Publié le 24 octobre 2024 18h30. Le critique de cinéma Hamrah décrypte dans un recueil d’articles la déconnexion croissante entre le cinéma contemporain et la réalité, entre divertissement superficiel et angoisses du monde moderne.
- Le recueil Cinéma de la Fin des Temps, issu d’une newsletter hebdomadaire, offre une analyse acerbe de l’industrie cinématographique sur une année.
- L’auteur pointe du doigt la superficialité du divertissement actuel, illustrée par des phénomènes comme Barbenheimer, et l’essor inquiétant de l’intelligence artificielle.
- Si son regard est souvent pertinent, l’auteur suscite parfois la controverse par ses jugements tranchés sur certains réalisateurs et films.
Avec Cinéma de la Fin des Temps, le critique Hamrah propose une plongée sans concession dans les coulisses d’une industrie cinématographique qu’il juge de plus en plus déconnectée des préoccupations réelles. Ce recueil, compilé à partir de sa newsletter hebdomadaire, se présente comme un « almanach de toutes les mauvaises choses qui se sont produites dans l’industrie cinématographique » au cours d’une année. Un exemple frappant, cité par l’auteur : « Shrek 5 a été retardé et va désormais échanger les dates de sortie avec Les Serviteurs 3 ».
L’ouvrage ne se contente pas de relater les péripéties de l’industrie. Il les analyse avec un humour mordant et une lucidité parfois désespérante. Hamrah aborde des sujets aussi variés que la mort du réalisateur David Lynch, l’avènement de l’intelligence artificielle, ou encore les incendies dévastateurs qui ont ravagé la Californie. Il illustre son propos avec des images fortes, comme la couverture du livre qui représente le directeur du studio Warner Bros, David Zaslav, dépeint comme une figure pathétique et cynique, pointant du doigt avec désinvolture.
L’auteur s’intéresse particulièrement à la manière dont le divertissement contemporain cherche à nous distraire de la réalité. Il dénonce le consumérisme exacerbé et l’aliénation croissante qui en résultent, en s’appuyant sur des exemples concrets comme le concours de beauté dédié aux créations d’intelligence artificielle :
« Le concours de beauté Miss AI… honore les meilleurs créateurs de fausses femmes avec des prix d’une valeur de 20 000 $ (environ 18 500 €), dont 5 000 $ en espèces. Ces créateurs masculins affirment que leur concours est plus inclusif que les vrais concours de beauté problématiques, car ils permettent à tous les types de femmes de participer, tant qu’elles n’existent pas. »
Hamrah, Cinéma de la Fin des Temps
S’inspirant du style concis et percutant de l’anarchiste et critique d’art français Félix Fénéon, qui rédigeait des « romans en trois lignes », Hamrah livre une chronique cinématographique à la fois incisive et poétique. Il contextualise toujours le cinéma, soulignant son importance culturelle face à ceux qui l’ignorent ou le considèrent comme acquis.
Si la pertinence de son analyse est largement reconnue, Hamrah ne fait pas l’unanimité. L’auteur se montre parfois controversé dans ses jugements, suscitant le débat et la discussion. Il est ainsi critiqué pour son éloge du film West Side Story de Steven Spielberg, qu’il qualifie de « merveilleux » et de « peut-être le deuxième ou le troisième meilleur film de Spielberg », avant de nuancer son propos en le jugeant « académique » et « évident ». Il est également taxé de partialité pour sa critique acerbe du film Fermez les yeux de Víctor Erice, qu’il accuse de ne pas « fredonner ni vibrer », alors que d’autres le considèrent comme une œuvre hypnotique et bouleversante.
Malgré ces quelques points de divergence, Hamrah s’impose comme l’un des critiques les plus perspicaces et les plus engagés de sa génération. Sa force réside dans sa capacité à analyser le cinéma avec une rigueur intellectuelle et une passion communicative, en ne reniant jamais son propre regard et ses propres goûts. Il rappelle ainsi l’importance d’une critique cinématographique indépendante et éclairée, capable de remettre en question les conventions et de susciter la réflexion.
Il souligne notamment le rôle essentiel de la revue Cahiers du cinéma dans l’histoire de la culture visuelle :
« Lorsque les critiques littéraires lisent dans la biographie de Jean-Luc Godard par Colin MacCabe, Cahiers du cinéma était « la revue culturelle la plus importante du 20ème siècle », ils étaient impatients de lui sauter dessus pour avoir mis autant de poids. Que savent-ils ? … En raison de l’énorme impact de la Nouvelle Vague, qui a surgi de ses pages, il y a la culture visuelle (et l’analyse de la culture visuelle) avant et après Cahiers du cinéma. »
Hamrah, Cinéma de la Fin des Temps
En définitive, Cinéma de la Fin des Temps est un livre qui invite à repenser notre rapport au cinéma et à la culture en général, à l’heure où le monde numérique et le consumérisme semblent menacer notre capacité à penser et à ressentir.
