Publié le 26 avril 2024 18:32:00. L’administration Trump envisage de fournir à l’Ukraine des missiles Tomahawk, capables de frapper en profondeur le territoire russe, une décision qui marque un tournant potentiel dans la stratégie américaine et pourrait intensifier les tensions avec Moscou.
- L’ancien président Donald Trump étudie la possibilité de livrer des missiles de croisière Tomahawk à l’Ukraine.
- Des responsables de l’équipe Trump semblent également autoriser implicitement Kiev à frapper des cibles militaires en Russie.
- Cette évolution intervient alors que la Russie a récemment testé un nouveau missile, l’Oreshnik, en réponse à l’aide militaire occidentale à l’Ukraine.
Un changement de cap radical semble se profiler à Washington concernant le soutien militaire à l’Ukraine. Selon JD Vance, vice-président de Donald Trump, ce dernier examine activement la possibilité de fournir à Kiev des missiles Tomahawk, des armes de précision à longue portée. « Nous avons des conversations à ce stade sur cette question », a déclaré Vance à la chaîne Fox News dimanche, précisant que Trump prendra une « décision finale » à ce sujet.
Parallèlement, Keith Kellogg, l’envoyé de Trump en Ukraine, a laissé entendre que Kiev aurait reçu le feu vert pour mener des frappes en profondeur sur le territoire russe. « Utilisez la capacité d’atteindre profondément », a-t-il affirmé, ajoutant qu’ « il n’y a pas de sanctuaires ». Kellogg a toutefois nuancé ses propos, expliquant qu’il faisait écho aux déclarations publiques de JD Vance et du secrétaire d’État américain Marco Rubio, et non à une nouvelle orientation de la politique de la Maison Blanche. Néanmoins, l’idée d’équiper l’Ukraine de Tomahawk – dont la portée permettrait de frapper des cibles russes – est sérieusement envisagée, ou du moins, c’est l’impression que l’équipe Trump souhaite donner.
Ce revirement est d’autant plus surprenant que, seulement il y a quelques mois, Vladimir Poutine était reçu avec les honneurs en Alaska. La perspective de voir les États-Unis fournir à l’Ukraine un armement capable de frapper le territoire russe représente un défi majeur pour le Kremlin. Il y a sept mois, Trump affirmait encore que l’Ukraine « n’avait pas de chance ». Quelques jours après avoir suggéré sur son réseau social Truth Social que Kiev pourrait récupérer tous les territoires occupés, cette nouvelle position marque un changement de 180 degrés, avec des implications potentiellement importantes.
Le Tomahawk, rendu célèbre lors de la guerre du Golfe en 1991, est une arme sophistiquée réservée aux alliés les plus proches des États-Unis, tels que le Royaume-Uni et le Japon. Il existe quatre modèles, le plus récent étant le Block IV, capable de fournir des informations en temps réel sur les cibles et de modifier sa trajectoire en vol. Washington envisagerait de vendre ces missiles à des pays européens qui les livreraient ensuite à Kiev. Une telle décision ne manquera pas d’inquiéter Moscou, qui y verrait une augmentation significative des capacités militaires ukrainiennes.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié ce sujet de « sensible » et s’est montré peu loquace à ce sujet. L’Ukraine a déjà démontré sa capacité à frapper des infrastructures russes à longue distance, notamment des raffineries de pétrole, causant des pénuries de carburant dans le pays. Kiev a prouvé que des drones relativement peu coûteux pouvaient atteindre des cibles en Sibérie, en utilisant des tactiques innovantes. Cependant, les Tomahawk représenteraient un nouveau type de menace pour les défenses aériennes russes, rendant vulnérables des bâtiments gouvernementaux à Moscou et des infrastructures militaires clés.
La question est de savoir si cette initiative s’inscrit dans une stratégie d’« ambiguïté stratégique », laissant l’Ukraine assumer la responsabilité des frappes de Tomahawk, ou si les États-Unis pourraient même revendiquer indirectement ces attaques. L’analyse des débris des missiles pourrait révéler l’origine des tirs. Il est peu probable que l’implication américaine puisse être dissimulée, et Moscou pourrait être contrainte de réagir de manière similaire.
Deux précédents historiques peuvent éclairer les intentions de Washington. Le premier est la décision de l’administration Biden d’autoriser l’Ukraine à utiliser des missiles ATACM à l’intérieur de la Russie. En réponse, Poutine a lancé un nouveau missile, l’Oreshnik, sur Dnipro, ciblant un entrepôt presque vide.


Ce missile, présenté comme un IRBM (missile balistique à portée intermédiaire) potentiellement capable d’emporter une charge nucléaire, a été décrit par le Kremlin comme capable de contourner les défenses européennes. Cependant, les experts ukrainiens ont souligné qu’il s’agissait d’une version modernisée d’un modèle plus ancien, le RS26, et ont relevé la présence de composants vieillissants. Il s’agirait donc davantage d’une démonstration de force symbolique qu’d’un véritable progrès technologique, une réponse à l’escalade américaine.
Le second précédent remonte à l’administration Trump, qui avait menacé d’imposer des sanctions secondaires à l’Inde et à la Chine pour avoir continué à acheter du pétrole russe, en réaction à des négociations diplomatiques jugées insincères. Trump avait exigé que l’Europe cesse également d’importer des hydrocarbures russes pour aller plus loin. Pour l’instant, cette pression n’a pas abouti.
Le sort du débat sur les Tomahawk pourrait être similaire. Il est possible que Donald Trump, fidèle à ses habitudes, finisse par renoncer à une action trop destructrice et maintienne une relation privilégiée avec Vladimir Poutine, dont l’énigme perdure.
