Publié le 22 octobre 2025 à 06:20. Un déséquilibre de la flore bactérienne buccale pourrait augmenter significativement le risque de cancer du pancréas, selon une étude récente. Une bonne hygiène bucco-dentaire apparaît donc comme un élément de prévention complémentaire aux recommandations classiques.
- Une flore buccale déséquilibrée pourrait tripler le risque de développer un cancer du pancréas.
- L’étude identifie 27 espèces bactériennes et fongiques impliquées dans ce risque accru.
- Les mauvaises habitudes comme le tabagisme et une alimentation riche en graisses animales modifient le microbiote buccal et augmentent la vulnérabilité.
Au-delà des facteurs de risque connus comme le tabagisme, la consommation d’alcool, une alimentation déséquilibrée et la sédentarité, une nouvelle piste de prévention du cancer du pancréas émerge : l’hygiène bucco-dentaire. Des chercheurs du Perlmutter Cancer Center de l’Université de New York ont mis en évidence un lien significatif entre la composition du microbiote buccal et le développement de cette maladie particulièrement agressive.
L’étude, publiée dans la revue JAMA Oncology, a analysé les données de près de 900 participants issus de vastes cohortes de l’American Cancer Society. Les résultats indiquent que les personnes développant un cancer du pancréas présentent des profils bactériens et fongiques spécifiques dans leur salive. Plus précisément, l’étude révèle que la présence simultanée de certaines espèces bactériennes et fongiques peut augmenter le risque de développer un cancer du pancréas de 3,5 fois.
Les chercheurs ont utilisé des techniques de séquençage d’ADN de pointe pour identifier les micro-organismes présents dans les échantillons de salive. Ils ont ainsi recensé 27 espèces impliquées, dont trois agents pathogènes déjà connus pour causer des lésions parodontales : Porphyromonas gingivalis, Eubacterium nodatum et Parvimonas micra. Une augmentation de ces bactéries est associée à un risque accru, tandis qu’une diminution de huit autres espèces peut avoir un effet protecteur. Parmi les champignons, Candida albicans, un agent pathogène opportuniste courant, est également lié à un risque plus élevé.
Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de prévention et de dépistage. Selon les auteurs, la composition du microbiote buccal pourrait servir de biomarqueur précoce, facilement accessible et peu coûteux, pour identifier les personnes à risque. L’étude souligne également l’importance d’adopter de bonnes habitudes d’hygiène bucco-dentaire, en particulier chez les fumeurs et les personnes ayant une alimentation riche en graisses animales, où le microbiote buccal est particulièrement perturbé.
En effet, le microbiote oral des fumeurs se caractérise par une abondance de Stomatobaculum, Megasphaera, Veillonella, Leptotrichia, Campylobacter et Treponema, tandis que la concentration de Neisseria, Lautropia, Hemophilus et Capnocytophaga est réduite. De même, une alimentation riche en graisses animales favorise la prolifération d’Actinomyces, Corynebacterium, Capnocytophaga, Leptotrichia et Neisseria. Ces déséquilibres, combinés à d’autres facteurs de risque, peuvent augmenter la vulnérabilité au cancer du pancréas.
L’abus d’alcool est également un facteur aggravant, pouvant conduire à une pancréatite chronique, elle-même un facteur de risque de cancer du pancréas. Dans ce cas, le microbiote buccal se modifie, avec une prolifération de Streptococcus mutans, Neisseria, Aggregatibacter et Fusobacterium. Une bonne hygiène bucco-dentaire, associée à une réduction de la consommation d’alcool, pourrait donc contribuer à réduire le risque.
Le cancer du pancréas reste une maladie particulièrement difficile à traiter, avec un taux de survie à cinq ans de seulement 13 %. Cette nouvelle étude souligne l’importance d’une approche globale de la prévention, intégrant l’hygiène bucco-dentaire aux recommandations classiques.
