisatrices : si nous pensons que nous ne sommes pas capables de réussir, nous risquons de ne pas faire de notre mieux et de confirmer nos propres doutes. « Si nous pensons que nous ne sommes pas très bons dans quelque chose, nous ne ferons peut-être pas de notre mieux et finirons par obtenir de moins bons résultats que si nous avions fait une prédiction différente », explique-t-il. « Ou si nous pensons que quelqu’un ne nous aime pas et que nous l’évitons, alors notre peur du rejet peut avoir fait obstacle à la création d’une relation. »
Pour surmonter ces comportements, il est donc essentiel de comprendre leur fonction protectrice et de ne pas simplement essayer de les supprimer. Le Dr Heriot-Maitland utilise la métaphore des « explosions contrôlées » pour illustrer ce concept : « Les équipes anti-bombes ne sont pas nos ennemis. Elles protègent quelque chose de grand, quelque chose de blessé, quelque chose de douloureux. »
Il souligne que ces comportements peuvent souvent être liés à des expériences traumatisantes ou à des menaces passées, mais qu’ils finissent par nous nuire. Les interventions psychologiques efficaces doivent donc se concentrer sur le traitement de la douleur émotionnelle sous-jacente, tout en reconnaissant que ce processus peut être difficile et ne pas offrir de solution miracle.
« La résolution d’un préjudice sous-jacent peut souvent impliquer ces deux aspects : créer de la sécurité autour de la situation et du sentiment redoutés ; faire le deuil de la perte d’un besoin fondamental dans cette situation qui n’a pas été satisfait, nié ou rejeté », précise-t-il.
Enfin, le Dr Heriot-Maitland insiste sur l’importance de l’auto-compassion. « Nous ne voulons pas combattre ces comportements, mais nous ne voulons pas non plus les apaiser et les laisser continuer à contrôler, dicter et saboter nos vies. Nous avons ici des choix », conclut-il. Pour modifier ces schémas comportementaux, il est nécessaire de reconnaître et de comprendre leur origine, et de cultiver une attitude bienveillante envers soi-même.
Source:
Référence du journal :
Heriot-Maitland, C. (2026). Explosions contrôlées en santé mentale. https://www.taylorfrancis.com/books/mono/10.4324/9781003559924/controlled-explosions-mental-health-charlie-heriot-maitland
