Publié le 26 décembre 2025 12h00. Des millions d’enfants souffrant de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) reçoivent des médicaments stimulants, mais une nouvelle étude révèle que leur mécanisme d’action pourrait être différent de ce que l’on pensait jusqu’à présent. Les recherches suggèrent que ces médicaments agissent principalement sur les systèmes de vigilance et de récompense du cerveau, et non directement sur l’attention.
- Une étude menée par l’Université de Washington à Saint-Louis révèle que les médicaments pour le TDAH stimulent principalement les zones du cerveau liées à la vigilance et à la récompense.
- Les chercheurs ont analysé les données d’IRM fonctionnelle de près de 5 800 enfants, comparant ceux sous traitement médicamenteux à ceux qui ne l’étaient pas.
- L’étude suggère que les médicaments rendent les tâches plus attrayantes et augmentent la motivation, facilitant ainsi la concentration.
Jusqu’à présent, la communauté médicale considérait que les médicaments comme le Ritaline et l’Adderall amélioraient l’attention en stimulant directement les zones cérébrales responsables de cette fonction cognitive. Cependant, les résultats de cette nouvelle étude, publiés dans la revue Cell (https://doi.org/10.1016/j.cell.2025.11.039), remettent en question cette hypothèse.
L’équipe de recherche, dirigée par le neurologue pédiatre Benjamin Kay et le neurologue Nico U. Dosenbach, a utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) au repos pour observer l’activité cérébrale. Cette technique permet de mesurer la communication entre les différentes zones du cerveau lorsque le sujet n’effectue aucune tâche spécifique. Les données IRMf de 5 795 enfants âgés de 8 à 11 ans, participant à la vaste étude Adolescent Brain Cognitive Development (ABCD) – un projet à long terme suivant le développement de plus de 11 000 enfants aux États-Unis – ont été analysées. Les chercheurs ont comparé l’activité cérébrale des enfants ayant pris des médicaments le jour de l’examen à celle des enfants n’ayant pas pris de traitement.
Les résultats ont montré une activité accrue dans les zones cérébrales associées à la vigilance et à la récompense chez les enfants sous médication. En revanche, aucune augmentation significative n’a été observée dans les zones responsables du maintien de l’attention. Pour confirmer ces résultats, l’équipe a également mené une petite expérience sur cinq adultes sains ne prenant pas habituellement de médicaments pour le TDAH. Après avoir pris une dose unique, les mêmes schémas d’activation cérébrale ont été observés.
« En tant que neurologue pédiatre, je prescris souvent des médicaments stimulants. J’ai toujours expliqué aux patients qu’ils stimulaient les zones du cerveau responsables du maintien de l’attention, et que cela leur donnait plus de contrôle sur ce à quoi ils prêtent attention. Avec cette recherche, nous montrons que ce n’est pas correct. L’amélioration du maintien de l’attention est principalement le résultat d’une plus grande vigilance et du sentiment qu’une tâche est plus gratifiante. Vous êtes alors automatiquement plus attentif. »
Benjamin Kay, neurologue pédiatre
Selon Nico U. Dosenbach, ces médicaments semblent « récompenser » le cerveau à l’avance, rendant ainsi plus facile la persévérance dans des activités qui ne seraient normalement pas très motivantes, comme les matières scolaires les moins appréciées. En d’autres termes, le médicament rend les tâches ennuyeuses ou difficiles un peu plus attrayantes.
Cette découverte pourrait également expliquer pourquoi les médicaments pour le TDAH peuvent apporter un soulagement, même s’ils agissent principalement comme des agents stimulants. Dosenbach explique que l’idée de réduire l’hyperactivité en stimulant davantage le cerveau peut sembler paradoxale, mais que cette recherche démontre que cette approche n’est pas aussi illogique qu’il y paraît. Le médicament permet aux enfants atteints de TDAH de mieux concentrer leur attention sur une tâche ennuyeuse, car ils ressentent moins le besoin de chercher une stimulation ailleurs.
L’étude a également examiné les performances scolaires des enfants. Les résultats indiquent que les enfants atteints de TDAH sous médication obtenaient de meilleures notes et étaient plus aptes à résoudre des énigmes, selon les témoignages de leurs parents. Les enfants présentant des formes plus sévères de TDAH ont bénéficié des améliorations les plus significatives.
Une découverte inattendue a également été faite : les médicaments pour le TDAH semblent pouvoir atténuer les effets du manque de sommeil sur l’activité cérébrale. Les chercheurs ont constaté que si un enfant atteint de TDAH ne dormait pas suffisamment, mais prenait son médicament, les modifications typiques de l’activité cérébrale liées au manque de sommeil étaient moins prononcées.
Cependant, les chercheurs mettent en garde contre les risques liés au manque de sommeil. Benjamin Kay souligne qu’il est toujours dangereux de ne pas dormir suffisamment, en particulier pour les enfants, et s’inquiète du fait que la fatigue excessive peut elle-même provoquer des symptômes similaires à ceux du TDAH.
Les chercheurs recommandent donc de prendre en compte la possibilité d’un manque de sommeil lors du diagnostic du TDAH et soulignent la nécessité de mener des recherches supplémentaires sur les effets à long terme de ces médicaments sur le cerveau. Ils suggèrent qu’il est possible que ces médicaments aient d’autres effets secondaires encore inconnus.
Pour en savoir plus sur l’augmentation du nombre de personnes prenant des médicaments contre le TDAH, consultez cet article.
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