Publié le 30 novembre 2025 à 11h01. Les marchés boursiers européens connaissent une année exceptionnelle, défiant les prévisions et attirant de nouveau l’attention des investisseurs grâce à une croissance économique en amélioration et un environnement favorable.
- Les marchés européens représentent la moitié des 20 premières capitalisations boursières mondiales, un niveau atteint seulement trois fois auparavant.
- L’indice paneuropéen Stoxx 600 est sur le point de surpasser l’indice américain S&P 500 pour la première fois depuis 2006.
- La force de l’euro, les dépenses publiques allemandes et la performance de secteurs clés comme la banque, la défense et les énergies renouvelables soutiennent cette dynamique.
Les marchés européens affichent une performance remarquable en 2025, surprenant les analystes qui anticipaient une domination américaine portée par Wall Street. Des places comme la Hongrie, la Slovénie et la République tchèque figurent parmi les plus performantes au monde, avec des gains en dollars dépassant les 60 %. L’Allemagne, bien que moins spectaculaire, affiche une progression de 20 % en euros et de 34 % en dollars.
À un mois de la clôture de l’année, l’indice Stoxx 600 se profile comme le plus performant en dollars face au S&P 500 depuis 2006. Cette dynamique est alimentée par plusieurs facteurs, notamment une inflation plus maîtrisée qu’aux États-Unis, l’annonce d’une augmentation des dépenses budgétaires allemandes et l’anticipation d’une reprise des bénéfices des entreprises.
Selon une enquête récente de Bank of America, les actions européennes gagnent en importance dans les portefeuilles des investisseurs, au détriment des actions américaines.
« Au début de l’année, les traders étaient très hésitants face à la reprise en Europe, mais ils ont été contraints d’entrer sur le marché en raison de la surperformance. »
Nick Lux, responsable du trading d’actions internationales chez Bank of America
Nick Lux ajoute qu’il existe encore une marge de progression pour les marchés européens l’année prochaine.
La guerre commerciale américaine favorise l’Europe
L’année 2025 a été marquée par les tensions liées à la guerre commerciale initiée par l’ancien président américain Donald Trump. Dans ce contexte, les pays européens dont l’économie est davantage orientée vers l’intérieur, comme l’Italie et l’Espagne, se sont révélés particulièrement attractifs pour les investisseurs. De plus, l’exposition relativement limitée de la région au secteur de l’intelligence artificielle (IA) constitue un atout, alors que des inquiétudes grandissent quant à une possible bulle technologique aux États-Unis.
Dix marchés européens figurent parmi les 20 plus performants de l’année, un exploit qui n’avait été réalisé qu’en 2004, 2015 et 2023, selon les données disponibles depuis la création de la zone euro. Même si les indices allemand et français occupent des positions moins élevées (34e et 53e respectivement), ils surpassent l’indice Standard & Poor’s 500, classé 63e sur 92 indices mondiaux suivis par Bloomberg.
Un euro en hausse soutient les marchés
La surperformance des marchés européens est également liée à la vigueur de l’euro, qui a augmenté de 12 % par rapport au dollar cette année, suite à l’engagement de l’Allemagne à investir massivement dans la défense et les infrastructures, stimulant ainsi l’activité économique locale. Des dépenses militaires supplémentaires de 2,9 milliards d’euros (3,4 milliards de dollars) devraient être approuvées prochainement par le parlement allemand, favorisant les entreprises nationales, selon un rapport de Bloomberg.
Le retour de l’inflation dans la fourchette cible de la Banque centrale européenne (BCE) permet également à cette dernière de réduire ses taux d’intérêt plus rapidement que la Réserve fédérale américaine. Parallèlement, le dollar a affaibli en raison des inquiétudes suscitées par les droits de douane imposés par Donald Trump, remettant en question le concept d’« exceptionnalisme américain ».
Banque, défense et énergie : les moteurs de la croissance
Les actions européennes ont bénéficié d’une forte dynamique, portée par les secteurs de la banque, de la défense et des énergies renouvelables. Les valeurs bancaires européennes ont enregistré une hausse de 67 %, soutenues par des bénéfices solides, une reprise des fusions-acquisitions et des perspectives de stabilité des taux d’intérêt. Les entreprises de défense, telles que Rheinmetall et Leonardo, ont également vu leurs actions s’envoler, anticipant une augmentation des dépenses militaires. Enfin, les actions liées aux énergies renouvelables ont profité de la demande croissante pour alimenter les infrastructures d’intelligence artificielle.
Le secteur du luxe montre également des signes de reprise, avec des entreprises comme LVMH signalant un retour de la demande des consommateurs après plusieurs trimestres de faiblesse. La demande accrue de minéraux essentiels à la transition énergétique et les difficultés d’approvisionnement ont fait des valeurs minières européennes un investissement privilégié. Même le secteur de la santé, traditionnellement considéré comme défensif, attire les investisseurs grâce à des valorisations attractives et à une atténuation des inquiétudes concernant les prix des médicaments et les risques tarifaires.
« L’Europe est dans une très bonne position en ce moment. Chaque fois qu’il y a des doutes sur la montée du marché américain, l’Europe est là pour vous protéger car elle n’est tout simplement pas surchargée de valeurs technologiques. »
Florian Yelbo, responsable de la macroéconomie chez Lombard Odier Investment Managers
Les analystes prévoient que la croissance des bénéfices des entreprises européennes pourrait enfin combler le retard pris depuis 2023 par rapport à leurs homologues américaines. Les bénéfices des sociétés du Stoxx 600 devraient augmenter de 11 % l’année prochaine, tandis que ceux des sociétés du S&P 500 devraient progresser de 13 % en 2026, selon les données compilées par Bloomberg Intelligence.
Cependant, certains acteurs du marché mettent en garde contre un optimisme excessif, soulignant les risques liés à l’instabilité politique en France, aux incertitudes concernant l’impact des mesures de relance allemandes et à la concurrence accrue de la Chine dans des secteurs clés comme l’automobile et les biens de consommation.
« Les actions européennes sont confrontées à des risques élevés concernant les attentes en matière de bénéfices pour l’année prochaine. Nous pensons que les prévisions des analystes sont trop élevées et que les chances qu’elles soient revues à la baisse sont élevées. »
Marina Zavolok, stratège en chef des actions européennes chez Morgan Stanley
Malgré ces incertitudes, les valorisations boursières européennes restent attractives. Le STOXX 600 se négocie avec une décote de 35 % par rapport au S&P 500 sur la base de son multiple de bénéfices futurs. Une légère amélioration des bénéfices pourrait donc suffire à propulser le marché vers de nouveaux sommets.
Les flux de capitaux témoignent également de l’optimisme persistant des investisseurs. Les fonds d’actions européennes ont attiré environ 52 milliards de dollars cette année, après une sortie de 66 milliards de dollars l’année précédente, selon les données de Bank of America basées sur EPFR Global.
« En janvier, il y aura des allocations vers des marchés en dehors des Etats-Unis. Mais après cela, tout dépendra de la performance. Si l’Europe parvient à démontrer des performances convaincantes, l’argent y affluera. »
Nick Lux, responsable du trading d’actions internationales chez Bank of America
