Publié le 26 octobre 2023. Au début des années 1990, un groupe autoproclamé amérindien, dirigé par un charismatique gourou canadien, a tenté de s’implanter en Finlande, suscitant à la fois curiosité et inquiétudes avant que des accusations graves ne mettent fin à leur expérience.
- Un groupe, initialement appelé La Tribu puis Ecoovie et enfin Iriadamant, a été invité en Finlande par un député pour une étude sur l’autonomie.
- Les conditions de vie précaires et les pratiques sectaires du groupe ont rapidement soulevé des questions, notamment après la mort d’un jeune enfant.
- Le chef du groupe, Pierre Doris Maltais, était soupçonné de fraude, de trafic d’armes et d’abus sexuels, et a finalement fui le pays.
L’histoire d’Iriadamant, dont les racines remontent à 1973, commence avec la fondation d’un groupe par Pierre Doris Maltais, un Canadien qui se présentait comme un descendant des peuples autochtones. Ce dernier, qui a également utilisé de multiples identités, se posait en guide spirituel, prônant un mode de vie en harmonie avec la nature. Le noyau du groupe était composé de Français, de Canadiens et de Belges, qui gagnaient initialement leur vie en vendant des produits artisanaux avant de partir en tournée mondiale pour diffuser leurs croyances animistes – une forme primitive de religiosité attribuant une âme aux éléments naturels, aux animaux et aux plantes.
Dans les années 1990, le groupe adopte le nom d’Iriadamant, avec l’ambition de créer une nouvelle ethnie dotée de sa propre culture, de ses propres coutumes, de sa propre musique et, à terme, de sa propre langue. C’est à ce moment-là qu’Erkki Pulliainen, professeur finlandais à l’université d’Oulu et député de la Ligue verte, s’intéresse à ce groupe vivant en Italie. Il décide de les inviter en Finlande dans le but de mener une recherche sur la capacité humaine à s’adapter à la vie sauvage et à l’autonomie. Le projet devait être supervisé par l’Université d’Helsinki.
À l’automne 1991, le campement d’Iriadamant est établi à Kittilä, dans le nord de la Finlande. Grâce à l’intervention de Pulliainen, un permis de séjour temporaire est obtenu pour un groupe de 140 personnes arrivées via la Suède. L’étude devait durer sept ans, après quoi Maltais et ses disciples devaient devenir totalement autonomes. Initialement, les Finlandais considéraient le groupe comme une curiosité touristique, pensant avoir affaire à de véritables « Indiens ». Les membres d’Iriadamant encourageaient cette perception, espérant en retour obtenir des terres et des provisions.
La vie au campement était rythmée par le soleil et la lune. Les membres pratiquaient des exercices de type yoga dès le matin, suivis de travaux agricoles. Les repas, végétaliens et composés de plantes sauvages, n’étaient pris qu’après 18 heures, après une journée passée à jeûner, le gourou interdisant même à ses disciples de boire avant ce moment.
Cependant, les conditions de vie se révélèrent rapidement dramatiques. Le groupe, incapable de subvenir à ses besoins dans le climat rigoureux de la Finlande, dépendait de l’aide des agriculteurs locaux pour se nourrir et recevait quotidiennement quatre camions de bois de chauffage. Il apparut également que les membres d’Iriadamant n’avaient pas renoncé aux biens matériels, utilisant secrètement divers objets en plastique ou en verre, et même les scies des habitants pour couper le bois. Maltais lui-même ne résidait pas en permanence dans le campement, préférant séjourner dans des hôtels de luxe à travers l’Europe.
Des rumeurs inquiétantes commencèrent à circuler. Le groupe était accusé de négligence en matière d’hygiène et de graves problèmes dentaires. En août 1992, un enfant de trois ans décéda d’une bronchite dans le campement. Ilpo Okkonen, qui avait aidé à accueillir le groupe en Finlande et avait vécu parmi eux, affirma que l’enfant aurait pu être victime d’agressions sexuelles avant sa mort. Selon ses témoignages, après la fête d’anniversaire de l’enfant, il avait été emmené dans une tente par les disciples de Maltais, et des cris terrifiants avaient été entendus par la suite. Le journal belge La Libre rapporta également l’organisation d’orgies au sein du village, orchestrées par le gourou.
De plus en plus de rapports négatifs sur Iriadamant parvinrent aux médias, accusant le groupe de maltraitance d’enfants et de séquestration. Les membres du campement souffriraient de la faim et du froid. Des soupçons graves pesaient également sur Pierre Doris Maltais, soupçonné de liens avec des groupes terroristes, de collaboration avec les services secrets, et d’implication dans un trafic de drogue et d’armes.
Face à la polémique, Erkki Pulliainen se retira du projet scientifique et cessa de soutenir financièrement le groupe. L’Office finlandais de l’immigration se saisit alors de l’affaire et refusa de renouveler les permis de séjour. Cette décision fut contestée par Antti Seppala, le commissaire aux étrangers de l’époque. Un débat houleux s’ensuivit au Parlement finlandais sur l’opportunité d’expulser le groupe, mais Iriadamant finit par être expulsé de Finlande à l’expiration de son permis temporaire. Plus de deux camions de déchets furent retirés des camps abandonnés.
En 1993, Maltais fut jugé en Belgique pour fraude et détournement de fonds, mais il échappa à une peine de prison. Il retourna ensuite au Canada, où la justice locale s’intéressa à son cas pour des accusations d’abus sexuels sur mineurs. Il s’enfuit finalement au Nicaragua, où il mourut en 2015.
