Publié le 18 décembre 2025 à 06h15. L’ancien président américain Donald Trump a ordonné un blocus ciblé du pétrole vénézuélien, une mesure qui pourrait intensifier les tensions géopolitiques et avoir des conséquences économiques majeures pour Caracas et ses partenaires commerciaux, notamment la Chine.
- Donald Trump a annoncé un blocus ciblé sur le pétrole vénézuélien, visant les navires sanctionnés.
- Washington accuse le Venezuela de violations des sanctions et de liens avec le terrorisme et le trafic de drogue.
- Le régime de Maduro dénonce une tentative d’appropriation illégale de ses ressources naturelles.
L’administration Trump a pris des mesures concrètes pour entraver les exportations pétrolières du Venezuela, en ciblant spécifiquement les pétroliers sanctionnés. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et le gouvernement de Nicolás Maduro, que Washington refuse de reconnaître comme légitime.
Mardi, Donald Trump a déclaré sur sa plateforme Truth Social :
« Aujourd’hui, j’ordonne UN BLOCAGE TOTAL ET COMPLET DE TOUS LES PÉTROLES SANCTIONNÉS entrant et sortant du Venezuela. »
Donald Trump, ancien président des États-Unis
Selon Washington, le pétrolier Skipper, arraisonné le 10 décembre par les forces américaines au large du Venezuela, était impliqué dans le transport de pétrole en violation des sanctions américaines et vénézuéliennes, ainsi que des réseaux d’évasion liés au pétrole iranien. Le navire, chargé de 1,9 million de barils de pétrole brut, avait appareillé de Puerto José, au Venezuela.
Actuellement, 18 pétroliers sanctionnés par les États-Unis sont entièrement chargés de pétrole dans les eaux vénézuéliennes, selon le portail Axios. Huit de ces navires sont de grands cargos, comme le Skipper. L’administration Trump envisage de saisir ces pétroliers s’ils entrent en eaux internationales.
Le régime de Maduro a fermement condamné cette initiative, la qualifiant de « menace grotesque » et d’« irrationnelle ». Dans un communiqué, le gouvernement vénézuélien a accusé les États-Unis de vouloir s’approprier illégalement les richesses du pays, notamment le pétrole et les terres, et de l’associer à des accusations de terrorisme, de trafic de drogue et de traite des êtres humains.
Le Venezuela exportait en moyenne 921 000 barils de pétrole brut par jour depuis novembre 2025, atteignant le troisième plus haut niveau de l’année, malgré la pression militaire et politique croissante des États-Unis. 80 % de ces exportations étaient destinées à la Chine, et environ 150 000 barils aux États-Unis, principalement via des licences spéciales accordées à Chevron, la seule entreprise nord-américaine autorisée à exporter selon les règles de la Maison Blanche.
Entre janvier et octobre de cette année, les ventes de pétrole brut et de produits pétroliers du Venezuela ont atteint environ 12,25 milliards de dollars. Ce chiffre représente une baisse de près de 5 % par rapport à la même période en 2024, malgré un volume d’exportation légèrement supérieur, en raison d’un prix moyen du pétrole brut plus bas sur les marchés internationaux et de rabais accordés aux intermédiaires.
Les revenus pétroliers représentent 53 % des revenus actuels de l’État vénézuélien, selon le projet budgétaire du Venezuela pour 2025. Avant 2017, environ 95 % des devises provenant des exportations provenaient du pétrole brut.
Pour le politologue vénézuélien José Vicente Carrasquero, l’ordre de Trump aura un impact immédiat et grave sur les finances du régime.
« L’effet direct est le manque absolu de liquidités. Si vous ne pouvez pas vendre du pétrole, vous n’avez aucun revenu, et cela se répercute instantanément sur les finances du pouvoir. »
José Vicente Carrasquero, politologue vénézuélien
Il souligne également que le système économique vénézuélien est opaque, avec des comptes mal audités et une documentation incomplète, ce qui aggrave l’impact de la mesure.
Carrasquero estime que l’objectif de Washington dépasse la simple pression économique.
« Trump cherche à démanteler ce qu’il considère comme une structure criminelle, liée au trafic de drogue et à la traite des êtres humains, tout en soulignant l’illégitimité de Maduro, qui n’a pas été élu. »
José Vicente Carrasquero, politologue vénézuélien
Francesco Tucci, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université péruvienne des sciences appliquées (UPC), explique que, du point de vue du droit international, le blocus ciblé se situe dans une zone grise juridique. Il ne s’agit pas d’une déclaration de guerre formelle, mais ne peut pas non plus être considéré comme une simple mesure économique. L’ONU considère le blocus des ports ou des côtes comme un acte typique d’agression.
Cependant, ce blocus est sélectif, ne visant que les « pétroliers sanctionnés ». Cette sélectivité, combinée à l’annonce via les réseaux sociaux, empêche qu’il soit reconnu comme un blocus de guerre au sens strict. L’utilisation de la force navale pour empêcher les opérations commerciales en haute mer l’éloigne également du cadre de la pression économique classique.
Tucci met en garde contre le risque d’escalade militaire si les États-Unis interceptent des navires en provenance de pays tiers, notamment de Chine ou d’Iran. Il rappelle que la Convention sur le droit de la mer protège la liberté de navigation en haute mer et que toute intervention pourrait être interprétée comme une violation grave, voire comme une « piraterie d’État ». Il cite les crises passées, comme celle de Cuba en 1962, le blocus du Kosovo en 1999 et celui du Liban, où des actions similaires sans déclaration de guerre ont conduit à des conflits majeurs.
Concernant son efficacité politique au Venezuela, Tucci suggère que le blocus ne forcera guère le départ immédiat de Maduro, les sanctions n’ayant pas réussi à briser le régime par le passé. Il conclut que le blocus apparaît comme un pari à haut risque qui pourrait impliquer une pression maximale pour forcer Maduro à négocier, ou le prologue à une escalade majeure.
