Publié le 12 janvier 2026 à 05h10. Le Venezuela a massivement investi dans l’armement au cours des deux dernières décennies, malgré une crise économique et sociale profonde, soulevant des questions sur l’efficacité de cette politique de défense et l’utilisation des fonds publics.
- Les dépenses militaires vénézuéliennes ont connu trois phases distinctes : une forte augmentation jusqu’en 2013, une baisse significative suite à la crise économique, puis une reprise depuis 2021.
- La Russie et la Chine sont les principaux fournisseurs d’armes du Venezuela, pour un montant estimé à plus de 5 milliards de dollars pour la seule Russie dans les années 2000.
- Des transferts d’armes non comptabilisés, via des paiements en pétrole, or et autres minéraux, compliquent l’évaluation précise des dépenses militaires vénézuéliennes.
Selon des données de la Banque mondiale et du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), les acquisitions d’armes par le gouvernement vénézuélien se sont déroulées en trois étapes clés. Entre 2000 et 2013, le pays a connu une augmentation notable de ses dépenses militaires, atteignant un pic de près de 6,2 milliards de dollars en 2013. Cette période a été marquée par des achats importants auprès de la Russie, notamment des avions et des chars Sukhoi, financés par des prêts russes et des revenus pétroliers.
La crise économique qui a frappé le Venezuela à partir de 2014 a entraîné une chute drastique des dépenses militaires, qui se sont stabilisées à un niveau beaucoup plus bas. Cependant, à partir de 2021, on observe une reprise, avec des dépenses atteignant 4,6 milliards de dollars en 2024, par rapport au plus bas historique de 2021.
Outre la Russie, la Chine est également un fournisseur important d’armes pour le Venezuela, notamment de drones et de missiles. Ces achats sont souvent réglés par des crédits chinois et des contrats énergétiques. Des transferts d’armes en provenance d’Iran ont également été signalés, notamment de drones de combat et de technologie militaire, mais le montant total de ces transactions reste confidentiel.
Une part significative des achats d’armes n’est pas comptabilisée officiellement, car ils se font par le biais de transferts dissimulés, où les paiements ne transitent pas par le système financier traditionnel, mais sont effectués en pétrole, or, diamants et autres minéraux. Cette opacité rend difficile l’évaluation précise des dépenses militaires du Venezuela.
Face à ces dépenses massives, une question se pose : comment le gouvernement vénézuélien justifie-t-il ce gaspillage, alors que le pays est confronté à une crise humanitaire aiguë dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’alimentation, des services publics et de la sécurité ? L’attaque armée menée par les États-Unis le 3 janvier dernier, qui a révélé en quelques heures les faiblesses du dispositif de défense vénézuélien, soulève également des interrogations sur l’efficacité de cette politique.
La démission du général chargé de la sécurité de Maduro sera-t-elle suffisante pour répondre à ces interrogations, ou d’autres responsables devront-ils être tenus pour responsables ? Vladimir Padrino, le chef de l’armée, sera-t-il épargné ? Des soupçons de détournement de fonds et de corruption au sein de l’appareil de sécurité du régime alimentent les critiques et interrogent sur l’avenir de la défense vénézuélienne.
