Publié le 9 décembre 2025 15:39:00. Des entreprises et hommes d’affaires russes sanctionnés par l’Union européenne ont lancé une offensive juridique sans précédent contre l’UE et ses États membres, réclamant plus de 53 milliards d’euros au total. Ces recours, déposés via des mécanismes d’arbitrage international, pourraient compromettre l’efficacité des sanctions européennes et l’aide financière à l’Ukraine.
- Des entreprises russes réclament plus de 53 milliards d’euros à l’UE et à ses États membres suite aux sanctions imposées.
- La majorité de ces recours sont basés sur le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS).
- L’UE tente de contrer cette offensive juridique en bloquant l’application des décisions d’arbitrage potentiellement défavorables.
L’offensive juridique est menée en utilisant le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS), un outil initialement conçu pour protéger les investissements étrangers contre les expropriations illégales. Ce dispositif permet désormais aux investisseurs de contourner les tribunaux nationaux et européens pour contester les décisions gouvernementales. Selon la Coalition européenne pour la justice commerciale, 28 cas d’arbitrage d’investissement ont été enregistrés, dont certains impliquent la saisie d’actifs.
Le fondateur du groupe Alfa, Mikhaïl Fridman, dont la fortune est estimée à 15,2 milliards de dollars par Forbes, est à l’origine de la plus importante réclamation : 16 milliards de dollars réclamés au gouvernement luxembourgeois pour le gel de ses avoirs. Il a également engagé des poursuites contre le Royaume-Uni. D’autres personnalités russes sanctionnées, telles que Roman Abramovich, Pyotr Aven, Alexey Mordashov, Alisher Usmanov et Alexey Kuzmichev, ont également déposé des plaintes. Rosneft, la compagnie pétrolière russe, menace quant à elle de poursuivre l’Allemagne pour 7 milliards de dollars en raison de la possible perte d’actifs, notamment d’une importante raffinerie de pétrole située à Schwedt.
Des investisseurs privés ont également rejoint cette vague de recours. En septembre et octobre 2025, quatre investisseurs russes dont les fonds étaient détenus par Euroclear ont notifié à la Belgique leur intention de déposer des réclamations. Ces démarches interviennent alors que l’UE débat de la possibilité d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer une aide à l’Ukraine, un « prêt de réparation ». Le Premier ministre belge Bart De Wever a publiquement exprimé son inquiétude face au risque de poursuites judiciaires dans ce contexte.
Face à cette multiplication des plaintes, l’UE a commencé à prendre des mesures pour limiter l’impact de ces recours. Le 18e paquet de sanctions contre la Russie, selon l’ Institut international du développement durable, contient des dispositions visant à empêcher la reconnaissance et l’exécution, sur le territoire européen, des sentences arbitrales défavorables si elles compromettent l’efficacité des sanctions.
