Publié le 16 décembre 2025 10h00:00. Une nouvelle étude de l’UCL révèle que certains symptômes dépressifs spécifiques, survenant souvent au milieu de la vie, pourraient être des indicateurs prédictifs du risque de démence plus de vingt ans plus tard. Cette recherche ouvre des perspectives pour une prévention plus ciblée et des traitements adaptés.
- Des symptômes dépressifs précis, tels que la perte de confiance en soi et les difficultés à résoudre des problèmes, sont liés à un risque accru de démence.
- L’étude, menée sur près de 6 000 adultes, montre que ce lien est particulièrement fort chez les personnes de moins de 60 ans.
- En ciblant ces symptômes spécifiques, il pourrait être possible de réduire le risque de développer une démence à long terme.
La dépression à l’âge mûr est depuis longtemps considérée comme un facteur de risque de démence. Cependant, une nouvelle étude de l’University College London (UCL) affine cette compréhension en identifiant six symptômes dépressifs particuliers qui semblent jouer un rôle clé dans le développement potentiel de la maladie. Il ne s’agit pas de la dépression en tant que telle, mais de la présence combinée de ces indicateurs spécifiques.
Ces six symptômes sont : un manque de confiance en soi, l’incapacité à faire face aux problèmes quotidiens, un sentiment de détachement émotionnel envers les autres, une tension et une nervosité constantes, une insatisfaction face à l’exécution des tâches et des difficultés de concentration. Selon le Dr Philipp Frank, auteur principal de l’étude,
« Nos résultats montrent que le risque de démence est lié à un certain nombre de symptômes de dépression, et non à la dépression dans son ensemble. Cette approche axée sur les symptômes nous donne une image beaucoup plus claire de qui pourrait être plus vulnérable à la démence des décennies plus tard. »
Dr Philipp Frank, University College London
L’étude souligne l’importance de prendre en compte ces signaux précoces.
« Les symptômes quotidiens que de nombreuses personnes ressentent à la quarantaine contiennent des informations importantes sur la santé cérébrale à long terme. Prêter attention à ces schémas ouvre de nouvelles opportunités de prévention précoce. »
Dr Philipp Frank, University College London
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les données de 5 811 adultes d’âge moyen participant à l’étude Whitehall II, une vaste étude de cohorte britannique lancée en 1985. Entre 1997 et 1999, les participants ont répondu à un questionnaire évaluant trente symptômes courants de la dépression. À l’époque, ils avaient entre 45 et 69 ans, avec un âge moyen de 55 ans. Leur état de santé a ensuite été suivi pendant 25 ans, grâce aux registres nationaux de santé, permettant d’enregistrer les diagnostics de démence jusqu’en 2023. Au total, un peu plus de 10 % des participants ont développé une démence au cours de cette période.
Les personnes considérées comme dépressives à l’âge moyen (présentant cinq symptômes ou plus) avaient un risque 27 % plus élevé de développer une démence ultérieurement. Toutefois, cette augmentation du risque était entièrement expliquée par la présence des six symptômes spécifiques mentionnés, en particulier chez les adultes de moins de 60 ans. La perte de confiance en soi et les difficultés à résoudre des problèmes étaient associées à une augmentation du risque d’environ 50 pour cent.
La question de savoir pourquoi ces symptômes dépressifs augmentent le risque de démence reste ouverte. Une hypothèse est que le manque de confiance en soi, les difficultés à résoudre des problèmes et les problèmes de concentration peuvent conduire à une diminution des interactions sociales et des activités stimulant le cerveau, deux facteurs connus pour jouer un rôle dans le risque de démence. D’autres symptômes dépressifs, tels que les troubles du sommeil, les pensées suicidaires ou la tristesse, n’ont pas montré de lien à long terme avec la démence.
Le professeur Mika Kivimäki précise :
« La dépression n’a pas de forme fixe. Les symptômes varient considérablement et se chevauchent souvent avec l’anxiété. Nous avons constaté que ces modèles nuancés peuvent révéler qui présente un risque plus élevé de troubles neurologiques. Cela nous rapproche de traitements plus personnalisés et plus efficaces. »
Professeur Mika Kivimäki
Les chercheurs insistent sur la nécessité de mener des recherches supplémentaires sur des populations diverses afin de déterminer la généralisation de ces résultats. Le Dr Richard Oakley, de la British Alzheimer’s Society, souligne : la relation entre la démence et la dépression est complexe. Il ajoute : « Il est encourageant de constater que cette nouvelle étude observationnelle commence à éclairer la manière dont les deux sont étroitement liés. Mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer si ces six symptômes s’appliquent également aux femmes et aux minorités ethniques. »
Pour en savoir plus sur les liens entre dépression, sommeil et anxiété, vous pouvez consulter cet article. Vous trouverez également des informations sur l’impact des rythmes circadiens sur la dépression et le rôle de l’alimentation dans la prévention de la dépression.
Enfin, écoutez le Balado scientifique :
