Publié le 17 décembre 2025 23:03:00. Pour la première fois depuis la condamnation à vie d’Alejandro Gil Fernández pour corruption, le président cubain Miguel Díaz-Canel a publiquement évoqué l’ancien ministre de l’Économie, le présentant comme un exemple de trahison de la Révolution et réaffirmant une ligne dure face à la dissidence.
- Miguel Díaz-Canel a dénoncé Alejandro Gil Fernández comme un « traître » lors d’une réunion du Comité central du Parti communiste cubain (PCC).
- Le discours du président s’appuie fortement sur la rhétorique de Fidel Castro, insistant sur la lutte idéologique entre patriotes et traîtres.
- Le procès de Gil Fernández s’est déroulé à huis clos, suscitant des doutes quant à sa transparence et sa légitimité.
Dans une intervention remarquée lors de la XIe séance plénière du Comité central du PCC, Miguel Díaz-Canel a rompu avec son silence sur le cas d’Alejandro Gil Fernández, l’ancien ministre de l’Économie condamné en décembre dernier à la prison à vie pour espionnage, corruption et autres crimes économiques. Cette prise de parole, la première depuis la sentence, ne visait pas tant à apporter des éclaircissements sur les motifs de la condamnation qu’à réaffirmer les valeurs et les principes du régime cubain.
Díaz-Canel a construit son discours comme un avertissement à l’élite dirigeante, abandonnant le langage technocratique qu’il avait autrefois favorisé – avec Gil comme figure importante de ses réformes – pour revenir à un ton épique et moralisateur. Il a insisté sur la nécessité d’une loyauté sans faille envers la Révolution, opposant les « patriotes » aux « traîtres » et aux « vendus ».
Le président a abondamment cité Fidel Castro, utilisant ses paroles pour souligner la vulnérabilité humaine face à la tentation et la nécessité d’un sacrifice conscient pour la cause révolutionnaire. Il a notamment évoqué une réflexion de Castro sur la capacité de l’être humain au sacrifice :
« L’ennemi connaît très bien les faiblesses de l’être humain dans sa recherche d’espions et de traîtres, mais il ne connaît pas le revers de la médaille : l’énorme capacité de l’être humain au sacrifice conscient et à l’héroïsme. »
Fidel Castro
Díaz-Canel a également puisé dans le discours prononcé par Castro lors du Congrès métallurgique de 1960, soulignant que la Révolution révèle inévitablement les imposteurs et les déloyaux :
« Une révolution nous apprend quels sont les hommes et les femmes qui servent et lesquels ne servent pas ; […] qui sont faits d’égoïsme, d’ambition, de déloyauté, de trahison ou de lâcheté. »
Fidel Castro
Avant de nommer explicitement Gil Fernández, Díaz-Canel a dressé un portrait général des individus qui profitent des difficultés du pays, entravent le progrès ou trahissent la confiance de la nation. Il a qualifié l’affaire Gil de « cas dénigrant », soulignant que la Révolution ne tolère aucun comportement de ce type.
« Je ne pense pas qu’il existe des expressions plus précises pour décrire les actions d’Alejandro Gil, du cas dégradant duquel nous devons tirer des expériences et des enseignements, en précisant, avant tout, que la Révolution a une tolérance zéro envers ces comportements », a-t-il déclaré.
Le revirement est saisissant. Autrefois considéré comme un architecte clé des réformes économiques cubaines, Gil Fernández a été publiquement dénoncé par celui qui fut son directeur de thèse et son fervent défenseur. Díaz-Canel l’a qualifié de « traître », de « vendeur de pays », d’« égoïste », d’« ambitieux » et de « déloyal ».
Le procès de Gil Fernández, qui s’est déroulé à huis clos le 8 décembre, a été critiqué pour son manque de transparence. Aucune preuve n’a été rendue publique et le dossier reste confidentiel, alimentant les doutes quant à la légitimité de la procédure. Les accusations portées contre lui incluent l’espionnage, la corruption, le vol de documents et la violation de la réglementation sur les informations classifiées.
De nombreux observateurs interprètent cette affaire comme une purge politique visant à consolider le pouvoir du régime et à détourner l’attention de la profonde crise économique que traverse Cuba, marquée par des coupures d’électricité récurrentes, une inflation galopante et des pénuries alimentaires. Dans ce contexte, la figure de l’ennemi intérieur permet de réaffirmer l’autorité et de justifier le statu quo.
Le discours de Díaz-Canel illustre la manière dont le régime cubain réécrit l’histoire pour servir ses intérêts, effaçant les figures autrefois valorisées et les transformant en symboles de la trahison. L’héritage de Fidel Castro est utilisé comme un outil de légitimation et de contrôle, empêchant toute autocritique et renforçant le système en place.
