Publié le 6 décembre 2023 23h38. La Bulgarie est le théâtre de manifestations de grande ampleur contre le gouvernement de Boyko Borissov et Delyan Peevski, dont l’avenir politique s’annonce incertain. Face à la pression populaire, le duo au pouvoir tente de manœuvrer pour conserver ses positions, mais une motion de censure pourrait bien précipiter sa chute.
- Les manifestations de masse remettent en question la légitimité du gouvernement Borissov-Peevski.
- Le Premier ministre Borissov tente de désamorcer la contestation en se concentrant sur des ajustements budgétaires, tout en niant le caractère politique des revendications.
- Une motion de censure déposée par le PP-DB menace la stabilité de la coalition au pouvoir, bien que sa majorité parlementaire semble pour l’instant solide.
La question de la durée du pouvoir de Boyko Borissov et de Delyan Peevski est désormais au cœur du débat politique bulgare. Après des semaines de contestation sociale, la pression monte sur le gouvernement, confronté à une vague de protestations sans précédent. Le tandem au pouvoir semble déterminé à maintenir le statu quo, ayant réussi à placer ses proches à des postes clés de l’administration et à contrôler une large part des ressources de l’État.
Cependant, l’ampleur des manifestations, qui ont rassemblé des milliers de personnes dans les rues, rend impossible l’ignorance de la voix populaire. Boyko Borissov a tenté de répondre à la colère des manifestants en promettant de revoir le budget de l’État, en supprimant les mesures qui déplaisent aux employeurs. Cette stratégie vise à dépolitiser la protestation, en la présentant comme une simple contestation budgétaire. Il cherche à minimiser la dimension politique du mouvement, insistant sur le fait que les manifestants ne s’opposent pas à lui personnellement, mais à des décisions économiques.
Mais cette approche ne convainc pas les contestataires, qui exigent le départ de Borissov et de Peevski de la scène politique. Le leader du parti “New Beginning” qualifie même les manifestations de “tribunal populaire”. Borissov, quant à lui, rejette toute responsabilité politique, invoquant des complots orchestrés par des entreprises ou des opposants à l’adhésion à la zone euro. Il accuse notamment les entreprises et les jeunes d’être manipulés par des forces obscures.
Cette attitude, perçue comme un déni de la réalité par de nombreux citoyens, a contribué à alimenter la colère et à attiser les tensions. La bataille se joue désormais au Parlement, avec le dépôt d’une motion de censure par le PP-DB. Malgré cette menace, la coalition au pouvoir semble pour l’instant soudée, aucun parti ne souhaitant prendre le risque de provoquer des élections anticipées.
Le BSP et ITN, en particulier, semblent confortables dans cette situation, craignant les incertitudes d’un scrutin. Delyan Peevski, quant à lui, n’a aucune raison de se plaindre, l’opposition lui attribuant le contrôle de nouveaux postes au sein de l’appareil d’État. Il bénéficie également d’une position particulière, n’étant pas formellement membre de la coalition gouvernementale et donc moins directement responsable de ses actions.
La situation est plus délicate pour Boyko Borissov, dont le parti, GERB-SDS, est responsable de la formation du gouvernement actuel. Un échec du cabinet actuel pourrait ternir son image et compromettre ses chances lors de futures élections. Il a d’ailleurs clairement indiqué que sa priorité est désormais de défendre les intérêts de son parti, tout en tenant compte de l’opinion publique.
« Celui qui veut que nous gouvernions gouvernera comme le peuple et nous le voulons. Sinon, des élections anticipées. Nous l’avons adopté huit fois, nous l’adopterons seize autres s’il le faut. »
Boyko Borissov, chef du GERB-SDS
Borissov envisage même la possibilité de démissionner, afin de laisser la place à un gouvernement intérimaire qu’il pourrait contrôler, assurant ainsi la continuité de sa politique et se dégageant de la responsabilité des préparatifs de l’adhésion à la zone euro. Il espère ainsi calmer la rue et se présenter aux prochaines élections avec le slogan d’un complot visant à déstabiliser le pays.
Quoi qu’il en soit, la coalition au pouvoir risque de subir de lourdes pertes lors des prochaines élections, en raison de la contestation sociale. En démissionnant, Borissov pourrait limiter les dégâts pour son parti et conserver une influence sur l’État grâce au gouvernement intérimaire. L’issue de cette crise politique reste incertaine, et le rôle du président Roumen Radev, dont les pouvoirs sur le gouvernement intérimaire sont importants, pourrait être déterminant.
