La nouvelle série « Predator: Badlands » a représenté un défi inédit pour les équipes de Wētā FX, habituées aux prouesses de capture de mouvement et de création de créatures. Au cœur de ce projet : donner vie à un protagoniste non-humain complexe, dont les émotions doivent résonner avec le public.
Dek, interprété par Dimitrius Schuster-Koloamatangi, est un personnage central de cette histoire. Exilé sur la planète hostile de Genna par son père, également joué par le même acteur, il doit prouver sa valeur en terrassant le Kalisk, une créature réputée invincible. Le réalisateur Dan Trachtenberg a déjà enrichi l’univers de « Predator » avec « Prey » et « Predator: Killer of Killers », mais l’aventure de Dek et de Thia, une synthétique Weyland-Yutani incarnée par Elle Fanning, exigeait un niveau de détail et d’expressivité rarement atteint pour un personnage monstrueux.
Selon Sheldon Stopsack, superviseur des effets visuels, l’enjeu principal était de créer une connexion émotionnelle avec le public : « Il s’agit d’un niveau d’expression et d’évolution émotionnelle beaucoup plus profond que ce que l’on attend habituellement d’un personnage comme Dek. » Pour y parvenir, Wētā FX a opté pour une approche hybride, combinant un costume physique conçu dans leurs ateliers de Wellington avec une modélisation numérique du visage.
L’équipe d’animation s’est constamment basée sur la performance de Schuster-Koloamatangi, tout en devant adapter ses émotions à un visage incapable de se fermer. Ils ont dû identifier d’autres points d’expression et les calibrer avec précision pour traduire la détermination, la force et l’intelligence de Dek face à un environnement hostile. Karl Rapley, superviseur de l’animation, explique : « Il est important de définir des limites et de s’y tenir. Nous cherchions des équivalents à partir de la performance de Demetrius pour les transposer à Dek, en veillant à la cohérence. Nous avons même établi une sorte de bible de règles, par exemple, ne jamais former un ‘X’ avec les mandibules ou ne pas surexploiter les trilles et les ondulations propres à l’espèce Yautja. »
L’animation a été pensée pour rester subtile, privilégiant les petits muscles faciaux afin d’éviter un rendu artificiel. Comme pour le jeu d’acteur humain, la retenue est souvent plus efficace. L’équipe a dû entièrement modéliser en images de synthèse des séquences spectaculaires, comme l’affrontement entre le Kalisk et un chargeur de puissance Weyland-Yutani, ou la confrontation finale entre le père et le fils sur Yautja Prime. Ils ont également donné vie à Bud, un personnage secondaire décrit avec affection comme un « petit psychopathe » par Rapley et Stopsack, dont les pitreries dans le camp Weyland-Yutani apportent une touche d’humour noir.
« Tout le monde a contribué et s’est investi dans ce projet. Nous avons réalisé des plans clés par ordinateur, mais nous étions aussi sur le plateau. Des acteurs ont incarné Bud, des cascadeurs ont interprété ses mouvements, et nous avons intégré ces éléments dans notre travail. C’était très amusant », précise Rapley.
Wētā FX a également déployé une grande finesse visuelle dans des séquences destinées à être imperceptibles pour le spectateur. Ils ont travaillé sur des images de nuit du camp Weyland-Yutani, en ajoutant des éléments numériques aux décors physiques et en créant des environnements entièrement virtuels pour les scènes les plus complexes. Ils ont également géré les changements de luminosité, notamment lors du lever du soleil qui précède l’affrontement final entre le Kalisk, Dek, Thia et sa sœur Tessa (également interprétée par Elle Fanning). « Passer d’une ambiance nocturne à l’aube, avec le soleil qui se lève, a été un défi délicat. Il faut tout vérifier : les nuages, la lumière à l’horizon… Cela demande des jours, des semaines, voire des mois de travail pour obtenir un résultat convaincant », explique Stopsack.
Au terme de « Predator: Badlands », Dek aura certainement mérité de contempler un lever de soleil. Mais on peut espérer que le public saura également apprécier le travail invisible de l’équipe de Wētā FX, au-delà des effets spéciaux spectaculaires.
