Publié le 13 novembre 2024 à 15h36. L’acquisition du fournisseur de services cloud Solvinity par une entreprise américaine suscite des inquiétudes quant à la souveraineté des données publiques néerlandaises, notamment celles gérées pour le compte de l’État et des collectivités locales.
- L’acquisition de Solvinity par une entité américaine soulève des questions de sécurité et d’indépendance des données sensibles.
- Un expert met en garde contre le risque de voir les autorités néerlandaises soumises à une influence extérieure, notamment américaine.
- Des alternatives européennes existent, mais nécessitent une volonté politique et une approche plus large en matière de stockage de données.
L’acquisition du fournisseur de services cloud Solvinity par une entreprise américaine est au cœur des préoccupations de Bert Hubert, développeur logiciel. Solvinity héberge en effet les données de nombreuses administrations publiques néerlandaises, ce qui rend cette reprise particulièrement sensible. « Ce qui était spécifiquement recherché, c’était un fournisseur qui ne soit pas américain. Or, voilà que cela change du tout au tout », explique-t-il.
Selon Hubert, deux risques majeurs découlent de ce transfert de contrôle. « Premièrement, nous vivrons désormais sous le joug d’un interrupteur. Si les États-Unis se méfient de nous, si un président comme Trump nous désapprouve, ils pourraient nous déconnecter du cloud et nous empêcher de poursuivre nos activités. Ce scénario s’est déjà produit avec la Cour pénale internationale et avec l’Amsterdam Trade Bank », alerte-t-il.
« Deuxièmement », poursuit-il, « il est troublant de penser que chaque fois qu’un nouveau passeport est délivré ou qu’un nouveau citoyen néerlandais est enregistré, les États-Unis en sont informés en premier lieu. Cela remet en question notre souveraineté nationale. »
La question de la protection des données personnelles est également soulevée. La législation néerlandaise et européenne en matière de protection de la vie privée, comme le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), sera-t-elle réellement respectée par une entreprise américaine ? « Il est désormais clair que la législation américaine prime pour les entreprises américaines », souligne Hubert. « Si la loi américaine autorise l’accès à nos données, cela pourrait se produire. »
Face à cette situation, l’État néerlandais pourrait-il rompre son contrat avec Solvinity ? « C’est tout à fait possible », répond le développeur logiciel. Cependant, cela ne résoudrait pas complètement le problème. « Nous serions déjà dépendants de cette entreprise et devrions alors tout migrer vers un autre fournisseur. »
Les conséquences potentielles d’un maintien de la collaboration avec Solvinity après la vente sont, selon Hubert, encore plus préoccupantes. « Si les Pays-Bas souhaitent adopter une position ferme sur la situation à Gaza, par exemple, un doute subsistera toujours quant à la nécessité de ne pas contrarier les Américains. »
« C’est un problème concret dès le premier jour », insiste-t-il. « Même si cela ne se produit pas, nous devons agir avec prudence, ce qui n’est pas souhaitable pour un pays. »
Hubert estime que l’État a une part de responsabilité dans cette situation. « Solvinity était détenu depuis dix ans par un fonds d’investissement. Il était donc prévisible que l’entreprise soit à nouveau vendue. »
« On aurait pu s’y attendre », affirme-t-il. Il espère désormais que les autorités et les collectivités locales pourront se dégager de leurs contrats.
Hubert préconise de s’inspirer de l’exemple de la France, qui travaille depuis plusieurs années à la création d’un cloud souverain, avec des règles strictes et un accès réservé aux entreprises françaises ou européennes. « La France fait mieux, mais d’autres pays sont moins ambitieux. L’Allemagne, par exemple, a accepté que les entreprises créant une filiale allemande puissent continuer à utiliser des clouds américains. »
Pour l’heure, Hubert recommande aux Pays-Bas de ne pas tout stocker dans le cloud. « Nous constatons que certains systèmes fonctionnent parfaitement sur nos propres serveurs, comme ceux de l’administration fiscale. » Il appelle les autorités à reconsidérer l’utilisation de leurs serveurs. « Ne nous précipitons pas vers le cloud américain simplement parce que tout le monde le fait. »
Il encourage également à explorer les alternatives européennes existantes, mais insiste sur la nécessité d’une approche réaliste. « Nous ne pouvons pas vouloir faire exactement la même chose que les Américains. Nous n’en avons pas les moyens. Mais en élargissant notre champ de vision, nous pouvons trouver des solutions adaptées à nos besoins. »
