Publié le 11 décembre 2025 à 20h57. L’administration Trump a dévoilé un nouveau programme d’immigration controversé, la « Carte d’Or », offrant une voie accélérée vers la résidence permanente – et potentiellement la citoyenneté – aux États-Unis en échange d’investissements financiers substantiels, suscitant des critiques sur un possible système à deux vitesses.
- La « Carte d’Or » permet d’obtenir un statut de résident en échange d’un investissement initial de 15 000 dollars, suivi d’un versement supplémentaire d’un million de dollars (environ 927 000 euros).
- Une version « Platine », encore plus exclusive, est proposée à 5 millions de dollars (environ 4,6 millions d’euros) et offre des avantages fiscaux supplémentaires.
- Des experts juridiques préviennent que cette initiative pourrait être contestée en justice, estimant qu’elle dépasse les prérogatives du président en matière de politique d’immigration.
Washington – Le président Donald Trump a lancé mercredi un programme d’immigration inédit, baptisé « Carte d’Or », qui promet une voie rapide vers la résidence aux investisseurs étrangers fortunés. Ce dispositif, présenté par la Maison Blanche comme un moyen d’attirer des « talents inestimables » aux États-Unis, a immédiatement soulevé des questions quant à sa légalité et à son potentiel de créer un système d’immigration privilégiant les grandes fortunes.
Selon le portail officiel du programme, qui affiche la devise « Débloquez votre vie aux États-Unis », les candidats doivent d’abord régler des frais d’inscription de 15 000 dollars (environ 13 800 euros), non remboursables. Après une vérification des antécédents, ils devront ensuite fournir un investissement supplémentaire d’un million de dollars (environ 927 000 euros) pour prouver que leur présence « bénéficiera substantiellement au pays ». L’administration américaine assure que le processus pourrait être achevé « en quelques semaines ».
Une version « entreprise » du programme permet aux sociétés de parrainer des employés étrangers en payant les mêmes frais administratifs et deux millions de dollars (environ 1 854 000 euros) par travailleur, avec la possibilité de transférer le parrainage entre employés « pour une somme modique ».
Le lancement s’accompagne de la distribution d’une carte physique en or, au format carte de crédit, ornée d’une photo de Donald Trump, symbolisant l’adhésion au nouveau programme. Pour ses détracteurs, cette esthétique ostentatoire souligne le contraste entre la rhétorique anti-immigration du gouvernement – marquée par des raids, des expulsions rapides et des restrictions à l’asile – et cette ouverture sélective aux individus capables de mobiliser des capitaux considérables.
Les experts en immigration anticipent une bataille juridique. « Un président ne peut pas créer unilatéralement une nouvelle catégorie de visa », a rappelé l’avocate Sara MacPherson du Bay Area Immigration Institute. Le Washington Post rapporte que des clients de son cabinet, en attente de réponses concernant des dossiers simples depuis des années, voient là une voie express réservée aux ultra-riches.
En juillet dernier, des spécialistes interrogés par Le Washington Post avaient déjà souligné qu’un tel programme nécessiterait l’approbation du Congrès.
Le gouvernement avait esquissé une mesure similaire en février, en proposant de remplacer le visa pour investisseurs étrangers par une carte coûtant 5 millions de dollars (environ 4,6 millions d’euros). En septembre, Donald Trump avait signé un décret autorisant la création d’un visa supervisé par le secrétaire au Commerce, destiné aux personnes ayant effectué un « don financier important » au pays.
La Maison Blanche mise sur la « Carte d’Or » pour devenir un outil de recrutement pour les grandes entreprises, notamment après avoir renforcé les exigences du visa H-1B, largement utilisé par le secteur technologique. Donald Trump a affirmé qu’Apple, par exemple, « serait satisfaite » et a mentionné que son PDG, Tim Cook, avait exprimé des difficultés à recruter des talents internationaux formés dans les universités américaines. Le président estime que le programme pourrait rapporter « probablement des milliards de dollars » aux caisses de l’État.
Quelques heures après le lancement, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a précisé que le visa était destiné aux personnes dotées de « capacités extraordinaires » et capables d’apporter des « avantages substantiels » à l’économie américaine. Mais l’ambition du projet ne s’arrête pas là : le gouvernement a confirmé l’existence d’une version supérieure, la « Carte Platine », dont le prix initial sera de 5 millions de dollars (environ 4,6 millions d’euros). Le site officiel a déjà activé une liste d’attente et avertit que le prix pourrait augmenter. La « Carte Platine » offrirait notamment la possibilité de séjourner jusqu’à 270 jours par an aux États-Unis sans payer d’impôts sur les revenus générés à l’étranger, un avantage supplémentaire pour les grandes fortunes internationales.
Les critiques dénoncent un approfondissement d’un système d’immigration à deux vitesses, avec des avantages disproportionnés pour les plus riches et des risques de blanchiment d’argent. Les organisations de défense des droits des immigrants soulignent que, tandis que des milliers de demandeurs d’asile et de travailleurs qualifiés attendent depuis des années une réponse à leur demande, le gouvernement ouvre une voie préférentielle aux investisseurs millionnaires.
Le lancement de la « Carte d’Or » s’inscrit dans une stratégie plus large de la Maison Blanche visant à réformer l’immigration légale. Outre les nouvelles restrictions imposées aux demandes d’asile, l’administration a promu un nouveau système d’interdiction de voyager, des contrôles plus stricts pour les touristes entrant avec le système ESTA et des restrictions sur les différents types de visas existants.
La réaction politique a été immédiate. Les élus démocrates ont dénoncé la volonté de Donald Trump de transformer les États-Unis en un « pays pour les super-riches » et ont souligné que cette mesure reflétait la composition de son cabinet, considéré comme le plus aisé de l’histoire moderne. Les analystes avertissent que ce programme ouvre un nouveau chapitre dans le débat sur qui peut – et qui ne peut pas – accéder au rêve américain.
Agence ANSA et journal Le Washington Post
